Kabasa : En quête autochtone, du Canada au Sri Lanka

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L’équipe de rédaction du journal Zone Campus vous présente la série Nos Critiques Littéraires portant sur les livres québécois récemment parus. Crédit : Zone Campus.

Dans Kabasa, paru le 27 octobre 2025 aux éditions Libre Expression, l’écrivain autochtone Michel Jean explore la solidarité planétaire entre peuples autochtones. Des contrées québécoises aux terres insulaires srilankaises, l’auteur met en lumière les blessures communes et les aspirations partagées de deux nations que tout semble séparer. À travers les drames du tsunami et de la guerre civile de l’île, la rencontre de deux identités révèle une vérité universelle : celle de peuples qui refusent de voir leur culture et leur territoire s’effacer.  

Michel Jean, humaniste autochtone de renom

Michel Jean fait partie de ces noms québécois gravés dans le marbre. L’écrivain et journaliste innu de la communauté de Mashteuiatsh n’en est en effet pas à son coup d’essai : il enchaîne les succès littéraires depuis près de 20 ans. En brisant le silence entourant l’histoire des Premières Nations, il a transformé le paysage littéraire en donnant enfin une voix aux réalités autochtones.

Michel Jean, auteur innu, sort son onzième roman, Kabasa. Crédits : Marie-France Coallier Le Devoir.

Celui que l’on ne présente plus sur la scène littéraire québécoise signe une nouvelle œuvre pleine de maturité, inspirée de sa propre expérience de reporter international. Michel Jean, avec la plume humaniste qu’on lui connaît, délaisse ainsi cette fois le Québec pour nous transporter sur les rives de l’océan Indien. L’auteur établit un pont saisissant entre l’identité abénaquise de son protagoniste et la résistance des Tamouls du Sri Lanka

Résistance au cœur de massacre

L’intrigue nous mène dans les pas de Jean-Nicholas Legendre, journaliste abénaquis hanté par sa propre histoire, qui se retrouve au cœur d’une terre srilankaise doublement meurtrie. Le récit s’ouvre ainsi sur les ravages du tsunami funestement connu de 2004, mais plonge rapidement dans l’horreur de la guerre civile qui a ensanglanté le Sri Lanka pendant plus de 25 ans. 

Dans Kabasa, Michel Jean décrit avec une pudeur poignante le quotidien de cette île, prise entre deux feux ravageurs. À travers les yeux de Legendre, le lecteur assiste à la répression sanglante du peuple tamoul, et aux tentatives de gommage de l’existence même d’une culture. La résistance devient alors viscérale : au-delà des armes, elle s’exprime par le maintien des traditions et du lien avec la nature. 

Un pêcheur mène sa barque, au lever du soleil, à Trincomallee (Sri Lanka), lieu central dans Kabasa. Crédits : Journaliste.

Ici, le Kabasa, l’esturgeon jaune dont les Abénakis d’Odanak en ont fait leur emblème, devient ainsi le symbole d’une dignité et d’une existence que rien ni personne ne pourra capturer

« Si bien que, même si grand-père est mort aujourd’hui, et que moi je ne suis plus un enfant depuis longtemps, Kabasa, lui, vit sans doute encore. Là, au fond de la rivière, il veille. »

Un parallèle d’une grande justesse

La force admirable de ce roman réside dans le miroir que l’auteur tend entre deux continents. En choisissant un protagoniste abénaquis, Michel Jean rappelle de fait que l’expérience de la colonisation et de l’effacement est une blessure partagée par-delà les frontières

Le parallèle est d’une grande justesse : Legendre ne regarde pas le conflit sri-lankais comme un observateur étranger, mais comme un homme qui reconnaît, à des milliers de kilomètres d’Odanak, les mêmes mécanismes d’oppression qu’ont subis les siens. L’auteur évite ainsi avec brio le piège de la comparaison facile. Il tisse plutôt une toile de solidarité invisible

La très belle couverture du roman Kabasa de Michel Jean. Crédits : Editions Libre Expression.

Le voyage srilankais devient ainsi une quête de soi pour le protagoniste, une manière de comprendre que l’autochtonie est une identité de résistance mondiale. La plume de Michel Jean, à la fois précise comme celle d’un grand reporter et sensible comme celle d’un poète, nous rappelle que, tant qu’un peuple continue de nommer son territoire et ses ressources, il ne peut être totalement vaincu

Kabasa est un livre essentiel sur la fraternité humaine et l’impératif de mémoire, confirmant ainsi que le cri pour la dignité reste le même, qu’il résonne dans les forêts du Nord ou sur les plages de l’océan Indien.

Pour consulter la fiche produit du livre ou l’acheter en librairie québécoise :
https://www.leslibraires.ca/livres/kabasa-michel-jean-9782764817346.html?srsltid=AfmBOorzZ2TX5Fj6He23jwpHTNVZbn48LycDEtCE474qUeNWQXiciJoY

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