Mange, lis, aime: La poésie hivernale de Sébastien Dulude

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Photo: Éditions La Peuplade
Photo: Éditions La Peuplade

Dans son récent recueil de poésie ouvert l’hiver, les mots de Sébastien Dulude flottent comme la neige; réveillent comme les bourrasques de vent, et nous font parfois «tomber su’l cul» comme la glace noire sur un sol enneigé.

L’hiver ne finit plus de finir et Sébastien Dulude étire la sauce au début du printemps en publiant une œuvre hivernale où il «s’enchain[e] une série de petites pièces ciselées que [l’auteur] a voulues glaciales dans leur forme et chaudes dans leur langue. Les engelures, le vin chaud, les tuyaux gelés, le calorifère, la buée, la tempête: ouvert l’hiver dessine ces images connues de notre imaginaire nordique». Croyez-le ou non, la poésie simple et efficace de Dulude arrive à nous convaincre que l’hiver et le froid ont quelque chose de beau et de véritablement poétique.

Ressentir le froid

Dans ouvert l’hiver, Dulude ne tombe pas dans la description; il crée ingénieusement une atmosphère; il fait naitre des sensations. À travers les courts poèmes émane le froid; les mots sont gelés, les phrases semblent dites en claquant des dents; les poèmes sont figés dans la neige. S’entremêlent à ces images hivernales, des souvenirs amoureux d’un homme nostalgique. En peu de mots, Dulude réussit à nous faire ressentir l’hiver, sans avoir à nous le décrire laborieusement. Les mots sont bien choisis, les images sont signifiantes: «bouche ouverte contre l’engelure/pas un son ne part te voir/échoué dans l’igloo de mes dents».

Raconter l’hiver

Dans son œuvre, Dulude nous raconte l’histoire d’une saison: il y a un début, un milieu et une fin. L’accueil est chaleureux: «entre c’est ouvert/juste une couverte sur le toit/je ne chauffe pas assez». S’ensuit une série de petits textes poétiques qui nous plongent en plein cœur du froid hivernal. Dulude s’amuse avec la langue («je suis figé sur glace»), il nous parle d’engelures («je me suis coupé au visage/contre la glace du calorifère») ou de buées («touche encore/la buée de ma bouche/qu’on souffle à bout portant»), et crée de belles métaphores («le vent prend ton foulard et le frôle dans mon cou»). Les dernières pages, quant à elles, nous rappellent l’odeur du printemps: «partout les toits dégouttent/dehors par terre/on verra bientôt ce qui pousse sous la neige». Ouvert l’hiver est une vue d’ensemble saisissante sur la saison hivernale, de la première brise jusqu’à la dernière neige.

L’agencement hivernal

Les monts enneigés et le ciel grisonnant sur la première de couverture offrent un avant-gout réussi de la poésie glaciale de Dulude. Un carré noir, qui semble faire figure de porte, laisse entrevoir ce paysage glacé. Si la couverture est particulièrement belle et fidèle à l’ensemble du recueil, l’agencement des poèmes est aussi ingénieux.

Sébastien Dulude a d’ailleurs déjà travaillé sur l’esthétique de la typographie chez Roland Giguère. J’attendais de la part du poète trifluvien une mise en page bien choisie et complémentaire avec le reste du recueil; c’est ce qu’il a offert. Les pages sont toujours meublées de la même manière: trois courtes phrases, formant un bref paragraphe, s’installent sur le fond blanc, comme si les mots reposaient sur des amas de neige.

Ouvert l’hiver est une vue d’ensemble saisissante sur la saison hivernale, de la première brise jusqu’à la dernière neige.

Au début du recueil, les courts textes figurent dans le haut de la page et graduellement, les mots s’installent de plus en plus bas jusqu’à apparaitre, à la fin de l’œuvre, dans le coin inférieur droit du papier. Ce mouvement descendant rappelle la chute de la neige sur le sol lors d’une tempête.

Adieu à l’hiver

Dans ce deuxième recueil de poésie de Dulude, tout se tient. La composition textuelle s’agence harmonieusement bien avec le fil conducteur de l’œuvre. Les courts textes forment un tout complémentaire, solide et évolutif. Dulude a choisi des mots simples, des phrases courtes, des souvenirs, des images connues pour nous faire apprécier, l’espace d’un instant, la beauté hivernale. Ouvert l’hiver souligne d’une belle façon la fin des temps froids.

Maintenant, le printemps peut arriver!

Les Éditions La Peuplade

80 pages

Ouvert l’hiver

Parution: mars 2015

19,95 $

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