Antigone de Sophie Deraspe sélectionné pour les Oscars

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Lors d’une représentation spéciale, le Zone Campus a pu visionner le film québécois Antigone qui fait, depuis quelque temps, beaucoup parler. Gagnant du prix du Meilleur long-métrage canadien lors du TIFF (Toronto International Film Festival) et sélectionné parmi une liste de 16 films soumis au comité pancanadien, Antigone a été choisi afin de représenter le Canada lors de la prochaine cérémonie des Oscars, dans la catégorie du meilleur film international en langue étrangère.

De Deraspe à Sophocle, Antigone, le retour d’une tragédie

Pour ce 5e long-métrage, Sophie Deraspe revisite le classique de Sophocle, Antigone afin d’aborder la thématique de l’immigration, de l’abus de pouvoir, mais aussi de la solidarité humaine. Cette fois-ci, le récit ne se situe non pas dans l’antiquité grecque, mais bien dans les quartiers pauvres de Montréal. Antigone (Nahéma Ricci) quitte la Kabylie avec sa grand-mère, ses deux frères et sa sœur alors qu’elle n’est encore une enfant. Fuyant les dangers de son pays d’origine après l’assassinat de ses parents, la famille d’Antigone immigre au Canada dans l’un des quartiers pauvres de Montréal, similaire au contexte de pauvreté des habitants de Montréal-Nord. Lors de l’arrestation de son frère Polynice (Rawad El-Zein) et la mort de son frère, Antigone à l’aide d’un subterfuge, va prendre la place de son frère en prison afin de lui éviter l’extradition vers l’Algérie.

«Ce que je sais, c’est que notre grand frère est mort tué par la police, est-ce que vous pouvez le ramener?»

-ANTIGONE

Un film sur des enjeux d’actualité

Sophie Deraspe offre une proposition intéressante. Reprenant les notions de la tragédie grecque, elle aborde des thématiques qui font écho dans la société québécoise actuelle. Le film transpose avec habileté la réalité des nouveaux immigrants et la situation précaire que peuvent vivre certaines familles dans les quartiers pauvres de Montréal. Deraspe reprend sans grande surprise l’actualité québécoise, notamment le cas de brutalité policière et d’abus de pouvoir dans les évènements entourant la mort de Freddy Villanueva. S’appuyant sur la réalité québécoise des quartiers pauvres et des gangs de rue montréalais, on y retrouve des mises en scène similaires dans le film. En outre, il est question dans ce film de la notion de la justice aveugle, celle qui ne fait pas appel au cœur, ainsi qu’à la justice des morts et la culpabilité envers ceux-ci. 

Sophie Deraspe est considérée par de nombreux critiques et analystes comme l’une des figures marquantes du nouveau cinéma québécois, intégrant les arts visuels et innovant dans un style cinématographique ultra réaliste. Dans cette optique, Antigone est le théâtre d’une certaine expérimentation dans l’image, mais aussi cette capacité à intégrer l’art visuel actuel, puisque le récit est à de nombreuses reprises ponctué de courts clips visuels amateurs.

Bien que le film possède de nombreuses qualités et que la représentation du réel soit d’une grande tendresse, le récit tombe à de nombreuses reprises dans certains clichés tant culturels que cinématographiques. Certes, le film se veut une ode à la révolte de la jeunesse et parfois même à la désobéissance civile, cependant, malgré une excellente prestation de Paul Doucet, celle-ci rappelle peut-être un peu trop son rôle campé dans une série québécoise se déroulant encore une fois dans un milieu carcéral féminin. Cependant, malgré ses critiques, le film mérite d’être vu et encouragé dans sa course aux Oscars, notamment en raison du jeu de Nahéma Ricci, qui offre une prestation bouleversante.

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