En échappée: La réalité d’un «coach»

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Photo: Mathieu Plante
Photo: Mathieu Plante

Congédier un employé. S’il y a quelque chose de désagréable dans les tâches d’un gestionnaire, c’est bien d’avoir à poser ce genre de geste. Imaginez maintenant congédier un ami. Encore plus difficile, n’est-ce pas? Et bien c’est ce qu’a dû faire Marc Bervegin il y a quelques semaines, dans le but de secouer son équipe qui, disons-le ainsi, n’allait plus nulle part.

Malgré la saison dernière que l’on peut qualifier de désastreuse, il a persisté et signé, gardant à l’emploi son bon ami, Michel Therrien. Bien que ses méthodes de coaching soient discutables selon bien des observateurs du monde du hockey, Therrien trônait, au moment de son congédiement, au sommet de la section Atlantique, devant les Sénateurs d’Ottawa, par deux points seulement. Le congédiement de Therrien m’a donné envie d’écrire un papier sur la réalité d’être un entraîneur-chef au hockey, mais aussi dans les autres sports.

Le métier d’entraîneur-chef d’une équipe sportive n’est pas de tout repos. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Ces entraîneurs passent par toute une gamme d’émotions au courant d’une saison. De la joie la plus intense après avoir remporté un trophée quelconque, à une infinie tristesse à la suite d’une défaite en finale. Qui plus est, ils vivent avec une rage intense après une série de défaites, puisqu’un tel poste au hockey est principalement jugé sur les résultats, et sur les points au classement qu’il est capable d’aller chercher avec son équipe.

Fin communicateur et grand pédagogue, surtout avec la prochaine génération de jeunes joueurs qui s’en viennent, le rôle d’un entraîneur dépasse largement les «X» et les «O» sur un tableau. J’ai eu récemment l’opportunité de parler avec un entraîneur-chef d’une équipe de hockey de haut niveau. Ce dernier m’expliquait qu’avec les jeunes joueurs actuels, il fallait vraiment prendre le temps de bien expliquer des concepts, ainsi que leurs forces et faiblesses, avec plus de précision que les joueurs qui sont aujourd’hui plus vieux.

Le rôle d’un entraîneur dépasse largement le fait de devoir marquer les «X» et les «O» sur un tableau.

Un métier haut en couleur

Les émotions vécues par les entraîneurs à travers une saison peuvent être très négatives, ou au contraire, les rapprocher de leurs joueurs. La victoire ou la défaite, c’est la réalité de ces hommes-là. Les entraîneurs s’investissent tellement, les heures de travail sont si longues qu’ils en viennent pour la plupart à négliger leurs proches. C’est un travail glorieux pour ceux qui le font, mais pour la famille autour, ça demande énormément de sacrifices.

J’ai eu la chance d’avoir côtoyé quelques entraîneurs-chefs dans ma vie: la plupart de ceux qui sont remerciés vous diront que c’est le lendemain matin que ça fait le plus mal. La journée même, c’est un peu l’adrénaline qui s’occupe d’engourdir le mal. Le lendemain, c’est se lever, déjeuner et ne plus rien avoir à faire du reste de la journée. L’inaction, ne serait-ce que pour quelques semaines, est difficile à gérer pour eux, qui sont toujours occupés à décortiquer le plan de match de l’équipe adverse.

Je me demande bien quelles sont les différences entre ce que vit Marc-Étienne Hubert, l’entraîneur-chef des Patriotes, et un entraîneur-chef quelconque de la LNH.

Surtout au niveau de la Ligue nationale de hockey (LNH), ces entraîneurs ne sont vraiment pas à plaindre. Salaire dans les six chiffres, vols nolisés, hôtels cinq étoiles: leurs conditions de travail sont très loin de celles d’un employé d’une usine quelconque. Se faire montrer la porte, c’est dur émotionnellement, pour leur ego aussi, mais ça n’a rien à voir avec un travailleur d’usine qui se retrouve au chômage avec deux enfants à la maison, une hypothèque à payer et toujours plus de comptes qui rentrent, comme on dit.

Malgré cet emploi bien ingrat, les entraîneurs font d’énormes sacrifices pour toujours pouvoir coacher au niveau supérieur. Ils sont bien conscients que le congédiement fait partie de la routine, et qu’il ne faut pas le «prendre personnel» s’ils sont remerciés. Les coachs sont des gagnants dans l’âme, et ils auront toujours l’impression qu’ils pourront ramener leur équipe sur le sentier de la victoire après une série d’insuccès. Rien n’est éternel, et ils devront eux aussi un jour passer le flambeau à l’un de leurs confrères.

Quel est le parallèle avec l’UQTR, ou les autres programmes de hockey universitaire?

Je me demande bien quelles sont les différences entre ce que vit Marc-Étienne Hubert, l’entraîneur-chef des Patriotes, et un entraîneur-chef quelconque de la LNH. Bien sûr, dans les deux cas, la pression de performer est immense, et ils sont jugés primairement sur le nombre de victoires qu’ils auront récoltées. Par contre, une équipe sportive universitaire et une professionnelle n’ont pas la même vocation. L’une a pour priorité l’éducation de ses joueurs. L’autre, de garnir ses coffres en allant chercher l’argent des amateurs.

Bien qu’un programme de hockey universitaire bien peaufiné soit un avantage certain pour que les gestionnaires puissent faire venir jouer des joueurs de l’extérieur, et donc de les inscrire à l’université, les équipes universitaires sont à des années-lumière du budget d’une équipe de la LNH. Je serais bien curieux de voir comment un entraîneur d’une équipe universitaire deale avec ses joueurs, des athlètes tout aussi fiers que les professionnels, comparés à ceux-ci…

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