Les mains sales: Une grève pour l’avenir

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Mains sales
Crédit: Sarah Gardner

Vous le saviez, vous vous l’êtes dit, c’était clair. Grève des enseignantEs signifiait une nouvelle chronique des Mains sales. Je plaide coupable: parler d’éducation, c’est pas mal un de mes dadas, parce que c’est important. Comme le dit la chanteuse Emma Ruth Rundle: «It’s my time to shine.»

Qui dit actualités, dit pandémie, obligé. La pandémie, qui sévit depuis maintenant plus d’un an, a carrément décrissé chamboulé nos vies. Pour plusieurs emplois, notamment dans la santé et l’éducation, les situations, qui étaient déjà à cran, sont devenues insupportables. Les conventions collectives ne tiennent qu’à un fil.

On suffoque, on tourne en rond comme des rats dans des cages.

Rats en cages

Pour ma part, même si je ne vois plus la réalité d’enseignantE en première ligne, je me renseigne et je la vois se détériorer. Apprendre, quoi qu’on en dise, est toujours une épreuve. Même quand on est adulte et qu’on étudie quelque chose qui nous fait vibrer, on n’est jamais bien loin de l’épuisement. Depuis plus d’un an maintenant, je vois mes collègues suivre des cours en ligne, les unEs après les autres. Si ça allait au début, ça devient de plus en plus aliénant. On suffoque, on tourne en rond comme des rats dans des cages. On se demande même parfois pourquoi on continue d’y aller, pour un bout de papier, j’imagine.

Lors de mon baccalauréat, j’ai suivi un cours dans lequel l’enseignant nous a dit: «Toute l’information que je vous donne ici, vous pouvez la trouver dans des livres. Par contre, ce que l’université a de spécial, c’est qu’elle créée l’espace propre à la discussion.»

C’était une belle phrase, sauf que là, cet espace est assez minime. Certes, plus besoin de s’habiller, de marcher dans la neige pour se rendre sur le campus. Mais tous ces petits inconforts en valaient la peine.

De plus en plus d’échecs

Donc, si c’est difficile d’être motivéEs pour une bande d’adultes, vous pensez que ça a l’air de quoi pour des enfants et des adolescentEs qui préféraient n’importe quoi d’autre que d’être à l’école? Pensez-vous vraiment qu’un enfant de 15, 12 ou 8 ans est capable de se concentrer et apprendre quelque chose en rentrant et en sortant de l’école, en passant du temps en ligne? Assez difficile.

En février 2021, le ministère de l’Éducation a publié un rapport sur le taux d’échec dans la province. Je vends la mèche tout de suite: il y a du retard scolaire. Pour les élèves du secondaire, on rapporte que les échecs en français et en mathématiques atteignent presque 25%! Dans les écoles primaires, le taux d’échec est similaire. De 10-15% avant la pandémie, il s’élève maintenant à 20-25%.

Alors qu’est-ce qu’on fait? On ne peut pas refouler tout le monde, au risque d’embourber le système. Est-ce qu’on nivelle tout vers le bas? Pour ma part, et je me trompe surement, mais j’ai l’impression qu’on apprend peu, et de moins en moins.

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Cheap labor

L’enseignement est un travail ingrat, et il faut arrêter de dire que c’est une «vocation», parce que «vocation» rime trop souvent avec «cheap labor» (pas littéralement, mais vous comprenez). Dois-je rappeler que le fameux stage 4, comportant plus de 30 heures de travail par semaine, devait être fait bénévolement jusqu’à il y a quelques années?  La pandémie n’a fait que rajouter des tâches innombrables, sans pour autant faire augmenter le nombre d’heures payées. Dans beaucoup d’établissements, la norme est mise à 32 heures, alors qu’on demande toujours plus de remplacer, d’assister à des réunions, d’envoyer des courriels, de corriger. Ça fait souvent augmenter le nombre d’heures bénévoles de façon exponentielle.

Mercredi, c’est 73 000 enseignantEs qui se sont levéEs. Entre autres parce que leur convention collective est devenue caduque il y a maintenant plus de 374 jours.  Une grande partie du public trouve que cette grève est égoïste, que les enseignantEs devraient se la fermer et subir, pour le bien des enfants. Cependant, on ne peut pas faire un enseignement de qualité si on n’a que des employéEs épuiséEs, qui finissent par faire passer leur santé avant la qualité de l’enseignement. Ils et elles font bien.

La situation est grave: le Québec est déjà la province où le corps enseignant est le moins bien payé au pays. Les revendications sont simples: alléger les groupes et les tâches, heures travaillées, heures payées.

Soyons solidaires avec personnel de l’éducation et de la santé. Sans eux, il n’y a rien d’autre. Est-ce qu’on veut vraiment une génération sacrifiée?

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