
Paru le 18 mars dernier aux éditions La Mèche, Précis de fantômologie est le tout premier roman de Julie Hyland, auteure québécoise et enseignante de littérature. D’emblée, j’ai tout de suite été interpellée par le titre qui évoque un thème à la fois tabou et mystérieux, raison pour laquelle j’ai décidé d’entreprendre la lecture de ce livre. Par l’entremise de l’intrigue, la hantise et les traumatismes intergénérationnels, Hyland raconte son enfance et la manière dont ses ancêtres paternels, indirectement, y ont joué un rôle.
Mémoires boréales
Plusieurs dévorent les histoires de fantômes, mais dans Précis de fantômologie, on ne cherche pas à impressionner ou à prouver quoi que ce soit : il s’agit de témoignages vécus. On y retrouve deux voix, l’une appartenant à Julie, qui a grandi en Abitibi, et l’autre, à son grand-père, W. W. Hyland, dont les journaux personnels ont été publiés dans cette édition. Les Hyland partagent tous un lourd passé, teinté d’alcoolisme, de maladies, de trahison, et surtout, de mort, qui semble se transmettre de génération en génération. Chacun vit le Nord dans une inquiétude sourde, qui finit par l’emporter sur eux. D’un côté, l’évidence révèle le suicide de grand-père, de l’autre, papa manque lui aussi mettre fin à ses jours en raison d’une tumeur au cerveau, et, finalement, Julie et son frère sont hantés par une énergie sombre qui les suit partout. Si certains ne croient pas aux fantômes, ils peuvent tout au moins admettre qu’un fardeau, quel qu’en soit l’origine, s’est abattu sur cette famille.
Se raconter pour se libérer
Raconter son passé est libérateur. À travers ce roman, inconsciemment ou non, Julie Hyland tourne la page sur l’anxiété d’avoir vécu de tels traumatismes, libérant autant ses ancêtres paternels de toutes ces afflictions, mais aussi les prochains Hyland à venir au monde. C’est admirable de révéler ses démons familiaux et personnels à tous, mais parfois, c’est aussi nécessaire, et je respecte le courage dont l’auteure a fait preuve pour nous partager cette partie d’elle-même. À noter également que les mots et tournures employés tout au long du roman créent une poésie surprenante pour le type de sujet abordé.
Cela dit, à défaut d’employer la belle prose, la narration passe parfois au second plan, et il est difficile de suivre le cours des événements. Cette manière de raconter ajoute une lourdeur à l’histoire, donnant l’impression de tourner autour du pot au lieu d’avancer et de faire des liens logiques. Après tout, c’est un peu normal que, lorsqu’on raconte une vie, tout ne s’écoule pas parfaitement comme dans un film ; Précis de fantômologie est un vrai récit familial, pas un Stephen King.
L’attraction de la noirceur
Ce récit ne plaira pas à tout le monde : il faut apprécier la noirceur et la manière dont elle nous forme, ainsi que les histoires familiales qui ne sont pas toujours roses. Cependant, c’est un projet louable de se mettre à nu quant à ses problèmes, et certaines personnes pourraient s’identifier à de tels traumatismes, aussi inhabituels qu’ils soient.
Pour vous procurer le tout premier roman de Julie Hyland, Précis de fantômologie, rendez-vous dans une librairie québécoise ou sur le site Les Libraires.





