L’espoir fait vivre : La richesse des ordures

0
Publicité
Affiche officielle du documentaire. Crédits : Site internet IMDb

On aimerait croire que nos déchets disparaissent dès qu’on ferme le couvercle de la poubelle. Qu’ils s’effacent, comme par magie. Mais la vérité, c’est qu’ils s’accumulent. Partout. Dans les dépotoirs, dans les océans, dans l’air qu’on respire. Notre planète étouffe doucement sous le poids de ce que l’on consomme trop vite et trop souvent. Et parfois, on n’y pense même plus : on jette, on rachète, on remplace. Comme si c’était normal. Pourtant, au milieu de ce constat inquiétant, une idée revient : il y a encore de l’espoir.

Quand nos déchets deviennent une solution

Mardi 27 janvier, Zone Campus s’est rendu à la projection du documentaire “La richesse des ordures” de Dominic Simard au cinéma Le Tapis Rouge. Un film qui parle de déchets, oui, mais surtout de ce qu’on peut faire avec. Parce que ce documentaire ne se contente pas de nous faire culpabiliser : il propose une autre vision du monde, plus humaine et plus durable. À travers les regards croisés de personnes engagées — artisans du réemploi, vulgarisateurs passionnés, gestionnaires d’écocentres, spécialistes des déchets, bénévoles de la réparation, citoyens impliqués —, le film nous plonge dans un mouvement qui grandit : celui de la seconde vie des objets. Ici, on ne voit plus les ordures comme une fin, mais comme un point de départ.

Ce qui frappe pendant la projection, c’est à quel point elle nous pousse à nous regarder en face. Nos habitudes, nos réflexes, notre rapport aux choses. Dans le documentaire, une phrase résonne fort « on vit à crédit ». Et c’est là tout le paradoxe : on évolue dans une économie endettée, où même l’avenir semble déjà emprunté… mais on continue pourtant à vivre comme des consommateurs insatiables, à acheter toujours plus, comme si les ressources étaient infinies. Comme si on consommait aujourd’hui ce qu’on ne pourra pas se permettre demain. Et en sortant de la salle, difficile de ne pas se demander : combien de choses ai-je jetées alors qu’elles auraient pu servir encore ?

Un documentaire qui pousse à la réflexion

Le film insiste aussi sur un autre problème majeur : l’obsolescence programmée. Cette idée que certains objets sont conçus pour mourir rapidement. Qu’ils sont “poussés vers la sortie” avant même d’être vraiment finis. Une imprimante qui cesse de fonctionner, un téléphone impossible à réparer, un appareil dont la pièce coûte plus cher que l’objet lui-même… Tout est fait pour nous encourager à racheter. Comme si réparer était devenu un geste presque inutile. C’est justement là que “La richesse des ordures” devient inspirant. Parce qu’il montre que des solutions existent et même quand elles ne sont pas ici, elles existent ailleurs. C’est le fil conducteur du documentaire : l’espoir. Celui d’une société où l’on apprend à réemployer, réparer, donner, transformer.

Image extraite du documentaire. Crédits : Site internet IMDb

Parmi les interventions, on retrouve l’auteur du livre “Ordure ! Journal d’un vidangeur”, Simon Paré-Poupart, qui rappelle avec lucidité que nos déchets racontent notre mode de vie. Et qu’au fond, le vrai changement ne commence pas dans le bac de recyclage, mais bien avant : au moment où l’on choisit d’acheter… ou non. Le recyclage, oui, mais en dernier. Avant ça, il y a tout le reste : réparer un objet du quotidien, offrir ce qu’on n’utilise plus, acheter usagé, apprendre à faire durer. Des gestes simples, accessibles, mais puissants.

La richesse des ordures ne fait pas que parler d’environnement. Il parle de nous. De notre capacité à changer. Et il laisse une impression rare : celle que, malgré tout, il est encore temps.

Une discussion pleine d’espoir

À la suite de la projection, la soirée s’est prolongée avec une table ronde. Animée par Gregory Pratte (vulgarisateur, chroniqueur et co-animateur de Ça Va Mieux Qu’on Pense), la rencontre réunissait aussi Sylvie Gamache (conseillère en communication chez Enercycle), Dominic Simard (réalisateur du documentaire), Philippe Gignac (PDG d’Uni-Recycle), Pierre Bruyère (ambassadeur du réemploi et des écocentres) et Simon Paré-Poupart (auteur de “Ordure! Journal d’un vidangeur”).

Dans la salle, une question revenait sans cesse: « Comment on peut faire face à ça ? » Comment vivre dans un monde où tout se jette, où tout se remplace, où nos poubelles grossissent plus vite que notre capacité à réfléchir ? La discussion était vivante, stimulante, remplie de questions. On sentait que le public n’était pas venu seulement regarder un film, mais comprendre.

Un des points les plus marquants, c’est cette idée qu’on ne voit plus les déchets. Ou plutôt : on ne veut plus les voir. Notre cerveau les rend invisibles. Dès qu’ils quittent notre maison, ils cessent d’exister. Et pourtant, ils restent là, quelque part. Cette invisibilité rend la responsabilité difficile à assumer, parce qu’on a tendance à croire que ce qui est loin n’est pas grave.

À ce sujet, une phrase a particulièrement accroché :

« Il y a des choses que effectivement c’est difficile de trouver une deuxième vie. Mais bon, il faut y réfléchir. Est-ce qu’à votre avis on jette carrément trop ou est-ce que c’est pas plutôt qu’on prend pas le temps de réfléchir avant de s’en séparer ? »

C’est une question simple, mais presque philosophique. Parce qu’elle nous renvoie à nos automatismes : jeter est devenu le geste le plus facile. Un autre intervenant a parlé d’un mot qui sonne fort : le respect des objets. Selon lui, on a oublié tout ce qu’il faut pour fabriquer ce qu’on tient dans nos mains : on démolit des montagnes, on transporte des matériaux, on extrait des minerais parfois au prix de désastres environnementaux. Si on réalisait ce que coûte vraiment un objet, on aurait peut-être plus envie de le garder, de le réparer, de le faire durer.

Changer le système ou changer notre comportement ?

Est-ce que c’est plus facile de changer le système ou de changer le comportement du citoyen ? La réponse semblait unanime : les deux se font la courte échelle. Le citoyen est un levier, mais il faut des mesures structurantes. Car installer le compost, améliorer les services, multiplier les points de collecte… ça ne fonctionne que si les gens participent.

Le problème, c’est aussi la confiance. Elle se fragilise quand on entend parler de scandales, de recyclage exporté ou de systèmes qui ne fonctionnent pas. Pourtant, sur le terrain, quelque chose bouge : des ateliers de réparation, des initiatives locales, des citoyens qui veulent faire mieux. Et comme quelqu’un l’a rappelé : « Pour gagner la confiance, ça prend des victoires, pas juste de l’espoir. »

L’ensemble des intervenants pour la table ronde. Crédits : Chiara Guillon

Mais cette soirée a nourri du positif. Et ce n’est pas rien : se rassembler un mardi soir pour parler de déchets, c’est déjà puissant. On sentait une volonté collective de changer de culture, d’oser le réemploi, d’arrêter de croire que tout est “trop compliqué”.

En sortant, une phrase restait en tête, comme une conclusion parfaite :

« On est assis sur les ordures de la richesse… alors qu’en réalité on est assis sur la richesse des ordures. »

Et si notre changement était déjà en marche ? Je vous invite à regarder ce documentaire, parce que le changement commence là : dans notre prise de conscience.




La Richesse Des Ordures Bande-annonce. Crédits : YouTube

Publicité

REPONDRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici