En plein face : Franglais

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Par Simon Fitzbay, chroniqueur

Dans les dernières semaines, l’ouverture du Tim Hortons de l’UQTR a soulevé plusieurs débats. Entre autres, les étudiants se sont questionnés sur la pertinence d’une telle succursale sur notre campus mais c’est surtout l’affichage bilingue sans prédominance du français qui a le plus choqué les étudiants. Par contre, lorsque l’on se compare à la multinationale, il n’y a pas de quoi se consoler.

Cette crise de l’affichage a généré une tempête d’émotions ainsi qu’une foulée de critiques par les étudiants envers le choix de Sodexo d’afficher dans les deux langues. Certains étudiants ont été outrés à un point tel qu’une plainte officielle a été envoyée à l’Office québécois de la langue française.

Malgré tout, ce manque flagrant de respect de la part des gérants de la cafétéria envers notre langue n’a pas empêché les étudiants d’acheter du café très moyen et des pâtisseries grasses remplies de sucre raffiné. Le tout n’a pas vraiment eu d’impact sur les étudiants qui démontrent encore une fois leur manque de colonne en s’en battant royalement les couilles.

Quand on se compare…

Pourtant, cette indifférence générale de la part des moutons que nous sommes n’est pas très surprenante. Lorsque l’on prend le temps de regarder les babillards du campus, on se rend compte qu’il n’y a pas que le Tim’s qui se permet de vomir sur notre langue. Effectivement, les associations ne laissent pas leur place lorsqu’il est temps de démontrer leur ignorance du fait français au Québec.

Lorsque l’on s’attarde aux affiches des activités festives des étudiants (les partys, si vous n’avez pas déjà compris), on peut facilement se demander si nous sommes vraiment à l’UQTR ou dans une université de bas étage du nord de l’Ontario. Frosty, Foam Party, Back to 50, Nightmare Party, Toga Party et mon favori de tous : Happening Patriotes. Jean-Olivier Chénier a de quoi se retourner dans sa tombe.

Les exemples pullulent. Ça semble être la norme de donner un nom anglophone à une activité lors de laquelle le niveau de connaissance en anglais des participants se résume à fuck, yes, no et LOL. C’est une vague qui est née il y a trois ou quatre ans mais qui a pris des proportions démesurées. Si bien que chaque nouvelle soirée qui veut être prise au sérieux doit avoir un nom anglophone. Quand on est fier de notre langue…

Gros colons

N’empêche que ces dénominations (et il y en a d’autres, croyez moi) représentent bien la population étudiante et celle du Québec en général. Nous ne sommes qu’une belle bande de colonisés. Nous consommons des produits culturels américains et nous en sommes très fiers. Les Québécois vivent dans le confort et l’indifférence que leur apporte cette acculturation depuis déjà plusieurs années. Par contre, on peut observer que nous avons atteint un nouveau plateau de ridicule depuis quelques temps.

Force est de constater qu’il s’agit beaucoup plus d’un problème de société que ce syndrome du ti-coune, typique aux étudiants de l’UQTR. Le Québec est mollasse sur la langue. On s’habille au American Apparel, Simons et Urban Outfitters. On mange aux Burger King et on boit nos bons cafés Starbucks. Pourtant, on est fier d’être Québécois. On aime bien défendre le français le soir de la St-Jean-Baptiste, mais on retourne écouter LMFAO, Lady Gaga ou Mumford & Sons le lendemain matin sur la 40. Bref, nous sommes un véritable cas clinique de bipolarité.

« Le Québec est mollasse sur la langue.»

Et plusieurs étudiants s’en balancent. Pas seulement ceux qui vont chasser leur tristesse et leur vide intérieur en allant danser et boire lors de ces fêtes, mais également les instigateurs de ces évènements populistes bien gras. En effet, lorsque le point sur l’affichage a été discuté lors du conseil d’administration de l’AGE UQTR à la fin novembre, ils étaient nombreux à rire dans leur barbe à l’idée de franciser les noms des activités. De plus, de grands experts en la question ont défendu l’utilisation de l’anglais en stipulant que ça offre une meilleure mise en marché. La loi du moindre effort quoi. Pourquoi être forcé à franciser le tout lorsque la réponse se trouve «in english»?

Il serait le temps de se décider. Sommes-nous fiers ou non de notre langue? Sinon, est-ce que l’AGE UQTR pourrait mettre ses culottes et interdire l’affichage de ces activités sur les babillards et dans l’agenda? Un simple règlement interdisant l’affichage anglophone sur les babillards et l’agenda et le tout serait réglé. Est-ce si compliqué d’ajouter un équivalent francophone aux affiches? On pourrait transformer le Frosty en Frissons, Foam party en Party Bulles et le Happening des Patriotes pourrait devenir simplement Encourageons nos Patriotes.

Il serait temps que la population, et la supposée «élite intellectuelle» que nous représentons se prenne en main et commence à changer le petit Québec en donnant l’exemple. L’UQTR est une université francophone et au Québec, nous fonctionnons en français. Si vous n’avez pas compris ça, que faites-vous aux études supérieures? Si vous ne comprenez que l’anglais, eh bien, voici un qualificatif pour vous : douchebag.

5 COMMENTAIRES

  1. Happening se trouve dans le Robert, c’est un mot anglais n’ayant pas d’équivalent (direct) en français.

    Du reste, il existe une clause sur le français dans la politique d’affichage de l’AGE UQTR, est-ce qu’elle est respectée ? Faut voir.

    • Pour ce qui est du terme «happening», je trouve simplement cela fallacieux que d’avoir un terme anglais à côté du nom «patriote» qui porte quand même un sens historique indéniable.

      Pour ce qui est de la politique d’affichage, y faudrait voir. L’AGE à voter en C.A. que les affiches devront comportés 2/3 des caractères en français et un sous-titre pour les activités qui ont un nom anglais. Les étudiants ont défendu les noms de leurs activités en les considérant comme des «marque de commerce». Bref, on verra ce que ça va donner, mais je ne sais pas si ça s’accorde avec la loi 101 parce que le Français n’est pas obliger d’être afficher plus gros que l’Anglais. On laissera l’office de protection de la langue française décider.

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