
La pandémie de COVID-19, survenue en 2020, a profondément bouleversé le marché du travail canadien. Après un redressement temporaire, une inquiétante vague de chômage touche désormais particulièrement les jeunes diplômés, une tendance qui s’est accentuée en 2025. Dans cette chronique, nous nous proposons d’explorer ce phénomène qui ne manque pas de conséquences sur le plan économique.
Chiffres clés : Un rebond du chômage chez les jeunes
En août 2025, le taux de chômage au Canada a atteint 7,1 %, en hausse de 0,5 point depuis janvier. Mais les jeunes sont bien plus touchés. Selon Statistique Canada, le taux de chômage des 15-24 ans a bondi à 14,6 % en juillet, son plus haut niveau depuis 2010 hors années de pandémie, et approche désormais 15 %.
Chez les jeunes diplômés de moins de 25 ans, la situation est tout aussi préoccupante : 11,2 % au niveau national et 9 % au Québec au premier trimestre 2025, des chiffres nettement supérieurs à ceux d’avant la crise sanitaire. L’entrée sur le marché du travail est donc devenue plus difficile, avec des emplois précaires, moins qualifiés et offrant peu de perspectives.
Genèse de la crise : De la pandémie à la contraction économique

Selon le Mouvement des caisses Desjardins, la pandémie a entraîné la fermeture de nombreux secteurs où travaillent traditionnellement les jeunes débutants : restauration, commerce de détail, hébergement, tourisme. Contrairement aux crises précédentes, la reprise amorcée en 2021 et 2022 fut de courte durée. Dès 2023, la croissance a ralenti et le marché de l’emploi s’est contracté de nouveau, ce qui a compliqué l’avenir des jeunes diplômés.
À cela s’ajoute l’afflux de résidents temporaires et de nouveaux immigrants depuis la pandémie. Leur arrivée massive a intensifié la concurrence sur des postes déjà limités, une situation qui accentue les tensions sur l’emploi des jeunes Canadiens.
Disparités et groupes vulnérables
Statistique Canada a révélé en juillet 2025, à travers son enquête sur la population active, que la crise ne touche pas tous les jeunes de la même manière. Les jeunes issus de groupes racisés enregistrent des taux de chômage particulièrement élevés : 26,4 % chez les jeunes arabes, 23,4 % chez les jeunes noirs et 12 % chez les jeunes asiatiques, des niveaux bien supérieurs à ceux des jeunes non racisés et non autochtones. Dans le même temps, le phénomène des « NEET » (jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation) s’accentue, et de plus en plus de 18-24 ans se retrouvent sans perspective immédiate, ce qui fait peser un risque majeur sur l’avenir d’une génération.
Témoignages et réalités du terrain

Les récits de jeunes diplômés traduisent la difficulté d’insertion. Beaucoup, malgré des parcours universitaires solides, peinent à trouver un emploi correspondant à leur formation. Certains acceptent des postes précaires, changent de secteur ou quittent leur région. C’est le cas de Thomas Giroux diplômé en finance, qui s’est tourné vers l’immobilier, faute de débouchés en banque ou en gestion d’actifs à Montréal et Toronto d’après le Journal de Québec. Ces choix contraints illustrent une génération obligée d’adapter ses ambitions aux réalités d’un marché saturé.
Conséquences sur les trajectoires et la société
Les conséquences de cette situation sont multiples et se manifestent autant sur le plan individuel que collectif. Le retard d’entrée dans la vie active freine la constitution d’un patrimoine, l’accès à l’autonomie financière et peut même affecter la santé mentale des jeunes. Beaucoup sont contraints d’accepter des emplois sous-qualifiés ou éloignés de leur domaine. Un phénomène qui risque de laisser une « cicatrice » durable : ceux qui commencent leur carrière dans ces conditions voient souvent leurs salaires plafonner et leurs perspectives d’évolution se réduire sur le long terme. Peu à peu, se dessine ainsi une génération plus « flexible », forcée d’élargir ses horizons professionnels, d’enchaîner des contrats temporaires, de changer de région pour trouver un emploi et de repousser des projets de vie importants comme l’achat d’un premier logement, l’accès à une réelle autonomie ou la fondation d’une famille.
Les pistes de réponse et leviers d’action

Face à cette situation, divers acteurs commencent à se mobiliser. Plusieurs rapports soulignent la nécessité de renforcer la collaboration entre gouvernements, universités et employeurs pour créer davantage de passerelles : stages, emplois temporaires qualifiés, mentorat et formations en alternance. Des programmes ciblés pour favoriser l’intégration des diplômés issus des groupes sous-représentés ou racisés apparaissent aussi comme une urgence.
À un niveau plus macroéconomique, il s’agit de soutenir l’innovation et la création de nouveaux secteurs d’emploi, d’adapter plus vite la formation universitaire à la réalité numérique et écologique, tout en assurant la sécurité des parcours professionnels en période de crise.
Ce qu’on peut retenir…
Le chômage des jeunes diplômés est devenu l’un des défis majeurs du Canada post-pandémie. Il révèle les limites d’un marché du travail toujours plus flexible et les risques de voir émerger une génération fragilisée et désillusionnée. Pour éviter ce scénario, il faudrait agir rapidement : repenser les politiques publiques, renforcer l’accompagnement des jeunes et ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles.




