La p’tite vite: Au fond, pourquoi le fait-on?

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Anthony Morin. Photo: Mathieu Plante
Anthony Morin. Photo: Mathieu Plante

Par-delà le simple plaisir et la nécessité de reproduction, qu’est-ce qui motive la sexualité humaine?

Que l’on fasse l’amour, que l’on baise, ou tout simplement que l’on s’accouple comme des singes bonobo, qu’est-ce qui pousse l’être humain à unir son corps et ses organes génitaux? La question énoncée est simple. La réponse, de son côté, s’annonce beaucoup plus complexe.

Pulsion et libido

Différentes approches sont possibles afin de tenter d’esquisser une réponse quelque peu intelligible et pertinente. Tout d’abord, la pulsion sexuelle, ou libido, est celle qui mène l’être humain de façon générale aux différents comportements sexuels comme la séduction, la prise d’initiative, la recherche de partenaire, mais aussi les comportements comme la masturbation et le coït (pénétration). La libido est générée par deux sources principales, soit «sensorielle exogène» (caresses, stimulation directe et indirecte des zones érogènes) et «sensorielle endogène» (fantasmes, souvenirs, pensés). Il s’agirait donc de la recherche de ce plaisir qui mène l’individu à adopter un comportement sexuel et déclenche l’excitation (Cour, Droupy, Faix, Methorst, & Giuliano, 2013). Néanmoins, qu’est-ce qui influence celle-ci?

Évolution, hormones et autres détails

Les explications neurophysiologiques et évolutionnistes des comportements sexuels dressent un portrait très utilitaire et hormonal de la motivation aux activités sexuelles, mais somme toute intéressant à découvrir.

Maslow, célèbre pour sa pyramide hiérarchique des besoins, ainsi que ses successeurs s’entendent sur la place fondamentale qu’occupe le besoin sexuel dans la réalité humaine (Kenrick, Griskevicius, Neuberg, & Schaller, 2010). Toutefois, celui-ci serait distinct comme besoin fondamental au-delà du concept de survie, en ce sens où il peut avoir une influence importante sur d’autres besoins sociaux, comme l’acquisition et la rétention d’un(e) partenaire ainsi que pour la parentalité. Il ne s’agirait pas nécessairement du coït en soi ou de la satisfaction sexuelle, mais davantage dans les comportements comme l’affection, la séduction, les comportements de  protection et de collaboration. Toutefois, cette théorie demeure controversée, dû au manque de donnée empirique sur le sujet.

 

Les évolutionnistes postulent de leur côté au maintien de l’espèce par le besoin de procréation, mais expliquent difficilement pourquoi il y a maintien chez la femme d’activité sexuelle en dehors des périodes de fécondité, voire même pendant la période menstruelle. Certains chercheurs de cet acabit postulent que l’augmentation de l’activité sexuelle en période d’ovulation serait simplement un effet résiduel de l’évolution et que «la sexualité étendue» offrirait des avantages secondaires aux femelles (ici, les auteur(e)s parlent des primates) comme la confusion de la paternité ou l’échange de sexualité contre des objets ou de la nourriture (Thornhill & Gangestad, 2008).

Pour sa part, l’approche neurophysiologique attribue l’augmentation du désir sexuel féminin à la sécrétion d’œstrogène et notamment de l’œstradiol, un dérivé du métabolisme du cholestérol par l’interaction avec la testostérone, et qui serait positivement corrélé avec les comportements et le désir sexuel. Cette augmentation hormonale surviendrait à l’approche de l’ovulation. Toutefois, le taux de testostérone ne serait pas un facteur directement lié à la motivation sexuelle féminine (Roney & Simmons, 2013).

À l’inverse, pour l’homme, c’est justement cette même testostérone qui serait en majeur partie liée au désir et à la motivation sexuelle. Toutefois, l’impact de cette hormone sur la sexualité masculine deviendrait moins bien compris avec l’âge, car d’autres facteurs de vieillissement entrent aussi en interaction avec la testostérone (Bancroft, 2005).

Le taux de testostérone ne serait pas un facteur directement lié à la motivation sexuelle féminine

De la drogue à l’amour ?

Toujours dans l’approche neurobiologique, la dopamine serait très importante en ce qui a trait à la motivation sexuelle, mais aussi sur le plan relationnel en raison de l’intensité du désir sexuel. En effet, selon une étude portant sur l’anatomie et la physiologie de la sexualité, «plus le désir pour le (la) partenaire est important moins le sujet pense à mettre fin à la relation» (Cour et al., 2013). Les auteur.e.s ajoutent qu’il y aurait même des similitudes neuroendocriniennes et biochimiques entre le sentiment d’amour et le désir, bien que différent dans sa dimension affective.

Par ailleurs, les relations sexuelles favorisent aussi la sécrétion d’ocytocine qui joue un rôle déterminant dans le sentiment d’attachement. Comme quoi la sexualité, l’amour, l’attachement et les hormones ne sont pas incompatibles.

Fait intéressant: le côté addictif de la sexualité serait entre autres imputable à ces hormones du plaisir et de l’attachement, comme quoi le sexe peut être une dépendance aux mêmes titres que l’alcool ou d’autres substances psychoactives.

Les dimensions sociales et affectives

Une étude en psychologie de l’université du Texas intitulée «Why Humans Have Sex» (Meston et Buss, 2007) s’est sérieusement intéressée à la question. Dans une première phase de l’étude, les chercheurs ont déterminé auprès de 400 participant.e.s les différentes raisons pour avoir des rapports sexuels. Au total, 237 raisons différentes sont ressorties de cette première étude. La deuxième étude, cette fois auprès de 1549 participant.e.s, a permis de regrouper les différentes raisons pour ensuite les classifier selon quatre facteurs principaux se répartissant en 13 sous-facteurs.

Il y aurait des similitudes neuroendocriniennes et biochimiques entre le sentiment d’amour et le désir.

Les facteurs principaux sont: les raisons physiques (réduction du stress, le plaisir, l’attrait physique et faire de nouvelles expériences); atteindre un but (les ressources, le statut social, vengeance ou l’utilité); les raisons émotionnelles (l’amour et les sentiments, l’expression de ceux-ci); les raisons d’insécurité (pour l’estime, par pression ou par peur de perdre le partenaire). En gros, selon cette étude, toutes les raisons pouvant être évoquées peuvent être regroupées dans ces facteurs.

Malgré tout, au-delà de toutes ces approches scientifiques tentant de disséquer la sexualité pour en comprendre les rouages, un élément demeure: la sexualité est l’une des merveilles de la vie si elle est faite en accord avec nos valeurs, dans le respect et le consentement mutuel. Il est bon d’en apprendre plus sur ses mécanismes, mais la sexualité est d’abord et avant tout une question de ressenti subjectif propre à chaque individu. Elle permet à l’humain, un bref instant et s’il s’en donnent la peine, d’être un symbole de paix, d’harmonie et d’amour. Ce qui est laid en ce monde s’estompe ainsi pour laisser place à la vie. Un instant de pure magie à ceux et celles qui savent réellement l’apprécier! Pour cette expérience, je n’ai toutefois aucune référence à vous offrir, sauf mon simple témoignage.

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