
Jeudi dernier, le 23 avril, a eu lieu le vernissage de l’exposition CAPHARNAÜM, portée par les finissants en arts visuels de l’UQTR. Un moment important pour eux ; celui où leur travail sort enfin des ateliers pour rencontrer le public.
Onze étudiant.e.s et autant de regard sur le monde
Répartie entre la Galerie d’art du Parc, l’Atelier Silex, le centre Presse Papier et la Galerie R3, l’exposition rassemble les travaux de création les plus récents des onze finissants.es. Certains travaillent avec des médiums traditionnels, d’autres plongent dans le numérique. Mais au fond, tous sont là pour la même raison : montrer où ils en sont, après plusieurs années à chercher, tester, douter… et créer.
Dans les salles, les univers se croisent sans se ressembler. On passe d’installations immersives à des œuvres plus intimes, de réflexions sur la nature à des questionnements sur nos liens sociaux. Rien n’est là par hasard. Chaque projet est le résultat d’un cheminement personnel, et ça se sent. On n’est pas juste spectateur ; on entre dans des univers.
Explorer l’intime à travers l’installation artistique
Du côté de la Galerie R3, lieu du vernissage, plusieurs œuvres marquent dès l’entrée. Avec Ce qui tapisse l’ordinaire, Alicia Vigneault transforme une cuisine en espace sensible. Entre laine, carton et mobilier, elle recrée un lieu familier, presque doux au premier regard. Mais en s’attardant, on perçoit autre chose : des souvenirs, des tensions, des traces du passé. L’enfance y est présente, mais pas uniquement lumineuse.
Un peu plus loin, Peter Miyalu propose Qualifié, un projet photographique qui questionne l’identité et les parcours migratoires. À travers des autoportraits et des images inspirées des photos de passeport, il met en lumière les systèmes qui classent et définissent les individus. Les empreintes, les marques, les regards frontaux : tout évoque à la fois le contrôle… et l’intime. À côté, une autre installation repose sur les livres. Ici, ils ne sont pas figés. Ils circulent, se donnent, se partagent. L’œuvre devient un point de rencontre, un prétexte pour recréer des liens dans un monde où tout passe de plus en plus par les écrans, explique l’auteure Natacha Girard.
Du côté de la Galerie d’art du Parc, l’expérience devient plus immersive. David Lacoursière a imaginé une installation où des arbres semblent traverser l’espace, du sol au plafond. Le visiteur circule au milieu, comme invité à ralentir. L’intention est simple : se reconnecter à la nature, à quelque chose qu’on oublie souvent.

Au delà du mythe de l’artiste solitaire
Lors de ce vernissage j’ai eu l’occasion d’échanger avec deux artistes finissants : Natacha Girard et David Lacoursière. Rapidement, la conversation a dépassé les œuvres pour toucher à quelque chose de plus large : leur parcours, leur vision de l’art… et les idées reçues qui viennent avec.
Contrairement à ce qu’on imagine souvent, créer n’est jamais un acte totalement solitaire. Même si chaque projet part d’une réflexion personnelle, il se construit toujours avec les autres. « Des fois, juste une idée de quelqu’un peut te débloquer complètement », m’explique l’un d’eux. L’image de l’artiste seul dans son coin ne tient pas longtemps.
Casser les clichés
Autre point fort qui ressort : les préjugés. Avant même d’entrer dans ce parcours, ils les connaissaient déjà : l’idée que faire des études en arts mène à peu de débouchés revient souvent. « On se fait dire qu’on ne fera pas d’argent », résume simplement l’un d’eux.
Mais leur expérience dit autre chose. Au fil de leurs études, ils découvrent un milieu beaucoup plus ouvert qu’ils ne l’imaginaient. Entre les galeries, les collectifs, les ateliers et les projets variés, les possibilités se multiplient. Tous ne suivront pas le même chemin, et c’est justement ça qui fait la richesse du parcours. Ils insistent, il n’y a pas une seule façon de faire de l’art, ni une seule voie à suivre après les études.
« Faire de l’art, ce n’est pas se fermer des portes, c’est apprendre à en ouvrir autrement ».
Au final, CAPHARNAÜM ne montre pas seulement des œuvres. L’exposition donne un aperçu d’une génération d’artistes en train de se définir. Une génération qui travaille ensemble, qui doute, qui explore… mais surtout, qui refuse de se laisser enfermer dans les clichés.
Et si vous passez par là d’ici le 3 mai, prenez le temps d’y aller, ça vaut le détour!





