Home Arts et spectacles Théâtre des Gens de la place: Un baiser mortel pour la Saint-Valentin

Théâtre des Gens de la place: Un baiser mortel pour la Saint-Valentin

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Accompagné de Martin Bergeron, Frédéric Dowd incarne un révolutionnaire avec une simplicité efficace et touchante. Photo: Jean-Marc Gauthier
Accompagné de Martin Bergeron, Frédéric Dowd incarne un révolutionnaire avec une simplicité efficace et touchante. Photo: Jean-Marc Gauthier

La saison du Théâtre des Gens de la place s’est clôturée le samedi 21 février dernier à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture de Trois-Rivières. La troupe trifluvienne a présenté une adaptation du roman Le baiser de la femme araignée de Manuel Puig. Lors de la première, le 12 février dernier, Luc Levreault, habituellement aux éclairages, livrait sa toute première mise en scène.

Le travail d’adaptation de Luc Levreault mérite d’être souligné. Il s’est lancé un énorme défi pour son baptême de mise en scène. Il a su condenser le roman en une pièce de théâtre qui ne s’étire pas en longueur. Une heure trente, sans entracte, c’est idéal pour le spectateur. Les thèmes sont lourds et peu actuels, le choix était donc parfait de faire court. Levreault a vu plus d’un spectacle du haut de sa régie et il se sentait mûr pour signer le sien. Malgré de légères maladresses, il a réussi à créer de belles images.

Son meilleur coup est l’utilisation des projections multimédias. Les effets se fondent parfaitement dans le décor. Les projections sont bien dosées et appuient le déroulement de l’histoire. Avec parcimonie et discernement, Levreault a prouvé que ces technologies peuvent servir le théâtre. Trop souvent mal abordées, elles agacent parfois, mais ici, tout fonctionne. Toute l’équipe de la scénographie a su construire une ambiance agréable et touchante. Certaines productions surutilisent les technologies et épuisent le spectateur. Pour celle-ci, l’équipe a misé juste.

Avec parcimonie et discernement, Levreault a prouvé que les technologies peuvent servir le théâtre.

Par contre, le rythme n’était pas au rendez-vous lors de la première. Les trop courtes scènes tombaient quelques fois à plats. La stratégie de l’éclairage qui baisse à chacune des coupures n’était pas efficace. Le spectateur baissait avec la lumière, mais ne remontait pas automatiquement avec elle. Malgré ce manque d’énergie, la complicité du duo joué par Martin Bergeron et Frédéric Dowd pardonnait le reste. L’interprétation simple et délicate de Dowd était surprenante, révélant du coup un comédien qu’on a peu eu l’occasion de voir jouer. Le jeu sobre de Martin Bergeron était à la hauteur de son expérience.

Un rôle de soutien remarquable pour Patrick Lacombe, une présence saisissante. Photo: Jean-Marc Gauthier
Un rôle de soutien remarquable pour Patrick Lacombe, une présence saisissante. Photo: Jean-Marc Gauthier

Tout au long de la pièce, c’est la construction d’un lien de confiance qui se tisse entre deux prisonniers en Argentine. L’un est un homosexuel (Bergeron) qui raconte des scénarios pour passer à travers le calvaire de l’emprisonnement. L’autre est un prisonnier politique (Dowd) qui cherche en vain à poursuivre les activités de son groupe. Le premier est de mèche avec la police pour soutirer des informations au deuxième en échange d’une libération. Une relation d’amitié s’installe, mais elle mène à la mort et à la trahison.

L’interprétation simple et délicate de Frédéric Dowd était surprenante, révélant du coup un comédien un comédien qu’on a peu eu l’occasion de voir jouer.

Une autre perle de ce spectacle est le talentueux Patrick Lacombe. Sa présence, sa voix, son naturel et son aisance sur scène sont saisissants. C’est un calibre fort, un homme qui visiblement connait son théâtre et sait s’approprier son espace de jeu. L’ensemble de la distribution était quant à elle inégale, les différences de jeu se remarquaient, les coups de fusil détonnaient trop fort. Quelques accros, mais tout de même un message d’amitié et de confiance.

La grande force de la production, c’est la simplicité. Tant au niveau du décor que dans les diverses interprétations. Le travail de Luc Levreault est empreint d’un réalisme bien intégré, qui se lit autant dans les costumes que dans les yeux des personnages.

Une pièce audacieuse qui sort du confort qu’avait procuré la production antérieure du TGP. Après avoir monté Les voisins en décembre dernier et Richard III au début de la saison, Le baiser de la femme araignée sort du lot. Une pièce qui n’avait jamais été jouée au Québec, un regard neuf. Enfin. Même si tout ne coulait pas avec fluidité, le bonheur de goûter à un nouveau plat surpasse les petites faiblesses de l’apprenti.

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