Chronique d’une citoyenne du monde: Faire renaitre le phénix de ses cendres.

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«Si en novembre il tonne, l’année suivante sera bonne». De nombreux dictons présentent novembre comme un mois de bon présage, bien que brume grise rime peu avec bon augure. Mais à bien y réfléchir, novembre est un mois qui balise bien des mues.

J’ai toujours eu une affection particulière pour le mois de novembre. Non pas parce que c’est le mois où mon pays a obtenu son indépendance après des décennies de lutte. Non pas parce que c’est le mois où le Maroc a organisé sa célèbre Marche verte pour récupérer le Sahara des mains de l’Espagne. Même pas parce que c’est le mois où je suis venue au monde. J’affectionne novembre, parce qu’il est synonyme de transition.

C’est à ce moment de l’année qu’on commence à sentir les premières brises glaciales de l’hiver. C’est à ce moment de l’année que les dernières fleurs luttent pour leur survie, avant d’être ensevelies sous la neige. C’est à ce moment de l’année que les feuillages cèdent majestueusement la place aux branches nues, comme l’on se défait de sa vieille parure, pour en accueillir une nouvelle encore plus sublime.

Novembre n’est pas seulement un mois de transition saisonnière. C’est aussi le mois où jadis, les jeunes Belges quittaient leur foyer douillet en direction de l’armée. Une obligation immortalisée par Jacques Brel dans Le Plat Pays, dans les années 60. C’est aussi le mois deadline pour changer son admission, ou en faire une nouvelle pour la session d’hiver.

Vous l’aurez donc compris, c’est une période cruciale dans le cycle du vivant, sauf qu’il n’y a que l’homo sapiens qui en est conscient. Je ne sais pas s’il s’agit là d’une bénédiction ou d’une malédiction. Il arrive que l’on se sente embarqué dans le bon cycle, que la fuite utile des jours semble fluide. Mais des fois, on se sent comme un vieux bout de bois sur l’eau. Balancé de port en port, bercé entre coucher et aurore. On se laisse régenter, et les flots décident de notre destinée.

Combien de fois s’est-on retrouvé tailladé entre ce qu’on fait et ce qu’on aimerait faire. On pense avoir un penchant pour la science, mais en réalité, le cœur bat pour l’art. On se croit artiste, mais nos neurones s’illuminent comme une aurore boréale sous l’effet de la science. Et la confusion règne en maitre absolu.

Dans cette situation, notre quotidien devient soudain insuffisant pour égayer notre âme. Insuffisant, comme un de ces amours qui nous tourmentent l’âme sans qu’on puisse le saisir. Insuffisant, comme un de ces sourires qui promettent bien des choses, mais s’éclipsent aussitôt. Insuffisant, comme un soleil de novembre, présent, mais bien timide…

«Il est inhérent à la nature de l’homme de vouloir apprendre, que ce soit le très humble art du charpentier à la technique hautement subtile de Beethoven». -Khouiyi et al.

On se veut au-dessus des clichés, mais à force de vouloir s’en éloigner on finit par s’y baigner. C’est comme si l’on était piégé dans des sables mouvants: plus on se débat, plus on s’y enfonce. Alors que la solution est bien simple. Il suffit de s’arrêter un moment, de prendre du recul et visualiser le chemin pour quitter cette coquille qui nous enchaine. La bonne nouvelle, c’est que tout est encore possible, à condition d’aimer ce qu’on est, et de vouloir rajouter sa propre note au prodigieux spectacle de la vie.

Lorsque nous quittons notre petite sphère pour en découvrir une autre, nous créons des liens invisibles, mais aussi solides que les toiles d’araignées, entre les différentes disciplines de la vie. Nous devenons ainsi des citoyens du monde, responsables de l’avancement de l’humanité. Qui a dit qu’un mathématicien ne peut être peintre? Qui a postulé qu’il n’est pas donné à un médecin d’être poète, ou à un cuisinier d’être ténor?

Empêcher l’homo sapiens de s’instruire serait comme arrêter le cours des marées ou empêcher les oiseaux de se reproduire.

L’Histoire regorge de personnes ayant eu le privilège de marier l’art à la science, des gens qui ont façonné le patrimoine de l’humanité tel que nous le connaissons aujourd’hui. Je ne vous dis pas: «soyez un Mozart, un Shakespeare, un Rembrandt ou un Pavarotti». Mais l’art et la beauté sont partout, il suffit d’ouvrir le cœur pour le voir. Rappelez-vous que ce n’est pas le métier qui fait la personne, mais c’est plutôt la personne qui façonne la profession. Rappelez-vous que vous pouvez être artiste et scientifique, que l’héritage des générations futures repose sur vos épaules.

La plus grande richesse d’une nation est son peuple, mais pas n’importe lequel. Un peuple enthousiaste, animé par le feu de la passion et dédié à l’enrichissement du patrimoine humain, ne serait-ce que par un poème solitaire ou une toile élémentaire.  Plus que jamais, nous avons besoin de cette cohabitation entre art et science pour avancer à grands pas dans un monde sur lequel règne le stress et l’usure professionnelle.

Plus que jamais, nous avons besoin de cette harmonie pour faire fleurir notre civilisation. Alors, dans un futur proche ou lointain, si la vie vous épuise, si votre travail vous éreinte, ne pensez pas que vous avez choisi la mauvaise carrière. Pensez à ce que vous aimez faire, et faites-le, même si ce n’est pas votre métier. Et surtout, soyez comme le phénix qui renait de ses cendres et qui se dresse, somptueux et majestueux.

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