Inclusion et handicap : Rendre visible l’invisible 

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Affiche de promotion du midi-conférence consacré au handicap. Crédits : En Tête UQTR.

Le mercredi 12 novembre dernier, une quinzaine de membres de la communauté universitaire se sont réunis, en présence et en ligne, pour un midi-conférence consacré aux handicaps visibles et invisibles. L’activité s’inscrivait dans la journée thématique Rendre visible l’invisible, proposée par l’Association générale étudiante de l’UQTR (AGE UQTR) et élaborée en collaboration avec le Service de développement humain et organisationnel (SDHO), le programme Mozaïc et les Services aux étudiants (SAE). Pendant une heure, intervenante et participant·e·s ont ainsi exploré un enjeu encore trop peu discuté : la manière dont notre environnement façonne l’expérience du handicap, et comment mieux agir collectivement.

Le handicap comme construction sociale

D’entrée de jeu, la conférence pose un constat important : le handicap ne se limite pas au déficit lui-même. Effectivement, c’est surtout dans la relation entre la personne et son environnement qu’elle se déploie et se remarque. Autrement dit, c’est l’ensemble des barrières physiques, sociales, culturelles ou encore organisationnelles qui provoque la situation de handicap. Mais force est de constater que cette perspective peine à s’imposer dans les mentalités collectives, et ce, malgré son omniprésence dans la littérature scientifique. 

Ainsi, les parties prenantes ont reconnu durant toute la conférence qu’il restait beaucoup de chemin à faire. Non sans souligner les progrès de la société, l’intervenante maintenait le certain retard accumulé en matière d’inclusion. Et pour cause : nous avons tous de nombreux biais, parfois inconscients. Ces biais se regroupent dans ce qu’on appelle le capacitisme : sous-estimation des compétences, surreprésentation de certains types de handicaps ou encore, attentes implicites fortes en matière d’adaptation des personnes concernées. Ainsi, l’intervenante a insisté sur l’importance d’en prendre conscience, prérequis pour transformer nos biais en actions concrètes favorisant l’inclusion.

Rendre visible l’invisible… sans obliger à se dévoiler !

Souvent éternels oubliés, les handicaps invisibles sont pourtant partout et concernent de nombreuses personnes. C’est pourquoi une importante partie de la discussion s’est attachée à décrire ces réalités multiples : enjeux de santé mentale, limitations cognitives, douleurs chroniques ou encore troubles de l’apprentissage. Dès lors, un constat revenait souvent : on ne peut pas attendre de vivre le handicap pour comprendre ce qu’il implique. Cela signifie que l’inclusivité doit devenir un réflexe collectif plutôt qu’une adaptation individuelle au cas par cas.

Certains handicaps se voient au premier coup d’oeil, d’autres non. Crédits : Testachats.

La discussion a souligné que nombre de personnes hésitent à s’auto-identifier comme ayant un handicap, souvent par peur d’être jugées, sous-estimées ou étiquetées. « On ne devrait pas avoir à s’identifier comme handicapé.e pour obtenir du soutien », rappelait-on. Finalement, ce qui ressort, c’est que les concerné.e.s devraient pouvoir communiquer leurs besoins sans crainte ni justification excessive, y compris sans forcément dévoiler un diagnostic. 

À cela s’ajoute la notion souvent méconnue de charge indue, c’est-à-dire l’effort supplémentaire que les personnes en situation de handicap doivent fournir pour s’adapter à un environnement qui n’a pas été pensé pour elles. Une réalité qui peut peser lourd, particulièrement dans un contexte universitaire exigeant.

Une sensibilité grandissante

L’heure de discussion a toutefois laissé entrevoir de nombreuses lueurs d’espoir. Selon un constat général, la nouvelle génération manifeste un intérêt marqué et une sensibilité croissante pour ces enjeux d’inclusion. Le regard se fait ainsi plus nuancé, plus empathique, moins chargé de jugement. Une participante, malentendante, raconte « un collègue, au courant de mes problématiques d’audition, faisait exprès de répéter ou reformuler naturellement les phrases des autres pour être sûr que j’avais compris ». Un geste touchant, sur lequel il est nécessaire de prendre exemple. 

Affiche de la journée consacré à la réalité des personnes en situation de handicap. Crédits : AGE UQTR.

Cependant, même si l’intention est la meilleure, encore faut-il des données véritables pour agir correctement.  C’est dans cette optique que la conférencière a annoncé la diffusion prochaine d’un sondage destiné à mieux comprendre les besoins des étudiant·e·s, tant sur le campus principal que dans les campus régionaux. Les résultats devraient permettre de cibler les obstacles, d’identifier les types de handicaps présents dans la communauté et, surtout, de déterminer à quel point l’environnement actuel est adapté ou non.

La conférence s’est conclue sur une idée forte : l’inclusion est un processus collectif, plus qu’une responsabilité individuelle. Elle exige un changement de culture, une remise en question de ce qui semble « normal », et des ajustements réels dans les espaces, les règlements et les pratiques. En rappelant que le handicap est avant tout une construction sociale et que chacun porte sa part de biais, cette rencontre visait à ouvrir un dialogue honnête et bienveillant au sein de la communauté universitaire. Un premier pas nécessaire pour rendre visible l’invisible, et pour bâtir, ensemble, un campus plus accessible, humain et accueillant.

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