Les Orphelines : Est-ce qu’on peut tout pardonner ?

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L’équipe de rédaction du journal Zone Campus vous présente la série Nos Critiques Littéraires portant sur les livres québécois récemment parus. Crédits : Zone Campus.

Paru le 10 novembre dernier, Les Orphelines est un roman de l’autrice québécoise Sophie Bienvenu, publié aux éditions Cheval d’Août. On y suit Elsa, une jeune femme qui tente de comprendre son passé et ce qui l’a construite. Le livre aborde des thèmes forts, comme la santé mentale, les traumatismes, la famille, la transmission de la violence et la résilience. C’est un récit dur, mais traversé par une vraie lumière : l’amitié et la voix des femmes.

Portrait de Sophie Bienvenu. Crédits : Julie Latour, Le Cheval d’août

L’auteure

Sophie Bienvenu est une autrice québécoise. Elle écrit depuis longtemps, parce qu’elle a toujours beaucoup lu. Elle tenait un blogue puis on lui a proposé de le publier. Son premier roman, Et au pire, on se mariera, l’a fait connaître du grand public. Ce livre a marqué beaucoup de lecteurs par son ton direct et sa manière de parler de sujets difficiles sans détour. Il a aussi été adapté au cinéma. Ce qui fait la plupart de ses œuvres, c’est la place laissée aux femmes. Elle écrit des personnages féminins qui sonnent vrai. Elle ne cherche pas à rendre leurs histoires “belles”. Elle cherche à les rendre justes. Parmi ses influences, Sophie Bienvenu cite Romain Gary pour la force de l’oralité, et Virginie Despentes, pour cette manière d’écrire sans filtre, sans chercher à plaire. 

Entre confusion et révélation

Les Orphelines raconte l’histoire d’Elsa, une jeune femme qui tente de recoller les morceaux de son passé après la mort tragique d’une figure centrale de sa vie. À travers une narration fragmentée, le roman explore les liens familiaux, les traumatismes et ce qu’il reste quand on grandit avec des manques. L’écriture est brute, parfois dérangeante, comme si le roman refusait de nous prendre par la main. Au début du livre, on est un peu perdu. Et je pense que c’est important de le dire, parce que ce n’est pas une lecture “facile” au sens classique. Il n’y a pas de chronologie claire : souvenirs, présent, pensées intimes se mélangent. On passe d’une scène à une autre, parfois sans transition, et on doit accepter de ne pas tout comprendre tout de suite.

Mais ce flou n’est pas une faiblesse : c’est la force du roman. Sophie Bienvenu m’a expliqué que cette confusion était en partie voulue, parce que le récit est construit comme un aveu. Un aveu qu’on ne veut pas faire, mais qu’on doit faire quand même. Elle m’a dit quelque chose qui m’a vraiment marquée : l’idée que la narratrice se perd dans ses propres histoires pour qu’on sente ce tiraillement — “je veux y aller, mais je veux pas y aller”. Et c’est exactement ça, la lecture. Petit à petit, la confusion se dissipe. Et là, on comprend que ce roman n’est pas seulement une histoire : c’est une reconstruction. Et quand tout devient plus clair… la fin arrive comme un choc. On ne la voit pas venir. 

Quand l’humour se glisse à travers les cicatrices

La page de couverture du roman. Crédits : Site internet de la maison d’édition Le Cheval d’Août.

Ce qui rend ce roman particulièrement accrochant, c’est l’humour. Même quand le sujet est terrible, il y a des moments où on sourit, parfois malgré nous. Il n’y a jamais “que du triste” ou “que du joyeux”, parce que c’est ça la vie. Mettre un peu de lumière, un peu d’humour, c’est aussi une manière de rendre certaines choses racontables. Ce contraste rend la lecture moins plombante : on avance porté par le personnage, par son autodérision, par cette façon de rire, même quand ça ne semble pas “le bon moment”. Et au fond, c’est peut-être ce que le livre murmure : même dans l’horreur, quelque chose résiste.

Reconstruire plutôt que subir

Un autre point essentiel du roman, c’est sa réflexion sur la victimisation. Et c’est un sujet délicat, parce qu’il ne s’agit pas de nier les violences, ni de dire “il faut passer à autre chose”. Au contraire. Sophie Bienvenu le dit très clairement : des gens sont victimes, et ce n’est pas discutable. Mais ensuite, la vraie question c’est : qu’est-ce qu’on fait avec ça ? On peut reconnaître ses traumatismes sans s’y enfermer. On peut dire “j’ai été victime” sans se définir uniquement par ça.

Les Orphelines réussit quelque chose de rare : il montre la violence, la transmission des traumas, la douleur, mais sans jamais réduire ses personnages à leur souffrance. Le mot que l’autrice a choisi pour résumer son roman, c’est résilience. Même si on a l’impression que tout est perdu, il reste toujours une possibilité. Pas forcément une guérison magique, pas forcément un happy ending parfait. Mais une possibilité d’avancer. De faire autrement. 

Je lui ai alors demandé quelle question on pourrait poser au roman plutôt que d’y chercher une réponse, Sophie m’a répondu simplement :

“Est-ce qu’on devrait tout pardonner ?”

Les Orphelines est un livre dur, mais profondément vivant. Et surtout, un livre qui rappelle une chose simple : parfois, les amitiés peuvent sauver des vies. Je vous invite à le lire ; il est disponible sur Internet, dans les librairies, ou directement via la maison d’édition Le Cheval d’Août. 

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