
Dans son essai philosophique paru le 17 septembre dernier, Mathieu Bélisle consacre une réflexion éclairée à un concept central dans l’histoire de l’humanité : l’espoir. Celui qui a publié quatre autres ouvrages depuis 2017 signe aux éditions Lux un récit historique profond. Abordant ce qu’a représenté l’espoir au fil des siècles pour les êtres humains, il en décrit et décrypte les significations au prisme des différents contextes socio-historiques. Zoom sur un ouvrage instructif et profondément réflexif, qui invite à penser l’espoir autrement.
Mathieu Bélisle : l’optimiste essayiste québécois
L’essayiste Mathieu Bélisle, né à Terrebonne en 1976, enseigne la littérature au Collège Jean-de-Brébeuf, en plein Montréal. Avant Une brève histoire de l’espoir, le triple récipiendaire du prix de la SODEP du meilleur essai a offert au monde quatre autres livres : Bienvenue au pays de la vie ordinaire (2017), L’empire invisible (2020), Ce qui meurt en nous (2022) et Quelqu’un doit parler, coécrit avec Alain Vadeboncoeur.

Après un passage par le Collège Shawinigan, il complète un baccalauréat en littérature et en histoire à l’UQAM en 2000. Il poursuit ensuite une maîtrise, puis un doctorat en littérature, menés entre l’Université McGill et l’Université de Montréal de 2000 à 2008. Son postdoctorat l’amène ensuite de l’autre côté de la frontière, à Chicago, où il poursuit ses travaux de recherche entre 2008 et 2010.
L’espoir : force motrice de l’humanité
Comme son nom l’indique parfaitement, Une brève histoire de l’espoir inventorie l’existence et l’évolution d’un concept souvent invoqué, mais rarement interrogé. Dans son essai, Mathieu Bélisle remonte ainsi aux premières traces de l’espoir dans la civilisation humaine pour montrer comment celui-ci a toujours servi autant de moteur collectif que de boussole morale.
En explorant les divers mythes fondateurs, pensées philosophiques ou encore imaginaires politiques qui ont rythmé l’histoire des Hommes, l’auteur démontre que l’espoir n’est pas une notion figée. Effectivement, celle-ci n’a (eu) de cesse de fluctuer au gré des révolutions, des guerres et des bouleversements sociaux. Grâce à ses centaines de courts chapitres, l’essai avance à travers nombre de tableaux historiques, dialoguant parfois entre eux, et offrant une vision panoramique plutôt qu’exhaustive.

De l’Homo sapiens à nos sociétés contemporaines en passant par la Grèce Antique, Bélisle décortique donc les considérations humaines de l’espoir, idée tantôt célébrée, tantôt méfiée. À travers une écriture volontairement pédagogique, Une brève histoire de l’espoir invite à concevoir l’espoir comme un élément essentiel de l’expérience humaine : « l’espoir non seulement fait vivre, mais est la vie même » (p.27). Une idée qui rejoint celle de l’écrivain Dostoïevski : « Vivre sans espoir, c’est cesser de vivre ».
Un essai cruellement juste
Ce qui frappe dans cet ouvrage, c’est sa capacité à faire dialoguer le passé avec nos angoisses présentes. Bélisle évite le pessimisme : il rappelle plutôt que l’espoir surgit précisément lorsque tout vacille. En évoquant la parole d’un survivant de la Shoah affirmant qu’il « valait mieux agir et être tués, plutôt que de mourir sans avoir rien tenté » (p.85), il met en lumière ce lien vital entre espérer et agir. À l’heure où les crises se multiplient, cette mise en perspective rappelle que l’espoir relève moins d’une naïve consolation que d’une condition d’action.
L’écriture, limpide et calme, rend les idées accessibles sans les simplifier. Bélisle n’impressionne pas : il éclaire. Si certains lecteurs auraient aimé le voir approfondir davantage certaines traditions philosophiques ou religieuses, cette brièveté assumée fait partie du projet : proposer un panorama, non une encyclopédie. À la question, en apparence simple, de sa fille « Le monde va-t-il brûler ? », il répond simplement : « notre tâche est d’imaginer la suite plutôt que de craindre la fin » (p.105).

Espérer, encore et toujours
Finalement, Une brève histoire de l’espoir réussit à montrer que l’espoir n’est pas une illusion consolatrice, mais bien une force structurante. Un livre qui ne prétend pas offrir de solutions, mais qui propose une respiration intellectuelle bienvenue, et un rappel salutaire que croire en demain reste un acte profondément humain.
Et à vous tou.te.s, étudiant.e.s de l’UQTR, une conclusion qui résonne d’autant plus dans les temps troublés que nous traversons : « L’université n’est pas d’abord un lieu de pouvoir, mais d’espoir ; le savoir ne sert pas à dominer, mais à comprendre le monde pour mieux l’habiter. Sans l’espérance de devenir meilleure, la connaissance est sans valeur » (p.48).
Pour consulter la fiche produit du livre ou l’acheter en librairie québécoise : https://www.leslibraires.ca/livres/une-breve-histoire-de-l-espoir-mathieu-belisle-9782898332296.html.



