Chronique d’une citoyenne du monde: «Lamé» Sept-Îles

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Des journées de grande production intellectuelle, un défi des plus extraordinaires et un partage d’idées des plus enrichissants. Telle fut ma semaine à Sept-Îles, terre aux mille couleurs.

Quand je me préparais à la participation à la 5e édition du Savoir Affaire Tremplin vers le Nord, je m’attendais à un brassage de neurones, certes, mais j’étais très loin d’imaginer que j’allais découvrir une terre merveilleuse et un peuple fascinant: les Innus.

Ces gens se distinguent des autres nations autochtones par leurs mœurs et leur mode de vie semi-nomade. Si, actuellement, la plupart d’entre eux parlent le français, leur langue le traverse et se faufile au cœur de la ville.

Plusieurs boutiques, restaurants, auberges portent des noms issus de la langue innue, un clin d’œil au riche héritage de cette grande nation. Le visiteur est automatiquement imprégné de cette culture merveilleuse et surtout ancestrale.

Il existe malheureusement très peu de livres pour raconter l’histoire innue, ou même les contes et légendes qui s’y attachent, surement parce que la culture innue se transmettait de voix en voix. Vous pouvez imaginer les familles de tout un village autour d’un feu le soir, où les jeunes se laissent abreuver des histoires racontées par les ainés.

Ces histoires dépassent le divertissement, puisqu’elles véhiculent toutes les valeurs ancestrales aux jeunes générations. Des valeurs dont nous aurions grand besoin, en ces temps où la nature n’a jamais été aussi perturbée.

Les Innus croyaient que les humains n’étaient pas maitres du monde, mais plutôt un maillon dans la chaine qui lie tous les êtres vivants à la nature. Quoi de plus humble? De là, il n’est point étonnant de voir que leurs contes et légendes tournent autour des échanges entre les humains et animaux, puisque ces derniers partageaient la même âme, selon les croyances innues.

Que de fois un humain s’est incarné en loup pour veiller sur des chasseurs en beau milieu de l’hiver rude! Que de fois des oiseaux guidaient des âmes perdues jusqu’au havre de paix! La plus célèbre des légendes est sans aucun doute celle des oiseaux d’été, une épopée qui explique aux Innus comment vivre en harmonie avec la nature.

À la découverte de l’artisanat innu

Cuire, toile de coton, perle, os… tous les matériaux sont bon pour faire de l’artisanat innu. C’est dire qu’il s’agit d’une culture à zéro déchet. Les Innus sont des artisans dans l’âme, passés maitres dans l’art du traitement des peaux comme celle du caribou. Les peaux deviennent de vraies toiles, prêtes à accueillir de sublimes peintures qui racontent l’histoire et qui mettent l’accent sur le respect de l’environnement. Ces toiles deviennent alors soit des vêtements, soit des peaux de frappe pour les tambours. Respectant les techniques ancestrales, les produits innus se font tous à la main, même de nos jours.

J’ai été particulièrement frappée par la volonté des gens de la Côte-Nord de préserver la richesse et la beauté de l’art innu, mais surtout de le transmettre à tous les Québécois. Une de ces initiatives, et sans doute la plus audacieuse, est le projet Les bottes de l’espoir. Il s’agit d’un projet de confection artisanale de mocassins et de bottes à la main par des femmes innues. Joignant l’utile à l’agréable, les bottes de l’espoir offrent une occasion unique de voir des chaussures brodées et parsemées de perles, en permettant aux femmes innues de se prendre en charge et de casser bien des barrières sociales.

Madame Josée Leblanc, propriétaire du complexe Agara et membre du jury du Savoir Affaire Tremplin vers le Nord, s’est donnée pour mission la transmission et le développement de l’histoire et des arts des Premières Nations. Le projet, qui est passé devant les Dragons, a permis à madame Leblanc de recevoir l’aide de deux d’entre eux. Cette initiative permet non seulement au patrimoine de perdurer, mais aussi aux femmes innues de recevoir un salaire décent pour le merveilleux travail qu’elles accomplissent.

Ce n’est pas avec un méritas que je quitte Sept-Îles, mais avec un cœur imprégné de la somptuosité et la magnificence de cette belle nation: les Innus. «Lamé».

Lors de mon séjour à Sept-Îles, j’ai eu l’immense chance de voir l’exposition «REGALIA, fierté autochtone», une collaboration entre le photographe Roland Lorente et Aline Saffore. Une exposition où textes et images se confondent, pour révéler l’extraordinaire du monde. «REGALIA…» n’est pas juste une exposition de photos, c’est l’histoire de 30 danseurs provenant de 14 nations autochtones. Le projet est également un parcours de 10 000 km, 20 pow-wow, et surtout une ode à l’identité et à la culture sacrée des Premières Nations.

Rien n’est laissé au hasard: chaque habit, chaque accessoire, chaque plume raconte une histoire. Situé à mi-chemin entre le sacré et l’expression artistique, le pow-wow est un rituel où la danse sert de moyen d’expression pour honorer la nature, vanter les esprits protecteurs, ou encore soulager la maladie.

Dans une démarche inclusive, le musée amérindien de Mashteuiatsh du Saguenay-Lac-Saint-Jean a transporté l’exposition au Cégep de Sept-Îles. Étudiants et visiteurs des lieux peuvent éblouir leurs yeux avec cette force expressive, qui nous arrache à notre quotidien. Une force qui se dresse en reine attestant toute la splendeur et la grandeur des Premières Nations.

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