Chronique d’une citoyenne du monde: Jules Verne des temps modernes

0
799
bandeau-COOPSCO-final_01
Photo: Mathieu Plante
Photo: Mathieu Plante

Entre montagnes enneigées et sable doré du désert, entre plaines vertes et bords de mer, les journées multiculturelles du COMPLICE nous ont fait joncher notre belle bleue tel un Jules Verne des temps modernes.

Que savons-nous des autres cultures? Loin du couscous maghrébin, des tambours africains, des danses latines, du sushi japonais ou du houmous oriental? Et bien à part quelques miettes faisant office de signature, nous n’en savons pas grand-chose. Mais une fois par année, grâce au Comité multiculturel pour l’intégration et la coopération entre étudiant(e)s (COMPLICE), le hall Gilles-Boulet de l’UQTR se transforme en festival de la culture. L’effervescence est maitresse de cérémonie et les étudiants internationaux chantent haut et fort leurs couleurs.

Dans mon délire de citoyenne du monde, je me suis souvent demandé si l’on pouvait bâtir une maison multiculturelle à l’image de cet événement: à quoi pourrait-elle bien ressembler? Alors, dans la présente chronique, je ne vous partagerai pas un bout de ma mémoire, mais plutôt un délire que j’ai bien voulu pousser à l’extrême. Loin des clichés, cette maison ressemblerait à ça.

Pas besoin de Jules Verne avec son «Tour du monde en 180 jours» ou de Sindbad avec son tapis en velours, le COMPLICE vous fait faire le tour du monde en seul un tour.

Ma maison multiculturelle aurait l’architecture hispano-mauresque, celle du Moyen-Âge où la culture arabo-musulmane s’est bien mélangée à celle de la péninsule ibérique. Elle serait agencée d’arcs, de coupoles persanes, de portes massives sculptées, de faïences et de mosaïques. Elle serait la réplique de l’Alhambra à Grenade, ou encore de l’Alcazar à Séville.

Mes fenêtres seraient en moucharabié, pour voir ce qui se passe à l’extérieur sans dévoiler l’intimité de mon intérieur. Un moucharabié monté pièce par pièce, par les mains d’artisans égyptiens, syriens, irakiens ou marocains. Des maitres sculpteurs, menés d’outils simples et de talents hors pair, qui par magie changent le bois en œuvres extraordinaires.

Mes plafonds seraient en plâtre multicolore, sur lequel sont sculptés les apogées de mes ancêtres. Mon sol serait garni de tapis tantôt persans, tantôt russes. De vraies toiles d’art qui donneraient à ma maison un revêtement digne des décors des contes orientaux ou des banquets des tsars les plus prestigieux.

J’irais chercher mes couvertures en Afrique du Nord, là où des femmes aux mains d’or traitent la laine. Fil par fil, elles la transforment en voile des plus douillets. Le soir, quand le tonnerre grondera, quand la température se fera capricieuse, je me couvrirais de cette laine, et l’histoire derrière chaque couverture me réchaufferait le cœur. Je me laisserais bercer par les chansons que ces femmes tisseuses chantaient pour accompagner leurs longues heures de travail.

La photo représente un petit tajine, un petit plat et une pièce faisant office de boite à bijoux. Le design est fait par le potier Baria Noureddine, l’oncle d’Alhassania. Photo: Alhassania Khouiyi.
La photo représente un petit tajine, un petit plat et une pièce faisant office de boite à bijoux. Le design est fait par le potier Baria Noureddine, l’oncle d’Alhassania. Photo: Alhassania Khouiyi.

Je ferais appel à mon oncle pour mes couverts. Non, la poterie n’est pas l’apanage du Maroc. Plusieurs pays ont su travailler la terre cuite, mais de vous à moi, je ne peux pas être impartiale ici. Pour moi, mon oncle est le meilleur potier au monde. Avec des doigts aussi agiles que ceux d’un pianiste, aussi précis que ceux d’un chirurgien, il a su transformer la terre et lui faire révéler tous ses secrets. Une fois qu’elles sont modelées, il orne ses pièces de couleurs et de dessins qui feraient pâlir de jalousie le plus compliqué des mandalas.

Mes décors viendraient du monde entier. J’aurais des katanas, sabres japonais utilisés en iaido, le plus vieux des arts martiaux, en rêvant que ma demeure s’imprègne de l’esprit des samurais. J’aurais des tambours africains qui battraient au rythme de mon cœur. J’aurais un bon de denrée alimentaire pour remémorer la période de famine au Maroc, où on avait besoin d’une autorisation pour avoir du pain.

J’aurais des guitares espagnoles, des mandolines turques, une cornemuse écossaise et un stradivarius. Je défierais la malédiction de Babel avec mes disques vinyle. J’écouterais les chants du , cet art japonais qui nous emporte par ses histoires de chevalerie, de bravoure et de courage. Je me laisserais transporter par la magie de la Flûte enchantée de Mozart. Mon sang se glacerait sous les décibels italiens de Carlos et Pavarotti et se réchaufferait sous la voix des mariachis. J’errerais entre Perse et Égypte avec Oum Kalthoum, qui a immortalisé les poèmes du grand Omar Khayyām.

À L’image de la caserne d’Ali Baba, notre monde jonche de merveilles culturelles, il faut juste ouvrir le cœur pour les percevoir.

Je n’aurais pas de garde-robe, mais plutôt un coffre à costumes. De l’Espagne, j’aurais de belles robes longues de flamenco. Des robes qui font tourner la tête avec chaque mouvement de danse. J’aurais des caftans maghrébins, qui sont aussi diversifiés que les jours d’une année bissextile. J’aurais des kimonos chinois imprégnés des histoires de la route de la soie. J’aurais des hakamas japonais en m’imaginant sous les cerisiers, et des wax africains pour ajouter une touche de soleil à mes journées. J’aurais des costumes en plumes dignes d’un grand spectacle de pow-wow.

Je n’aurais pas besoin de cuisinier, chaque jour de l’année serait un festin à part entière. Je me régalerais de couscous maghrébin, d’épices indiennes et de pâtes italiennes. Je me ferais à la simplicité des plats nomades du désert et à la complexité française des desserts. Entre sucré et salé, exotique et autochtone, mes papilles n’auraient point de répit.

Finalement, à l’image de la culture québécoise, ma demeure serait festive et conviviale. Je vous y attendrais bien si vous voulez embarquer dans mon délire de citoyenne du monde.

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here