Théâtre des Gens de la Place: La noirceur du génie

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L'équipe de la production locale Dans l'ombre d'Hemingway, fière de l'aboutissement de ce projet. Photo: Gracieuseté
L’équipe de la production locale Dans l’ombre d’Hemingway, fière de l’aboutissement de ce projet. Photo: Gracieuseté

Le Théâtre des Gens de la Place présente sa pièce hivernale alors que, encore une fois et bien malgré elle, la troupe s’inscrit dans l’actualité. Dans l’ombre d’Hemingway s’est terminée le samedi 20 février dernier après sept représentations à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la maison de la Culture de Trois-Rivières. Jouée par cinq comédiens, la mise en scène de Luc Martel, bien que truffée de longueurs, assure de belles références à la forme du roman.

Lors de la présentation du Projet Laramie, un jeune homosexuel se fait agresser violemment à St-Tite et pour cette pièce-ci, l’affaire Claude Jutra pose la question sur la différenciation entre l’homme et l’œuvre. Dans l’ombre d’Hemingway présente l’écrivain dans son côté sombre et révèle un pan de la vie d’un homme qui le rend peu agréable, mais démontre que dans certain cas, on fait fi de la personne derrière un travail et parfois, c’est la personne qui prévaut sur l’œuvre. Le génie est-il toujours tourmenté ou déviant?

Hemingway vit à Cuba avec sa femme Mary Welsh où il poursuit son métier d’écrivain. Assommé par l’alcool, l’auteur peine à écrire et passe le clair de son temps en mer. La visite d’une jeune Italienne, avec qui il entretient un amour épistolaire, vient chambouler sa vie matrimoniale. Hemingway est dépeint comme un homme infidèle et dur. Comme quoi le comportement disgracieux du génie n’est nullement conjoint à l’œuvre et se fait pardonner ou oublier pour peu que le produit emballe les jurés. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1954, il est clair que l’homme et l’œuvre sont bel et bien distincts.

Andréanne Cossette livre une Adriana Ivancich succulente.

La sobriété de la mise en scène laisse la place aux acteurs qui se défendent très bien tout au long de la représentation. François Gagné offre un Hemingway terne et crédible. Son jeu quelque peu machinal laisse le rythme de la pièce au ralenti, mais donne des moments profonds et justes, surtout dans le corps et dans la démarche de l’acteur. Andréanne Cossette, qui avait participé à la production Sauce brune au printemps dernier, livre une Adriana Ivancich succulente. Son accent italien soutenu et parfaitement dosé appuie à ravir son personnage candide.

Andréanne Cossette et François Gagné dans leurs rôles respectifs d'Adriana Ivancich et Ernest Hemingway. Photo: Gracieuseté
Andréanne Cossette et François Gagné dans leurs rôles respectifs d’Adriana Ivancich et Ernest Hemingway. Photo: Gracieuseté

Un bon coup revient une fois de plus au travail d’éclairagiste de Luc Levreault. L’expérience de Levreault permet une lecture sensible et subtile de la dualité intérieure et extérieure du personnage d’Hemingway. La chaleur caractéristique de Cuba se ressent par un éclairage aux teintes orangé et franc, ce qui rend l’espace de jeu très lumineux. En revanche, quand le texte fait plonger le spectateur dans l’intériorité de l’auteur, l’éclairage se refroidit durement et traduit la souffrance psychologique d’Hemingway.

La sobriété de la mise en scène laisse la place aux acteurs qui se défendent très bien tout au long de la représentation.

Marie-Andrée Leduc est fidèle à elle-même, toujours solide, mais sans grands éclats. Mais dans cette production, elle offre un instant fort impressionnant. Son jeu d’une justesse déconcertante lors de la scène où Mary Welsh est complètement ivre est exprimé dans une attitude corporelle saisissante et démontre que cette comédienne a un sens du rythme et une maîtrise fine de son corps et de sa voix. Luc Martel et son équipe ont donné un spectacle qui demeurait lent et qui manquait parfois de levure, mais dans l’ensemble, la réflexion et le message envoyés sont pertinents.

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