Chronique d’une citoyenne du monde: Des artistes pas comme les autres

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Le courage n’est pas ce chêne imposant qui se dresse devant une extravagante tempête. Le courage, c’est cette petite fleur qui brave le froid et réussit à survivre à un climat des plus rudes.

Je vous ai habitué, chers lecteurs à de vives plongées dans ma mémoire au début de chaque chronique. Cette fois-ci, ma mémoire me fait défaut, car je n’ai jamais vu une telle discrimination. Bannir des gens qui ont eu le malheur d’être nés dans un pays qui se retrouve dans la disgrâce d’un dirigeant…

Parmi ces gens, il y a des médecins, des professionnels, des athlètes… et des artistes. Mais pas des artistes comme les nôtres, pas des artistes qui ont moyens et matériel pour s’exprimer. Pas des artistes qui ont bourses et récompenses en guise de reconnaissance de leurs talents. Non, très loin de là. Voyez-vous, être artiste dans un pays comme la Somalie, le Soudan, La Libye, l’Iran, la Syrie, l’Irak et le Yémen relève du mythe. S’affirmer avec son art devient alors une lutte interminable, une lutte à la Sisyphe.

Ce n’est pas pour rien que certains artistes préfèrent immigrer pour poursuivre leurs carrières. Car être artiste dans les pays précédemment mentionnés, c’est braver la dictature d’un dirigeant, résister à l’isolement de l’embargo et survivre à la guerre civile. Être artiste dans ces pays-là, c’est nager contre le courant de l’extrémisme, contourner la radicalisation et risquer sa vie pour ses idées.

Être artiste dans ces pays-là, c’est résister à un gouvernement qui s’est donné pour mission de nettoyer la terre des cultures basses. Être artiste dans ces pays-là, c’est surmonter l’amputation des esprits. Enfin, être artiste dans ces pays-là, c’est avoir une foi inébranlable en l’humanité et affirmer qu’il faut créer en dépit d’un climat âpre, en dépit de la famine.

Être artiste dans ces pays-là, c’est s’exprimer en dépit de la guerre, c’est créer en dépit d’un climat âpre.

Dans mon esprit candide, je me suis demandé: mais qu’advient-il de ces gens qui rêvaient d’une terre d’accueil où faire fleurir leur art? Qu’advient-il de leurs rêves et de leurs espoirs? Ils voulaient fuir l’amputation de l’esprit, mais se sont finalement retrouvés devant l’amputation de l’espoir. Certains diront que ce n’est pas la fin du monde: des artistes, il y en aura tout le temps. Détrompez-vous! Ces pays ont livré à l’humanité des talents irremplaçables.

L’Irak, par exemple, a été le berceau au fil du temps d’artistes dans toutes les sphères culturelles. Si nous avons un nom à garder, ce serait celui de Zaha Hadid (1950-2016), l’une des plus brillantes architectes du mouvement constructiviste. Ses créations, ou devrais-je dire, ses œuvres d’art témoignent d’une finesse rare et d’une complexité remarquable. Elle décide d’étudier l’architecture à Londres, où elle ouvre sa propre agence en 1980.

Le Centre culturel Heydar-Aliyev à Bakou, l’Opéra de Canton en Chine, Phaeno qui est un musée scientifique à Wolfsbourg (Allemagne) sont, entre autres, des édifices qui porteront son empreinte à tout jamais. Ses créations lui ont valu plusieurs distinctions honorifiques, dont le prix Pritzker, le plus prestigieux prix existant en architecture, qu’elle a reçu en 2004.

Un autre Irakien qui a su porter le flambeau de l’art est Dia Al-Azzawi. Galeries d’art, foires internationales, musées… on retrouve ses œuvres partout. Fier promoteur de la jeune création irakienne, Dia possède à son arsenal des centaines d’œuvres entre toiles, sculptures et livres d’artistes. Il a été exposé à travers le monde au British Museum, à la Banque Mondiale, à l’Institut du Monde Arabe, à la Bibliothèque Nationale de France, à la Fondation Ona, à la Fondation Kinda, au Mathaf, un musée de l’art moderne du Qatar (source: Galerie Claude Lemand).

Le monde est une symphonie et chacun peut y apporter sa note: refuser des immigrants serait comme casser le lutrin.

Alors vous le voyez bien, en fermant les portes à des gens, on ferme la porte aux artistes, et l’on prive le patrimoine culturel humain de leurs créations.

Plusieurs artistes contemporains ou récemment décédés sont d’origine syrienne. Steve Jobs par exemple, un de ceux qui ont fait de Pixar un emblème de films d’animation, est de père syrien. Le comédien américain Jerry Seinfield est né de mère syrienne.

Le chanteur pop Mika est né d’une mère libano-syrienne… et la liste est bien longue.

Je n’ai pas la prétention de lister tous les artistes ou toutes les icônes de la culture qui ont de quelque manière que soit des origines syriennes. Mais je crois dur comme fer que la richesse de l’art vient aussi du multiculturalisme. Le monde est une symphonie et chacun peut y ajouter sa note: refuser les flux migratoires serait comme casser le lutrin qui porte la symphonie.

Nombreux sont ceux qui ont transformé des armes en pièces d’art, luttant ainsi contre une guerre qui désormais fait partie de leur quotidien. Nombreux sont ceux qui ont choisi de quitter leur terre natale pour donner à leurs enfants la chance de s’exprimer en toute liberté sans craindre d’être persécutés ou de se voir attribuer la peine de mort.

C’est gens ont une seule chose en commun, ils ont fait le choix de croire en un futur meilleur. Vœux pieux, la bêtise humaine saurait toujours se dresser contre ce futur et ces rescapés du massacre, dire qu’il faut «imaginer un Sisyphe heureux».

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