
Le premier Tupperware, créé en 1946, doit son célèbre couvercle hermétique au mécanisme de fermeture des pots de peinture.1 Maintenant que le fun fact le plus inintéressant du monde a été abordé, promesse tenue! (l’éditorial d’il y a deux semaines concernait notre pouvoir créateur activé par le mouvement perpétuel de transformation, rien de moins : je devais rectifier le tir…!) Ce qui nous amène au véritable sujet de l’éditorial d’aujourd’hui : immersion au cœur du peuple le plus fort du monde, autant au sens figuré qu’au sens propre; il s’agit des Sherpas d’origine tibétaine vivant au Népal. Laissons-nous nous inspirer de ces gardiens de l’Himalaya, les plus hauts sommets de la planète.
Quand les conditions extrêmes transforment l’ADN
Avant d’entrer dans le vif du sujet, laissez-moi vous présenter le portrait de ce peuple vivant à plus de 3 300 mètres d’altitude, majoritairement dans la région de Khumbu au Népal. Pour vous donner une comparaison, l’altitude 0 est le niveau de la surface de la mer, et les deux plus hauts monts du Québec s’élèvent à 1 647 mètres pour le Mont d’Iberville, situé au Parc national de Kuururjuaq, et à 1 268 mètres pour le Mont Jacques-Cartier dans le Parc national de la Gaspésie.2

Pour d’innombrables raisons, vivre dans de telles conditions est admirable. La génétique des Sherpas s’est modifiée au fil de leur évolution dans le but de s’adapter à la pression atmosphérique, qui est à seulement 60% de celle du niveau de la mer. Grâce à la transformation de leur ADN, ils ont une meilleure oxygénation à la naissance, une plus grande capacité pulmonaire totale tout au long de leur vie et une plus grande capacité pour l’activité physique. Ils montrent également une augmentation substantielle de la circulation sanguine cérébrale, une concentration en hémoglobine inférieure, et sont moins susceptibles de souffrir du mal aigu des montagnes, causé par l’hypoxie, que tout le reste des êtres humains.3 C’est le seul peuple au monde à avoir ce gène.
Les Sherpas tibétains : bien plus que des guides d’alpinisme
Maintenant, pour mieux comprendre un habitat qui nous semblerait pour le moins hostile, voici une petite capsule historique sur leurs racines. Effectivement, le mot Sherpa signifie « peuple de l’Est » : ce peuple tire ses origines du sud-est du plateau tibétain, situé, pour sa part, à plus de 4000 mètres d’altitude. Ils ont connu une vague de migration au XVIe siècle alors que le Tibet était (et est encore aujourd’hui) secoué par des conflits politiques, sociaux et religieux, les poussant à se relocaliser vers l’Himalaya au Népal4, ce toit du monde où se dresse le mont emblématique qu’est l’Everest, dont l’altitude est établie à 8 849 mètres5. Certains connaissent aussi les Sherpas pour leur rôle indispensable de porteurs et de guides d’expédition, une pratique ancrée dans leur culture depuis le début du XXᵉ siècle, lorsque la conquête des plus hauts sommets a véritablement commencé.

La montagne, un être sacré
Il est impensable de s’aventurer dans les treks himalayens sans un guide sherpa : ils connaissent le terrain comme le fond de leur poche. Depuis la première ascension du sommet en 1953 jusqu’aux quelque 800 à 1 200 ascensions réalisées chaque année, ce peuple mérite toute notre reconnaissance : ils risquent leur vie pour accompagner des touristes ambitieux. Contrairement aux alpinistes de passage, les Sherpas disposent d’atouts uniques pour braver les géants de l’Himalaya.
« La raison pour laquelle les Sherpas sont aussi connectés avec la nature, c’est que nous considérons les montagnes comme des dieux, c’est pourquoi les montagnes, les collines, les forêts et les rivières… Tout cela, même dans nos livres sacrés tibétains, est mentionné comme étant vénéré. »
– Santosh, Sherpa, 20246
Les croyances des Sherpas sont enracinées dans le bouddhisme tibétain, une tradition qui place la solidarité, le respect de la nature et une approche holistique de la vie au cœur de son enseignement. Ils apprennent, depuis leur plus jeune âge, à utiliser cette force intérieure pour affronter toutes sortes de défis, leur permettant de faire face avec sérénité et courage aux conditions extrêmes et aux dangers de leur environnement.7 D’ailleurs, avant toute tentative d’ascension, les Sherpas pratiquent la pūjā, une cérémonie pour vénérer les victimes de la montagne et apaiser leurs pensées, tranquilliser leur âme et demander la clémence aux esprits de la montagne.8
Un Sherpa nommé Bim, interrogé dans une entrevue, affirme : « Mais c’est aussi à travers cette foi que nous recevons une force, même sous le poids des charges les plus lourdes et dans le froid le plus intense. C’est grâce à cette foi, à la certitude que notre religion nous porte, que nous trouvons l’énergie de continuer. »9

Les obstacles de la vie, des terrains d’apprentissage
Le peuple Sherpa voit la montagne comme un être vivant, un espace à respecter, et même à craindre un peu. Cette population fait preuve d’humilité devant les épreuves qu’elle rencontre, choisissant de les voir pour ce qu’elles sont : des environnements à apprivoiser, des opportunités pour apprendre et s’améliorer et des occasions de se dépasser soi-même ainsi que nos objectifs personnels.
Cette perspective nous rappelle que l’obstacle n’est ni un ennemi qui cherche à nous bloquer ni une chose à conquérir : en le surmontant, c’est nous-mêmes que nous conquérons. On dépasse nos peurs, nos blocages intérieurs, nos pensées limitantes. La montagne nous renvoie simplement qui nous sommes.
On se retrouve dans deux semaines pour un autre voyage au cœur des philosophies du monde.
Sources :
- https://www.mentalfloss.com/article/85379/15-tupperware-facts-back-fridge ↩︎
- https://www.espaces.ca/articles/activites/6583-randonnee-les-10-plus-hauts-sommets-a-gravir-au-quebec ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Adaptation_humaine_%C3%A0_la_haute_altitude ↩︎
- https://www.atalante.fr/blog/qui-sont-les-sherpas-19787.html ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Everest ↩︎
- https://www.youtube.com/watch?v=8T8MUvgHsvE ↩︎
- Ibid. ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Everest ↩︎
- https://www.youtube.com/watch?v=8T8MUvgHsvE ↩︎




