Par Gabriel Couturier, chroniqueur
Rent (2005)
Rent est une comédie musicale qui raconte l’histoire d’un groupe de bohème de l’est de New York en 1989 et leurs combats quotidiens : la vie, l’amour, la maladie, la drogue, etc. Chaque jour est un combat, une lutte pour survivre, voire vivre un peu, avant que le sida ne les emporte.
Il est à noter que Rent n’est pas une comédie musicale comme les autres. Depuis son arrivée à Broadway en 1996, la production a connu un succès immédiat. Son auteur, Jonathan Larson, s’était inspiré de l’opéra de Puccini La Bohème pour créer cette œuvre théâtrale lauréate de multiples honneurs dans le milieu, dont plusieurs Tony Awards et un prix Pulitzer. Malheureusement, Larson n’a jamais assisté à l’envol de son œuvre puisqu’il est décédé le 25 janvier 1996, soit la veille de la grande première au New York Workshop.
L’adaptation cinématographique est réalisée par Chris Columbus (Madame Doubtfire, Harry Potter, Les Quatre Fantastiques). En termes de comédie musicale, c’est une première pour ce réalisateur, producteur et scénariste américain. Cependant, ses multiples réalisations cinématographiques lui permettent d’apporter une vision d’expérience au film et d’assurer que Rent soit bien adapté pour le grand écran, tout en respectant l’authenticité de la production théâtrale.
Cette production est une des rares, autant dans le milieu théâtral que cinématographique, à traiter ouvertement et de façon réaliste des sujets sensibles tels que l’homosexualité et le sida. Dans l’histoire, la majorité des personnages principaux sont porteurs et doivent vivre en essayant de voir chaque jour comme pouvant être le dernier. Au travers de ce dur combat, des liens se brisent et d’autres se créent et, encore une fois, on ne fait pas dans le cliché. On parle ici de la relation tumultueuse d’une avocate issue d’une bonne famille et d’une activiste excentrique un peu volage ou de l’amour éphémère mais passionné d’un ancien universitaire pour une travestie plutôt excentrique.
Dans ce film, vous reconnaîtrez peut-être Rosario Dawson (Sin City, Sept vies, Men In Black II) qui joue le rôle de Mimi, une danseuse exotique aux prises avec la drogue et, évidemment, le sida. Sa voix vient s’ajouter à merveille à la troupe originale de Broadway et ensemble, ils nous offrent une prestation à couper le souffle. Cependant, il est relativement facile de distinguer le type de jeu beaucoup plus théâtral des membres originaux de la troupe.
Si vous aimez les comédies musicales, vous tomberez en amour avec Rent dès la première écoute : les personnages sont réalistes et attachants, la musique envoutante, l’histoire captivante, et la production est impeccable. Une comédie dramatique qui porte à réfléchir sur la valeur que l’on accorde à la vie et qui nous fait voir l’importance des petits bonheurs que l’on vit chaque jour.
But I’m A Cheerleader (1999)
Megan, une jeune meneuse de claque de 17 ans, est envoyée à True Directions, un camp de réhabilitation pour homosexuels, lorsque ses amis et sa famille la soupçonnent d’être lesbienne. À travers le programme en cinq étapes qu’offre True Directions, les jeunes sont amenés à nier leurs pulsions homosexuelles et à embrasser le mode de vie «sain et normal» qu’est l’hétérosexualité. La directrice du programme, femme forte typique, tente par tous les moyens possibles de ramener les jeunes pensionnaires sur le droit chemin. Elle se rend vite compte que la tâche est bien plus ardue qu’elle n’y paraît.
Jamie Babbit réalise un film satirique et stéréotypé de la vision qu’a la société de l’homosexualité. Il est important de considérer que ce film a été réalisé en 1999 et qu’à ce moment, certaines personnes considéraient toujours l’homosexualité comme une maladie traitable. C’est donc dans le but de défaire ces croyances que Babbit créa son long-métrage.
Les décors, les costumes et la distribution viennent supporter la satire avec l’exagération des stéréotypes : la maison aux couleurs pastel, les filles en rose, les hommes en bleu, ainsi que tous les clichés sexistes imaginables. Le jeu des acteurs est crédible sans être exceptionnel, mais le scénario et la trame sonore viennent contribuer à l’instauration de l’ambiance un peu «uncanny» recherchée par Babbit. Les personnages sont attachants et, malgré la caricature volontaire, on ressent des émotions bien réelles auxquelles il est facile de s’identifier.
Une histoire qui, par le ridicule, amène à réfléchir sur la nature des préjugés homophobes en les poussant à la limite du réalisme. Cependant, malgré le contexte plutôt absurde dans lequel l’histoire se déroule, il est question d’un sujet très sérieux. La réalité que ces jeunes vivent dans ce film n’est pas non plus irréaliste. Plusieurs homosexuels se font déshériter ou renier par leur famille et leurs amis lorsqu’ils se dévoilent à eux. Certains se font ridiculiser, d’autres rejeter, et même parfois battre.
True Directions est le reflet de la société moderne et comment elle percevait les homosexuels jusqu’à très récemment. Encore aujourd’hui, l’être humain a comme habitude de vouloir changer ce qu’il n’est pas en mesure de comprendre. Dans le cas présent, les jeunes pensionnaires au camp de True Directions nous font voir qu’il est important d’accepter qui nous sommes et d’en être fiers.




