Un peu de cinéma : Trois Couleurs- Bleu (1993)

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Peu de films ont cette capacité de refléter admirablement la douceur et la beauté de la complexité de l’existence humaine, tel que le propose Krzysztof Kieslowski dans Trois couleurs: Bleu (1993). Kieslowski est selon moi l’un des réalisateurs dont l’œuvre est d’une très grande richesse, aussi humaniste que philosophique. Tout comme des cinéastes tels que Ingmar Bergman et Andreï Tarkovski, il nous propose de nombreuses œuvres portant sur la condition humaine, mais plus particulièrement, la foi en l’humain, dont Le Décalogue (1988), La double vie de Véronique (1991) ainsi que la Trilogie: Trois couleurs, Bleu, Blanc, Rouge (1993-1994). L’œuvre triptyque Trois couleurs est inspiré du drapeau français, mais aussi de la devise française, «Liberté, Égalité et Fraternité».

Trois couleurs: Bleu, un film sur le concept de liberté

Dans ce film, Kieslowski aborde le concept de liberté individuelle, mais une liberté imposée. À la suite d’un accident de voiture causant la mort de son époux et de sa jeune fille, la vie de Julie (Juliette Binoche) est bouleversée. À son réveil à l’hôpital, Julie n’a qu’un seul but, en finir avec la vie, puisqu’elle ne désire pas survivre à sa famille. Après avoir tenté de mettre fin à ses jours, Julie décide de repartir à zéro et d’effectuer table rase de son passé.

Ici Kieslowski nous propose une vision de la liberté liée à l’attachement aux êtres et aux choses: «Bleu, c’est la liberté, l’histoire du prix que nous payons pour elle. À quel point sommes-nous vraiment libres?». Dans cette optique, la liberté de Julie advient par la mort de sa famille. La liberté comme choix lui est désormais imposée. Elle se retrouve devant une multitude de choix individuels qui la renvoient constamment à sa propre liberté individuelle. Cependant, contrairement à son existence d’avant où sa liberté individuelle se heurtait à ses préoccupations familiales, elle se retrouve devant ce vide existentiel qu’engendre la liberté.

Un film sur la mémoire et le rapport au passé

Suite à la mort de sa famille, Julie tente d’oublier son passé, au risque d’oublier qui elle est. Son mari, célèbre compositeur dont l’œuvre demeure inachevée est désormais entre les mains de Julie. Empreinte de douleur due au deuil, elle ne désire pas poursuivre l’écriture de certaines pièces, puisque celles-ci lui rappellent sa vie d’avant. Une nuit, elle a une aventure avec un jeune homme, Olivier (Benoît Régent) qui l’aime depuis toujours, cependant, la culpabilité et sa volonté de ne plus exister l’emportent et au petit matin, elle décide de tout vendre et de détruire tout ce qui lui rappelle son passé, à l’exception d’un petit lustre en bleu, dont les reflets permettent à Kieslowski de jouer avec la lumière qui est teintée par l’aspect et la thématique de la mort et donne un aspect froid et distant aux émotions de Julie: «Maintenant j’ai compris, je ne ferai plus qu’une chose: rien. Je n’ai plus de possessions, plus de souvenirs, d’amis, d’amours ou d’attaches. Tout ça, ce sont des pièges».

trois couleurs bleu

Une possible réconciliation, la liberté et l’acceptation

Par la thématique du deuil, Kieslowski nous propose une vision de la liberté comme acceptation. Bien que Julie vit recluse et solitaire, ne cherchant plus aucun attachement émotionnel, elle apprend par l’entremise des médias, l’existence de la maîtresse de son défunt mari, et que celle-ci attend l’enfant de celui-ci. Cette révélation la choque, mais provoque chez elle une prise de conscience et que son existence ne se limite pas à la présence et à l’expérience de l’autre. Cette révélation, bien que douloureuse, lui permet de terminer son deuil et d’accepter que désormais, elle est libre de choisir, d’aimer à nouveau. Bien qu’elle crût avoir détruit toutes les partitions de son défunt mari, elle constate qu’Olivier en avait conservé une copie, et décide à l’aide de celui-ci, de poursuivre et conclure l’œuvre, de terminer ce chapitre de sa vie.

En somme, le personnage mélancolique de Julie permet à Kieslowski de traiter de la condition humaine, de la solitude, mais plus particulièrement, de l’acception de sa propre liberté, et de la fragilité de l’existence humaine et de l’importance des liens humains. Il s’agit d’un film à voir; absolument profondément poétique et philosophique, il vous fera sans aucun doute réfléchir sur votre propre existence et votre propre relation à l’autre, mais surtout, tout comme bon film, il vous habitera certainement un temps. Je le recommande fortement à tous les cinéphiles, et si vous désirez poursuivre votre expérience Kieslowski, Trois couleurs: Blanc et Trois couleurs: Rouge sont aussi des films à voir sans hésitation.

Suggestions de la semaine :

1- Where Is My Friend’s House? (1987) Abbas Kiarostami

2- And Life Goes On (1992) Abbas Kiarostami

 3-Marriage Story (2019) Noah Baumbach

4- Too Old To Die Young (2019) Nicolas Winding Refn

 5-The Death and Life of John F.Donovan (2018) Xavier Dolan

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