Le beat critique : Adieu DEMS ? Ce que vaut vraiment BĒYĀH

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Crédits : Journaliste

Le rappeur belge Damso tire sa révérence avec BĒYĀH, son sixième et ultime album studio, le point final d’un cycle de six projets, entamé en 2015 avec Batterie faible. Après J’ai menti sorti l’année dernière, le rappeur belge avait publié le 30 mai 2025 BĒYĀH. Il est composé de quinze titres, dont un duo avec la chanteuse Sarah Sey et une chanson intégrant des chœurs générés par l’intelligence artificielle.

Damso au show Jacquemus. Crédits : Instagram @thedamso.

Pour ma toute première chronique, j’ai choisi de parler de musique. Tout simplement parce qu’elle m’accompagne dans chaque moment de ma vie : que je sois triste, heureuse ou en colère, elle est toujours là. C’est aussi un milieu qui me fait rêver, puisque mon objectif est d’y travailler un jour, et d’ouvrir ma propre maison de disque ; alors, tenir une chronique musicale est peut-être une première porte d’entrée ? Qui sait ?

Un artiste incontournable du rap français

Dans cette logique, j’avais envie de vous parler de Damso, un artiste qui, depuis Batterie faible, est devenu incontournable dans le rap francophone. Tout commence vraiment avec ce projet. Il a cette façon de raconter le monde, la vie, ses démons, ses contradictions… et de dire les choses crûment.  

Damso, de son vrai nom William Kalubi Mwamba, est un rappeur belgo-congolais.  En dix ans, il a marqué le rap français par ses albums, ses textes et sa vision artistique. Des projets comme Ipséité ou QALF Infinity montrent qu’il sait jongler entre introspection, provocations et engagement social. Une discographie solide, presque sans faute jusqu’ici.

L’attente du final et le pari du nouveau DEMS

Puis arrive BĒYĀH. La campagne commence très tôt, dès 2022. Damso intrigue en remplaçant ses photos de profil par une simple date : 30 mai 2025. Mystérieux, comme souvent, il joue avec son public et multiplie les indices jusqu’à cette phrase gravée sur des vinyles de QALF Live : « Bēyāh sera mon prochain album ».  Entre-temps, il sort J’ai menti en 2024, un projet plus divisé dans l’accueil, qui casse légèrement l’image d’une discographie parfaite. Alors, que s’attendre de BĒYĀH

Avec BĒYĀH, Damso revient, oui, mais pas comme avant. Ici, il expérimente, module sa voix et change de registre. Sur Ya Tengo Sentimientos, il chante en espagnol sur une prod reggaeton. Sur Pa Pa Paw, il teste le baile funk. Sur Magic, il va encore plus loin avec des chœurs générés par intelligence artificielle. C’est osé, parfois déroutant, mais surprenant. Il reste fidèle à lui-même sur certains points, notamment lorsqu’il parle de ses origines (République démocratique du Congo) comme sur JCVDEMS, un engagement qu’il a toujours porté, que ce soit dans sa musique ou en dehors. L’album joue aussi la carte du minimalisme. Là où ses anciens albums, comme QALF Infinity ou LITHOPÉDION proposaient des univers très colorés, BĒYĀH se montre sobre : fond noir, texte blanc, point final. Une volonté de boucler la boucle. De revenir à une dualité ombre et lumière qui traverse toute sa carrière. 

Thématiques ? La paternité dans Qui m’a demandé, la violence dans Police, la santé mentale avec Impardonnable, et la spiritualité sur Fibonacci. On sent une vraie introspection, une envie de faire le bilan. Les quinze titres s’enchaînent comme une histoire cohérente avec Impardonnable en ouverture et se termine avec KAKI, formant une boucle, une évolution, une forme de paix.

Couverture de l’album BĒYĀH. Crédits : Deezer.

Mais que vaut réellement BĒYĀH ?

Mais alors, que penser de BĒYĀH ? Malgré toutes ces qualités, BĒYĀH est vu comme une œuvre introspective assez inégale qui divise la critique. 

On a connu un Damso plus agressif,  plus brut, surtout sur ses premiers projets. Aujourd’hui, avec QALF Infinity et BĒYĀH, on découvre une autre version de lui. Plus calme. Plus mélancolique. L’album commence bien avec Impardonnable, mais il tombe un peu dans la facilité ; certains morceaux touchent profondément, tandis que d’autres paraissent moins marquants. Les productions sont loin d’être au niveau d’Ipséité.  Des morceaux comme Love is Blind illustrent ce côté doux et introspectif, très loin du trash de BruxellesVie. On sent qu’il évolue et qu’il change, et c’est normal. Cela fonctionne par moments, mais parfois, l’authenticité semble manquer. On attendait peut-être un grand retour à l’ancienne, surtout après trois ans de préparation.

Sur Frère et VIO LENCE, on retrouve un peu l’ancien Damso, celui qui frappe fort avec ses textes crus. Mais cette rage semble moins authentique. L’effet n’est pas le même qu’à l’époque de Mosaïque Solitaire ou de Kin la belle. Musicalement, certaines productions déçoivent. Comparer MAMILAH avec des morceaux d’Ipséité montre un écart : il manque cette intensité et cette richesse sonore qui faisaient sa marque de fabrique. On sent que certains beats suivent les tendances actuelles, sans surprendre. L’album repart ensuite vite vers quelque chose de plus doux et posé, jusqu’à KAKI, qui clôt parfaitement le projet, comme une conclusion symbolique, presque une métaphore de sa carrière et peut-être une manière de dire « j’ai tenu ».

Imparfait, mais réussi

Malgré ces points, BĒYĀH reste attachant. Après plusieurs écoutes, on commence à apprécier cette nouvelle facette de Damso. On comprend qu’il ne cherche pas à refaire Batterie faible ou Ipséité, mais à clore un cycle avec honnêteté : moins dans la provocation et plus dans la réflexion. Au final, on a envie de lui laisser ça. Parce que ce n’est pas un mauvais album, loin de là, mais simplement un projet différent. On se surprend même à aimer cette évolution, à accepter cette fin de parcours. Même à se dire : « Ok, il nous a quand même pondu quelque chose de fort ». Les défauts s’effacent petit à petit, et ce Damso plus calme et réfléchi se laisse écouter. 

Damso lors de sa tournée QALF Infinity. Crédits : Pinterest.

Et peut-être que BĒYĀH, ce n’est pas une fin décevante, mais une fin logique qui donne envie de revenir à toute sa discographie et de comprendre son parcours dans son ensemble. Mention spéciale pour KAKI, qui, je trouve, est l’un des morceaux les plus forts du projet et probablement le plus marquant. Une vraie conclusion : calme, puissante. Finalement, Damso reste fidèle à lui-même, à sa manière : faire ce qu’il aime, jusqu’à ce que ça plaise aux autres.

Puis, c’est la fin d’un cycle, mais peut-être pas d’une histoire ? D’ailleurs, Damso sera en concert au Centre Bell à Montréal le 5 juin.

On se dit rendez-vous dans deux semaines pour une autre immersion musicale 🙂

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