Le mot de la rédaction: In memoriam

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François Fugère. Photo: Francis Mailhot
François Fugère. Photo: Francis Mailhot

C’était une surprise. Une mauvaise surprise. Josée Mailloux, la très affable et sympathique adjointe administrative de l’AGE UQTR, m’apprend cette nouvelle. François Fugère est mort. Un seul mot m’est sorti de la bouche: «sh$%?…»

Mais qui était-il, monsieur Fugère? Pour certaines personnes, c’était un chargé de cours quelque peu spécial, la langue toujours loin de la poche et pouvant te «rentrer dedans» comme un dix-roues. Toujours en mode acharnement sur les étudiants, selon ces gens. Pour d’autres, c’est une personne dont les propos, parfois très francs, méritent qu’on y pense. Assez pour qu’on devienne de meilleures personnes.

J’ai eu le privilège d’avoir suivi un de ses cours qu’il offrait à l’UQTR. Le cursus, officiellement, devait faire un survol de l’évolution de la psychologie et de la psychanalyse. Officieusement toutefois, on avait l’occasion de mieux connaître la pensée de monsieur Fugère à propos de la vie en général. Mais surtout, c’était l’occasion de se remettre en question. Ce qu’il voulait: que nous comprenions l’importance de savoir ce qu’on veut dans la vie, d’être honnête envers nous-mêmes.

Un jour, alors que je voulais trainer une réputation d’altermondialiste un peu grano, monsieur Fugère m’a aperçu avec une bouteille d’eau d’une multinationale. Il semblait surpris et m’a dit clairement qu’il trouvait ça complètement contradictoire de ma part. Ce jour-là, j’ai compris quelque chose: il faut accepter d’être un être humain. D’être imparfait. Qu’on finit toujours par se contredire.

Depuis ce temps, j’ai appris à être plus tolérant par rapport aux valeurs qui ne sont pas nécessairement les miennes. Bien sûr, ça reste un travail sur soi qu’il faut continuer à poursuivre. Au moins, avec la remarque de monsieur Fugère, j’ai pu respirer, comprendre qu’à vouloir trop prêcher la vertu comme une vérité absolue, la réalité finit par nous rattraper. Nous ne pouvons que faire de notre mieux.

J’ai eu l’occasion de croiser plusieurs fois monsieur Fugère à l’Université. J’ai pu découvrir un membre du corps enseignant qui se souciait vraiment de la relève. Autant il pouvait être baveux, autant il pouvait se montrer intéressé par le bien-être de la jeunesse, par son avenir.

Monsieur Fugère, vous étiez unique en votre genre. Merci d’avoir été là. Votre existence sur terre n’a pas été inutile, croyez-moi.

Présentement, nous souhaitons recueillir des témoignages de la part de gens qui l’ont connu. Le tout sera mis sur notre blogue. Pour nous envoyer un témoignage: redaction.zc@uqtr.ca. Je crois que la communauté étudiante doit connaître l’œuvre de cet être d’exception.

4 COMMENTAIRES

  1. Je cherchais mon monsieur Miyagi. Un mentor qui, avec une ou deux scènes de montage, ferait de moi un super enseignant. Oh saperlipopette (parce que François ne voulait pas que je sacre), que la partie montage du film de ma vie fût plus longue qu’une toune des années 90. Monsieur Fugère a été là pour me mettre en pleine face mes mensonges. Ceux que je racontais à tout le monde pour bien paraître, mais surtout ceux que je me racontais à moi-même. Ce n’était pas toujours évident de côtoyer un homme si complexe et vrai. C’était parfois lourd. Vivre dans le paraître c’est toujours plus facile et léger… ça demande aucune introspection. Par contre, tu m’as fait grandir mon ami.

    Au fil du temps je suis passé de l’adulescence à l’âge adulte. Un homme qui a marqué ma vie et mes valeurs. Un homme qui a fait de moi un homme. O**** que je voudrais te parler aujourd’hui, te conter ma semaine pis que tu me dises que tout va bien aller. Au plus bas de ma vie il m’a ramassé à la petite cuillère. Il était là. Juste… là, pour moi. Le pire c’est que j’ai rien de spécial. Des personnes qui ont côtoyé François il y en a eu plus que je ne peux en compter, mais il m’a toujours fait sentir unique.

    « Ose vivre, arrête de faire semblant, arrête de paraitre », qu’il me disait. C’était toujours suivi d’un « Je t’aime, je serai là pour toi, toujours ».

    François je t’aime, on se revoit en haut.

    Marco

    • Bonjour Marco,

      Un grand merci pour ce beau témoignage ! C’est vrai qu’au-delà du côté confrontant, Monsieur Fugère pouvait être une personne de confiance quand la confusion régnait dans la tête !

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