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Théâtre des Gens de la Place: Un jeu. Ce n’était qu’un jeu

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Théâtre des Gens de la Place: Un jeu. Ce n’était qu’un jeu
L'un des deux clans qui divisent les jeunes survivants est mené par Jack, campé par Eden Cadieux qui lui donne une profondeur captivante. Photo: M.-C. Perras
L'un des deux clans qui divisent les jeunes survivants est mené par Jack, campé par Eden Cadieux qui lui donne une profondeur captivante. Photo: M.-C. Perras
L’un des deux clans qui divisent les jeunes survivants est mené par Jack, campé par Eden Cadieux qui lui donne une profondeur captivante. Photo: Lauréanne Daneau

Le coup d’envoi de la 24e saison théâtrale du Théâtre des Gens de la Place (TGP) s’est donné avec la première mise en scène au sein de la troupe d’Étienne Bergeron. Pour son baptême, il s’est attaqué à l’adaptation du roman de William Golding, Sa Majesté des mouches. Étienne Bergeron a dirigé une distribution uniquement masculine dans une scénographie originale. La chaleur et l’exigüité de la Salle Louis-Philippe-Poisson ont très bien servi cette histoire déconcertante aux allures de Guerre des boutons.

La simultanéité des plateaux entourant les spectateurs propose une tendance plus immersive pour le spectateur, qui se retrouve parfois encerclé par les comédiens.

Onze adolescents se retrouvent sur une ile du Pacifique, à la suite d’un écrasement d’avion qui devait mener une pléiade de jeunes en Australie, pour fuir l’enfer des bombardements sévissant en Angleterre. Les survivants doivent élaborer un plan d’action et s’organiser en microsociété nouvelle. Les caractères stéréotypés de ces pré-pubères feront naitre des alliances et des conflits qui mèneront à la mort, dans une dualité entre la civilité et l’état sauvage.

Non sans rappeler son expérience de comédien dans la production de La ménagerie de verre par le TGP en 2012, Étienne Bergeron opte pour une disposition inhabituelle de l’espace des spectateurs dans le paysage amateur trifluvien. La simultanéité des plateaux entourant les gens propose une tendance plus immersive pour le spectateur, qui se retrouve parfois encerclé par les comédiens. Cette touche spéciale est à souligner et appuie l’esprit chaotique de la trame dramatique.

Anthony Leclerc offre un personnage crédible et touchant, bien dosé du début à la fin du spectatcle. Photo: Lauréanne Daneau
Anthony Leclerc offre un personnage crédible et touchant, bien dosé du début à la fin du spectatcle. Photo: Lauréanne Daneau

Le spectacle débute sur d’agréables chapeaux de roue, avec une appropriation subite de l’espace de jeu par la horde d’adolescents. L’identité du groupe se ressent pleinement, et la force de jeu d’Eden Cadieux est remarquable dans son personnage de leader manipulateur. Il réussit à se faire détester d’une part et à devenir attachant en second lieu. Malgré le rythme parfois tombant, la couleur soutenue des personnages par les acteurs pardonne les ralentis un peu lourds et les trop bruyants déplacements sur les praticables.

Bien que le jeu d’Olivier Filion soit efficace en chef élu de la bande, la présence plus discrète de Maurice, campé par Alexis Bordeleau, épate en jeune homme grossier et influençable. Ses répliques vulgaires et ridicules bondissent avec parcimonie sur un ton qui vient alléger la pièce. Un autre petit rôle fort bien réussi est celui interprété par Benoit Pedneault, qui arrive à tirer son épingle du jeu, malgré ses courtes interventions.

La force de jeu d’Eden Cadieux est remarquable dans son personnage de leader manipulateur.

Samuel Fortin et Anthony Leclerc ont une fois de plus une présence scénique juste et bien dosée, le premier en sadique immonde et le second en rejeté zézayant. La méchanceté et l’ignobilité qui émanent de cette nouvelle vie sans adultes prennent le dessus sur la civilité. Le désir de pouvoir et de contrôle est tel que les plus forts l’emporteront sur les plus doux, menant à l’assassinat de deux d’entre eux.

Jean-François Pinard, un habitué du TGP, vient clore la pièce, en tant qu’en homme de la marine venu secourir les enfants perdus. Il ne prononce que quelques mots, mais le texte vient offrir une si étonnante tournure que tout le spectacle s’y joue. Une finale saisissante et troublante, où les jeunes se remettent à la servilité devant l’adulte, dans une machinale cadence tellement surprenante. Sa Majesté des mouches était présentée du 15 au 24 septembre 2016. La prochaine production du TGP, Lucky Lady, de Jean-Marc Dalpé, sera sur les planches du 8 au 17 décembre prochain.

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