Visages de la recherche: Simon Fitzbay et les mèmes politiques à l’étude

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Simon Fitzbay, étudiant à la maîtrise en lettres et communication sociale, s’intéresse aux mèmes en tant que discours politique. Crédit: Gracieuseté

Simon Fitzbay a déposé à la fin de l’été son mémoire de maîtrise en lettres et communication sociale. Son projet, portant sur les mèmes, a reçu la mention «mémoire exceptionnel», et ce, de façon unanime.

Originaire de Joliette, Simon Fitzbay a commencé son parcours postsecondaire au Cégep Régional de Lanaudière à Joliette où il a complété un DEC en musique classique. Par la suite, après avoir déménagé à Trois-Rivières, il a débuté en 2006 un baccalauréat en histoire; il a également obtenu un diplôme court au deuxième cycle en Études québécoises. CertainEs le reconnaîtront par son implication sur le campus entre 2006 et 2014; ayant été animateur pour la radio CFOU pendant huit ans et chroniqueur au Zone Campus pendant près de 3 ans, il est possible de dire que M. Fitzbay a marqué son passage à l’UQTR.

La piqûre pour la recherche

S’étant inscrit à la maîtrise en lettres et communication sociale en 2018 afin de réorienter sa carrière, Simon Fitzbay souhaitait initialement compléter un DESS (Diplôme d’études supérieures spécialisées), mais «le retour en classe [lui] a redonné la piqûre pour la recherche». C’est ainsi qu’il décide de se réorienter vers la maîtrise avec mémoire à temps partiel.

«Je réalise la chance que j’ai d’avoir un sujet de recherche populaire et très actuel. J’ai beaucoup de plaisir à en discuter et cela m’incite à persévérer.»

-Simon Fitzbay

Considérant qu’il avait déjà suivi quelques cours dans ce domaine lors de son passage aux cycles supérieurs, certains cours lui ont été crédités, ce qui lui a permis de compléter sa scolarité pendant sa première année à la maîtrise. Il ne lui restait qu’à se trouver une direction de recherche qu’il espérait être «compréhensive et flexible». C’est ainsi qu’il décide de se tourner vers la professeure Mireille Lalancette, spécialiste en communication politique. À ce sujet, Simon Fitzbay indique que «bien que j’eusse déjà un intérêt marqué pour les mèmes, c’est elle qui m’a suggéré de m’y intéresser comme objet de recherche.» Cette dernière, qui serait une experte dans ce domaine, a publié plusieurs articles sur le sujet.

La réalisation d’un tel projet

Un mème tiré du corpus de Simon Fitzbay. Crédit: Gracieuseté

Après avoir consacré la deuxième année de sa maîtrise à la rédaction de son devis de recherche (c’est-à-dire un document qui justifie la pertinence d’un projet de recherche) et de son mémoire, il a effectué à la fin de l’été 2020 son dépôt initial. En plus de compléter sa maîtrise à temps partiel, Simon Fitzbay occupait deux emplois à la fois afin d’éviter de s’endetter.

Pour le chercheur, les mèmes sont «une forme de discours facile à fabriquer, adapter et à disséminer sur le web». Puisque les mèmes rejoignent «un grand bassin de personne avec un effort relativement minime», Simon Fitzbay a étudié les mèmes Internet politiques qui agissent comme outil de légitimation ou délégitimation d’un acteur politique.

Pour ce faire, il a analysé des mèmes qui mettent en scène les chefFEs des partis fédéraux qui ont été créés et publiés pendant la campagne électorale fédérale de 2019. Le professeur Fenwick McKelvey, de l’Université Concordia, l’a aidé à récolter les mèmes liés à l’élection fédérale.

Après avoir analysé près de 2000 mèmes, Simon a arrêté son analyse sur 537 d’entre eux qu’il a classés dans quatre catégories: Les mèmes concernant la légitimité des candidatEs, les mèmes interpellant la capacité de rationalisation du public, les mèmes comportant des éléments moraux et les mèmes comportant des éléments de storytelling.

Que disent les mèmes?

Simon Fitzbay nous indique que «les mèmes interpellent principalement le sens moral du public en faisant principalement usage de la rationalisation». Toutefois, il nous mentionne que l’opinion générale recensée dans les mèmes ne représente pas l’opinion publique ou les résultats électoraux. «Par exemple, 98% des mèmes présentent Justin Trudeau de façon négative. Cela me porte à croire qu’un penchant de la population ou bien des groupes d’intérêt particulier ont probablement monopolisé une partie de la production mémétique dans le but de propager un message anti-Trudeau dans le but d’influencer l’opinion des électeurs.»

«J’ai toujours adoré la politique canadienne ainsi que la culture populaire. J’ai cherché un projet qui pourrait allier les deux.»

-Simon Fitzbay

Ce qui le surprend le plus de sa recherche? Le pouvoir discursif des mèmes. «Ils sont non seulement de bonnes blagues ou des référents de culture populaire, mais également une forme de discours très direct et facile à partager. […] Il s’agit d’une stratégie de communication fructueuse, à coût faible et qui rejoint une large population grâce à la dimension virale qu’ont les mèmes.»

La suite des choses

Simon Fitzbay compte poursuivre l’étude du pouvoir discursif des mèmes Internet politiques au doctorat; il souhaiterait orienter ses recherches autour des groupes d’influence qui utilisent les mèmes pour influencer l’opinion politique de l’électorat. Bien qu’il continuera ses études à l’UQTR, il sera cette fois-ci codirigé par un professeur du Emerson College de Boston; il ira d’ailleurs réaliser un stage de recherche là-bas.

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