Les Serpents du TGP : Entre violence et poésie

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Acteurs de la pièce Les Serpents. Crédits photo: Myriam Lortie

Jeudi, le 11 décembre dernier, la pièce de théâtre Les Serpents s’est déroulée à la Salle Louis-Philippe-Poisson de la Maison de la Culture de Trois-Rivières. Cette pièce intrigante nous plonge dans l’univers fascinant et troublant de Marie NDiaye. L’œuvre était présentée jusqu’au dimanche 14 décembre dernier.  

Une ambiance familiale oppressante 

Cette adaptation d’Étienne Bergeron, actuel directeur artistique de la troupe, présente un portrait familial très toxique. L’histoire suit Madame Diss, la mère du fils qui est venue lui emprunter de l’argent dans sa maison. La maison est perdue au milieu des champs de maïs, d’ailleurs, les champ de maïs reviennent souvent dans la pièce. Cela nous permet de bien visualiser l’endroit dans l’histoire. C’est alors que Madame Diss n’ose pas entrer, mais sa belle-fille et son ex-belle-fille, France et Nancy, elles, peuvent franchir les portes de cette demeure menaçante. Le fils est un père violent qui règne sur le foyer comme un ogre sur son territoire, prêt à tout pour maintenir son emprise. Jackie, l’enfant que la pièce met en lumière, est maltraité, séquestré et possiblement décédé.   

Actrices de la pièces Les Serpents. Crédits photo: Myriam Lortie

Le décor place les trois comédiennes dans un espace unique qui devient tour à tour une prison, un refuge et malheureusement, un champ de bataille. Cette simplicité scénographique sert admirablement le texte, permettant aux mots de rayonner dans toute leur puissance. Les éclairages d’Émile Baril-Lefebvre remplissent l’espace et accentuent la tension dramatique qui ne faiblit jamais.  

Trois femmes magnifiques  

Les performances des actrices sont remarquables. Michèle Leblanc incarne France avec une vulnérabilité déchirante vêtue de sa chemise carottée, et son stéréotype physique de la femme prête à tout, pas si jolie, mais qui a tellement d’espoir. Cette femme est prisonnière d’une relation toxique. Elle tente de survivre, et supplie sa belle-mère de l’appeler maman et d’être aimée auprès d’elle. Emmie Massicotte apporte à Nancy une complexité fascinante, oscillant entre force et fragilité, entre désir de fuir et besoin de comprendre. Une belle femme qui a tenté d’échapper à sa vie de campagne, mais qui se retrouve dans un vortex qui la ramène d’où elle vient. Josée Dargis complète ce trio avec Madame Diss qui est calculatrice, mais profondément humaine, une mère qui porte ses propres blessures.

Leur jeu est d’une justesse bouleversante. Elles naviguent avec brio entre les longs monologues et quelques moments de dialogue. Le tout créant une tension palpable qui maintient le public pendant toute la durée du spectacle.  

Les trois personnages de la pièce. Crédits photo: Myriam Lortie

L’art de raconter la violence

Ce qui marque Les Serpents, c’est la manière crue d’aborder des thèmes difficiles. La violence conjugale et familiale est mise en œuvre à travers un prisme poétique et presque onirique. C’est exemplaire d’exprimer ce qu’il se passe réellement dans certaines familles. La troupe a présenté un réalisme social pour créer un univers décalé où le conte de fée rencontre le thriller psychologique. Cette approche permet au public d’appréhender des réalités brutales sans tomber dans le misérabilisme.  

La langue de NDiaye est un personnage en soi. Ses phrases serpentent, s’enroulent, hypnotisent. Les comédiennes portent cette mise en scène avec une précision chirurgicale, faisant résonner chaque mot, chaque silence. La conception sonore d’Étienne Bergeron vient ponctuer ces moments, d’ailleurs, nous entendions plusieurs bruits de grognements venant du fils pour nous ancrer dans l’histoire. Finalement, cela ajoutait une dimension inquiétante qui aidait à renforcer l’atmosphère oppressante.   

Le Théâtre des Gens de la Place, un pilier culturel pour Trois-Rivières, continue de prouver son engagement pour la condition féminine. La production Les Serpents s’inscrit dans cette tradition de qualité. La pièce est une expérience théâtrale intense et nécessaire. Elle mérite d’être vue autant pour la qualité de son texte que pour l’excellence de sa mise en scène et de son interprétation.

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