Le grand retour : Orelsan revient sur le devant de la scène après le succès majeur de Civilisation, confirmant son statut de figure incontournable du rap français contemporain. Après s’être illustré dans le cinéma et enchaîné plusieurs projets marquants, l’artiste crée la surprise en dévoilant du jour au lendemain un nouvel album totalement inattendu.
Orelsan, c’est un peu ce mec qu’on a vu évoluer en même temps que nous. Depuis ses débuts, il a toujours eu ce truc hyper naturel. Il ne cherche pas à être le meilleur techniquement. Il ne cherche pas à impressionner à tout prix. Non, lui son truc c’est juste raconter des histoires. Ses histoires, et souvent, ça ressemble un peu aux nôtres. Sa force, elle est là. Dans cette capacité à rendre des choses simples hyper intéressantes. Une soirée nulle, une relation compliquée, un moment de doute… tout devient un sujet.
Et puis il y a son écriture. Une écriture qui peut paraître simple au premier abord, mais qui est en réalité super maîtrisée. Il joue avec l’ironie, l’autodérision, parfois même le malaise. Il peut te faire rire et te mettre mal à l’aise dans la même phrase. Là où certains rappeurs restent dans un univers très fermé, Orelsan arrive à parler à tout le monde. Même à ceux qui n’écoutent pas de rap à la base.
Du rap au cinéma
Après le succès énorme de Civilisation, Orelsan est clairement à un tournant. Un million d’albums vendus, des tournées complètes, une reconnaissance totale. Il aurait pu refaire la même formule : mais il choisit de changer de direction. Il quitte Wagram pour rejoindre Sony Music France, qui l’incite à diversifier ses projets. Cette nouvelle orientation le conduit vers le film Yoroï, tourné au Japon. Le projet est pensé comme une œuvre globale mêlant musique et image.
Puis tout s’enchaîne vite : annonce surprise d’un nouvel album, sorti sans single ni promo classique. Sur le papier, tout est solide, mais dans les faits l’accueil est plus mitigé que prévu. Et pourtant, le film servait aussi de tremplin, avec déjà des morceaux inédits cachés dedans. Résultat, un énorme démarrage en streaming, mais une dynamique qui retombe rapidement, avec des comparaisons constantes à Civilisation.
La fuite en avant : à quoi s’attendre réellement ?
La Fuite en avant est un album plus sombre. Plus tendu. On sent une forme d’angoisse qui traverse presque tout le projet.
Dès Le Pacte, ça part vite. Le débit est rapide, la voix presque paniquée. On sent la pression. Comme si tout allait trop loin, trop vite. Et ça revient souvent. Dans Internet, par exemple. Un son court, mais hyper parlant. Les mots défilent comme un fil d’actu : on scrolle, et on sature. Et puis il y a La petite voix. Un des concepts les plus forts du projet. Cette voix intérieure qui critique, qui doute, qui détruit. Presque une présence. Même idée dans SAMA, avec un côté plus frontal.

Mais l’album ne reste pas bloqué là-dedans. Avec Plus rien en feat avec Lilas, ça respire un peu. Le son est plus doux, presque lumineux, même si le fond reste mélancolique. Et grosse surprise : le feat avec Yamê. Honnêtement, c’est le genre de collab où, sur le papier, t’y crois pas forcément. Les deux univers n’ont rien à voir. Et pourtant ça marche parfaitement. Le morceau apporte un vrai plus à l’album, une autre énergie. C’est clairement une des bonnes surprises du projet.
Place à quelque chose de plus intime avec Ailleurs, Dans quelques mois et Deux et demi, ou Orelsan parle de paternité. Il se livre vraiment, on sent le doute, la peur, mais aussi beaucoup d’amour. Les prods sont douces, presque comme des berceuses. On voyage aussi pas mal, en rapport avec son film tourné au Japon avec Osaka, et même un détour par la K-pop avec Oulalalala et FIFTY FIFTY.
L’album se termine d’une manière assez logique. Plus on avance, plus l’ambiance change. On passe d’un mood tendu, presque étouffant au début, à quelque chose de plus calme, plus posé sur la fin. Des morceaux comme Les Monstres et Épiphanie arrivent un peu comme une conclusion. Il affronte ses doutes, ses “voix”, et petit à petit, il les accepte. Il y a une forme d’apaisement, une prise de recul.
Un projet différent mais pas inférieur
Alors oui, il faut être honnête, cet album n’est pas au niveau de Civilisation. Et forcément, ça peut décevoir. Mais en même temps, est-ce que c’est vraiment un problème ? Parce que La Fuite en Avant propose autre chose.
Ici on a un album plus personnel, plus centré sur lui : sur sa vie actuelle, son couple, sa paternité, et son rapport à la célébrité.
Certains diront qu’il se répète, qu’il parle encore des mêmes sujets. Mais en réalité, il les aborde différemment : avec plus de recul. Musicalement, oui, on retrouve ses codes. Mais il y a aussi des nouveautés, et surtout beaucoup plus de prises de risque. Rien que le morceau Oulalalala avec FIFTY FIFTY le montre bien. Franchement difficile de dire que ça ressemble à Civilisation ?
Comme toujours avec lui, c’est aussi un album très accessible. Même quelqu’un qui n’écoute pas de rap peut apprécier : et c’est clairement une de ses plus grandes forces.
À la première écoute, le ressenti peut être mitigé. Mais si on prend le temps de l’écouter, sans penser à Civilisation, on découvre réellement un super univers.

Les titres à retenir ?
S’il fallait choisir, Les Monstres et Épiphanie sont mes préférés. Ce sont des sons où tu t’arrêtes un peu. Tu les écoutes vraiment. Tu réfléchis, tu te perds dans tes propres pensées. Il y a ce truc hyper prenant dans ces morceaux, presque introspectif, qui reste en tête après écoute. Il y parle avec du recul, avec une certaine maturité, comme s’il avait accepté plein de choses. C’est typiquement le genre de sons que t’as envie de remettre encore et encore, parce qu’ils apaisent vraiment.
Et puis, forcément, quand on connaît un peu mieux la personne derrière l’artiste, tout prend encore plus de sens. Si t’as jamais vu le documentaire Montre jamais ça à personne, vraiment, fonce. Ça permet de comprendre son parcours, sa manière de penser, et d’apprécier encore plus sa musique.
Si jamais cette chronique t’a donné envie de découvrir Orelsan, va écouter La Fuite en Avant et fais-toi ton propre avis. Et après, impossible de ne pas passer par Civilisation. Et si vraiment ça te parle, il sera au Centre Bell à Montréal le 11 juin.
Exceptionnellement, on se retrouve dès la semaine prochaine pour une nouvelle chronique, qui malheureusement sera la dernière 🙁






