Le gars qui parle de cinéma: «Call me by your name»

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Louis-Étienne Villeneuve. Photo: Mathieu Plante
Louis-Étienne Villeneuve. Photo: Mathieu Plante

 Le film…

«You know what thing

Pour résumer Call Me by your Name, je dirais qu’il s’agit d’un film d’amour qui, sans réinventer la roue, lui donne malgré tout un beau vernis. Dans une esthétique de type bourgeois-au-soleil, le film nous fait explorer une forme moins convenue du désir et de l’attachement amoureux, dans le but de valoriser l’essence même du sentiment plutôt que les habitudes que nous nous sommes collectivement forgées à son endroit.

Dans une esthétique de type «bourgeois-au-soleil», le film nous fait explorer une forme moins convenue du désir et de l’attachement amoureux.

Si l’on regarde les sorties cinématographiques des dernières décennies, force est d’admettre que cette approche gagne en popularité depuis quelque temps (sans trop y réfléchir, je pense à Moonlight, The Imitation Game, Laurence Anyways, La Vie d’Adèle, et j’en passe); et à voir les réactions un peu rigides que certaines personnes ont pu avoir en salle, je dirais que cette dernière conserve encore aujourd’hui sa pertinence et son actualité.

Par sa structure, Call Me by your Name est un film en deux temps: un film de séduction d’abord, puis un film d’amour. La grande force du scénario et de la réalisation, ici, est de retransmettre, avec une précision intelligente, ce qui caractérise, chez pratiquement tous les êtres humains, chacun de ces deux temps: au départ, les hésitations tortueuses de ceux qui tentent de décrypter, lors de moments non propices, les sentiments réels de l’être aimé; puis l’attachement officiel, sincère, manifeste, qui s’affirme une fois le mystère disparu. À ce niveau, le film remplit ses fonctions avec brio: plusieurs scènes, au symbolisme fort, sont au rendez-vous, et le jeu des acteurs se révèle, du début à la fin, toujours à propos.

À cette succession séduction-amour, le film ajoute, comme c’est presque toujours le cas lorsque vient le moment de traiter de relations plus «atypiques», l’élément du tabou: faute de sentir qu’ils peuvent afficher leur amour, les deux protagonistes se trouvent aux prises avec des difficultés supplémentaires, socialement intériorisées, qui les suivront jusqu’à la fin. Sur l’objectif de fond qui motive ce choix de développement, rien n’est à redire: la tolérance est une vertu qui se gagne par des messages répétés, et Call Me by your Name est, à cet égard, une contribution plus que nécessaire.

Par moment, le message implicite à la démarche devient peut-être… un peu trop explicite.

Je me contenterai de dire que sur cette question du tabou, le film fait à la fois preuve d’originalité sur certains aspects (le rôle des parents, notamment) tout en forçant un peu trop le trait sur d’autres (quelques choix de scènes sont en ce sens questionnables). En fait, par moment, le message implicite à la démarche — « regardez comment l’amour se passe de jugements »  — devient peut-être en vérité un peu trop explicite, ce qui finit par engendrer l’effet inverse à celui désiré. Je laisse toutefois le soin aux spectateur.ice.s de juger par eux-mêmes.

J’aime bien voir des histoires d’amour et, aussi, voir la tangente que prennent les séries et les films récents, qui de plus en plus assument de présenter des relations d’amour homme-homme ou femme-femme. Mon espoir pour les prochaines décennies: que dans de prochaines œuvres, les relations de ce genre finissent par être intégrées à des intrigues autres, c’est-à-dire à des intrigues qui tournent autour d’autre chose que le tabou qui les surplombe. Cela contribuera, je n’en doute pas, à marquer plus officiellement la normalité d’aimer celui ou celle qu’on aime, indépendamment des conventions.

Bonne nouvelle!: Une belle occasion pour les cinéphiles

Du 16 au 22 février, le Cinéma Tapis Rouge, en partenariat avec le Comité de Solidarité de Trois-Rivières, présentera sept films du monde répartis sur un total de 13 séances. Cette initiative, à vocation sociale et culturelle, se veut une occasion de réfléchir sur les enjeux contemporains d’ici et d’ailleurs dans l’objectif d’enrichir la culture locale et de favoriser le rapprochement des différences. Les films à l’affiche seront pour l’occasion Tuktuq (Québec), Glory (Bulgarie-Grèce), Lucky (États-Unis), Paradis (Russie-Allemagne), Alias Maria (Argentine-Colombie), Poésie Sans Fin (France-Chili-Angleterre) et Je ne suis pas votre nègre (États-Unis-France). Pour plus d’informations, veuillez consulter le site web du Cinéma Tapis Rouge ou alors la page Facebook «Les rendez-vous du cinéma du monde de Trois-Rivières».

Je profite d’ailleurs de l’occasion pour rappeler que de telles initiatives méritent non seulement d’être appréciées en principe, mais aussi d’être concrètement encouragées.


À voir au Cinéma le Tapis Rouge 

À partir du 9 février

Prendre le large, de Gaël Morel
(Drame français mettant en vedette Sandrine Bonnaire et traitant des réalités de la classe ouvrière au temps de la délocalisation)

Hors de nulle part, de Fatih Akın
(Drame franco-allemand récipiendaire du prix d’interprétation féminine pour Diane Kruger)


 

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