
Pour la deuxième fois en quelques mois, le jeune Samuel Champoux expose ses œuvres au centre-ville de Trois-Rivières. Le café-bar l’Embuscade offre son espace de diffusion à l’artiste peintre. Jusqu’au 2 mars prochain, le public est invité à visiter l’exposition profonde et mélancolique Voyage astral.
Samuel Champoux travaille sur un support de verre et pense ses œuvres en transparence et en inversion. Contrairement à sa dernière exposition où il donnait seulement dans l’abstraction pure, il propose, cette fois-ci, des œuvres qui sont ponctuées d’éléments figuratifs. La peinture acrylique qu’il applique sur la vitre est diluée avec de l’eau ou des produits chimiques dissolvants. Cette technique permet une fluidité marquante empreinte d’une douce profondeur.
La présente production offre des toiles principalement en noir et blanc avec de discrets ajouts de taches de couleur, souvent rouges. Les longues coulisses suaves rappellent de hautes herbes et présentent alors des paysages ruraux et glaciaux. La petitesse de certains personnages suggère un complexe d’infériorité devant la nature trop grande. Les quelques personnages sont des silhouettes noir sur blanc ou blanc sur noir représentées par des formes rudimentaires et créent des mondes oniriques.
La pièce particulièrement réussie Âmes sœurs laisse deux personnages se tenant par la main dans un espace infini, sous un ciel étoilé et lumineux. La lune rayonnante ressemble à un éclat de vitre, à une fissure causée par un impact dans le verre et rappelle alors le support de prédilection de Samuel Champoux. Ce clin d’œil donne lieu à un surplus de lumière au-dessus des deux âmes sœurs.
La lune rayonnante ressemble à un éclat de vitre, à une fissure causée par un impact dans le verre et rappelle alors le support de prédilection de Samuel Champoux.
Toujours dans le registre figuratif, Champoux propose Pure sang, une toile simple et efficace. Comme observé par la lunette d’une longue vue, un cheval rouge se tient sur ses pattes arrière. Cette œuvre épurée confirme que le jeune peintre peut faire dans plusieurs tons et que sa technique se confirme de plus en plus.
La plupart des tableaux de l’exposition demeurent dans l’abstraction, ce qui fonctionne à merveille avec la manière de travailler de l’artiste. L’accumulation des couches successives d’acrylique dilué rend les œuvres profondément vibrantes. Samuel Champoux semble avoir capté des images de l’Univers, mais le traitement noir et blanc limite la luminosité que la transparence du verre peut offrir.
L’œil du spectateur n’est pas en contact direct avec le geste de l’artiste puisqu’il travaille sur la vitre qu’il inverse au moment de l’accrochage. Ce qui est montré au public est donc différent de ce que l’artiste regarde lors de la création, ce qui crée une distance symbolique.
L’accumulation des couches successives d’acrylique dilué rend les œuvres profondément vibrantes.
Samuel Champoux continue d’étonner par l’originalité des œuvres qu’il produit. Ses œuvres-vitrail sont d’une grande beauté et permettent une détente dans un monde rapide et souvent sans repères. Le voyage astral aux confins de la macro de l’artiste se lit avec calme dans les subtiles compositions des toiles. Les différentes valeurs de gris et l’ajout parcimonieux de couleurs ont permis à Champoux d’expérimenter le quasi monochrome.
Les toiles noir et blanc sont magnifiques, mais l’exploitation de la couleur demeure une force pour l’artiste. Son exploration des formes figuratives donne lieu à des univers oniriques et deviendra peut-être une nouvelle avenue pour l’artiste trifluvien de grand talent.




