Critique musicale : Damien Robitaille et Gros Mené

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Photo : Courtoisie

Damien Robitaille – Omniprésent

Notre petit cabotin franco-ontarien revient avec un nouvel album après le succès de «Homme automne». Le chanteur séducteur fait tranquillement son chemin vers une popularité grandissante grâce à son humour unique et ses spectacles envoûtants. J’avais très hâte de voir si la même magie serait au rendez-vous avec ce nouvel opus. Enregistré sous le soleil de Miami, «Omniprésent» semble plus comme un pas en arrière qu’une avancée dans le style du chanteur.

La première chose que l’on entend de l’album est la chanson «Serpents et Échelles», ou plutôt la batterie programmée qui ouvre la pièce. L’utilisation peut être intéressante pour apporter une nouvelle texture à une chanson. Cependant, cette batterie programmée sera présente du début à la fin. On y mélange quelques arrangements déjà vus ou encore des jeux de voix douteux. Le tout est livré dans une ambiance de destination soleil qui semble vouloir souligner le côté chaleureux et séducteur de Robitaille. L’idée est intéressante, mais elle doit être bien développée, ce qui n’est malheureusement pas le cas sur ce compact.

La pièce titre nous rappelle qu’à chaque album, une chanson est consacrée à parler de l’homme qu’est Damien Robitaille («L’homme qui me ressemble», «Homme automne»). Cette fois-ci, il est partout en même temps. Un espoir naît avec «Le pays de la liberté» où les arrangements sont moins prévisibles et les cuivres bien utilisés, mais cette damnée batterie est encore présente. Peut-être que je m’acharne sur un détail, mais il me donne l’impression que Robitaille passe d’un statut de séducteur cabotin à celui de « mon oncle cruiseur» qui fait un album dans son sous-sol avec des sons midi.

Les paroles me font tout de même sourire puisque j’aime bien son humour quelque peu naïf. Des passages comme «c’est contre la loi d’être aussi érotique» me rappellent les beaux côtés de Damien, c’est-à-dire des chansons que l’on peut écouter sans analyse.

L’une des meilleures pièces est «Quelles sont les chances?» où on laisse enfin tomber les arrangements programmés pour de vraies percussions latines, soulignant la bonne idée qu’est de rendre le tout plus exotique. La chanson qui suit est aussi un point fort où l’aspect électronique est plus intéressant et semble être une direction artistique plutôt qu’un raccourci. Malgré quelques beaux moments, il en demeure un album qui semble être fait de concentré.

À l’instar d’un bon soda à l’orange, Damien reçoit un C+.

Gros Mené – Agnus Dei

Comme j’aime ces garçons du lac. Fred Fortin revient en force avec son vieux groupe de musique qui n’a rien sorti depuis le milieu des années 90. Gros Mené est effectivement l’œuvre presque solo de Fortin qui s’entoure de ses compagnons habituels (Olivier Langevin, Pierre Fortin, Dan Thouin). Si la pochette inquiétante vous intimide, c’est que vous n’avez pas encore entendu le contenu de l’album.

On apprend très rapidement qu’Agnus Dei se situe quelque part entre Le temps au point mort de Galaxie 500 et Songs for the Deaf de Queens of the Stone Age. Un rock lourd, fort et quelque peu lent, Fortin a truffé son album de chansons qui nous restent dans la caboche pour des jours et des jours. Les paroles souvent comiques, parfois sérieuses, nous rappellent que les gars du lac savent c’est quoi le rock. On le sent particulièrement dans les pièces comme «Vénus», «L’amour dans l’ROCK» ou encore «St-Prime».

Les guitares sont pesantes, très distortionnées. La batterie est simple et la basse vient appuyer le tout à merveille. La voix de Fortin est souvent plus lointaine et quelque peu distortionnée. L’union parfaite des instruments semble être atteinte dans la pièce «J’garde le fort». On sent qu’au travers des paroles d’apparence insipide se cache un fond de vérité qui vient chercher le chanteur par les tripes. Les membres se sont même permis d’utiliser des extraits sonores du bon vieux Don Cherry, commentateur canadien de hockey qui déteste les francophones de son beau pays, dans la chanson «Bruins».

La cerise sur le sundae demeure la pièce «Ovechkin», où un homme perd tout puisqu’il n’a pas pris Ovechkin dans son pool de hockey. Un passage en russe nous rappelle qu’il ne faut pas prendre la chanson trop au sérieux. On peut entendre les musiciens discuter en studio entre certaines pièces et l’ambiance est à la fête. Sans être décapant, c’est un rock qui bouge et qui fait bouger. Aucun temps mort dans l’album et, j’ose dire, aucune faiblesse. À noter que Gros Mené seroa à la micro-brasserie À la Fût le vendredi 16 novembre. Devinez qui y sera!

Crasseux à souhait, j’ai dû prendre une douche après la première écoute tant Gros Mené à réussi à m’enduire de son rock addictif. Grâce à ça, M. Fortin et sa bande de poissons dépravés obtiennent la note parfaite de A+.

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