La Ritournelle
«C’est bien d’essayer des nouveaux trucs.»
Avec La Ritournelle, Fitoussi offre un film qui ne réinvente rien, mais qui possède tout de même assez de bons moments pour que son visionnement soit justifié. En présentant l’histoire de Brigitte Lecanu (Isabelle Huppert), une femme dans la cinquantaine en manque d’aventure et de tendresse, le film aborde dans un canevas assez commun la question de la survie des vieux couples face à l’usure du quotidien.
Si la trame narrative de l’œuvre est quelque peu éculée (Brigitte se sent délaissée par son mari, craque pour un prétendant, son mari le découvre, etc.) et son traitement plutôt convenu, celle-ci ne s’avère pas pour autant complètement dépourvue d’intérêt. Une fois sa prévisibilité et ses raccourcis scénaristiques pardonnés (le changement de caractère chez le jeune prétendant, la prise de conscience du mari au travers d’une filature complètement invraisemblable et le dénouement dans l’étable frôlant le surcliché), le film parvient même à charmer par la véracité de ses personnages et par la simplicité de son message, qui est d’aimer l’être aimé.
Pour ce qui est de l’interprétation, Huppert et Darroussin réussissent à donner aux Lecanu suffisamment de substance pour que l’on puisse aisément s’y reconnaître, en excellant chacun leur tour dans des scènes très belles (la scène de fierté paternelle chez Xavier et celle du ravissement confus de Brigitte suite à la découverte du portrait d’une «petite bergère»). Le jeu de Clichet (Régis) au soutien mérite aussi sa mention, lui qui réussit dans une scène difficile à rendre (celle où Régis essaie de consoler et de rassurer Xavier) à incarner adroitement toute la sensibilité et la candeur de son personnage sans jamais caricaturer.
De son côté, la réalisation se montre convenable sans resplendir, le jeu de caméra s’effaçant toujours au profit des dialogues et des interactions, sauf lors de quelques rares prises de vue qui constituent les seules surprises du film (la sortie du métro, la baignade dans la mer morte, les échanges de balcon à balcon). Encore ici, la simplicité a été privilégiée au clinquant, en accord au message véhiculé.
En présentant les maladresses qui accompagnent le fait de considérer l’autre pour acquis, La Ritournelle rappelle ainsi l’importance des détails dans le maintien des relations de longue durée. Sans se démarquer par son originalité, le film se révèle tout de même une écoute agréable, à deux.
Victor Young Perez
«Tout est une question de timing.»
Pour son premier long métrage, Jacques Ouaniche a choisi de mettre à l’écran l’histoire méconnue de Victor «Young» Perez, champion du monde de boxe ayant connu les camps nazis durant la Deuxième Guerre mondiale. Le rôle du boxeur tunisien étant assuré par Brahim Asloum, lui-même ancien champion du monde, le film frappe principalement par la qualité de ses scènes de combat et par son appel répété à l’opiniâtreté.
En retraçant la carrière de Perez de son premier combat (clandestin) à Tunis jusqu’à son dernier combat (tragique) à Auswitch, le film tente de reproduire, sans tout à fait y parvenir, le rythme et l’intensité des grands drames sportifs tout en puisant à même la lourdeur et la mélancolie des films sur la Shoah. L’objectif est malheureusement manqué de peu: si la vie de Perez fournit en effet tout le matériel nécessaire pour bâtir une histoire à la fois puissante et touchante, le personnage dans le film se voit insuffisamment caractérisé pour que le spectateur puisse véritablement s’attacher à lui et ressentir les joies de ses victoires et la tristesse de ses pertes. Perez apparaît au final comme un fonceur obstiné, mais rien de plus, malgré la succession des drames et la dureté des défis qui se présentent à lui.
Ce manque coûte cher si l’on considère que le reste du film est assez réussi. À l’intérieur comme à l’extérieur du ring, Asloum est crédible malgré son jeu unidimensionnel, tout comme Steve Suissa (Benjamin Perez) et Patrick Bouchitey (Léon Bellière). S’il aurait été souhaitable de voir les acteurs se mettre davantage à l’épreuve dans les scènes à forte résonance émotive (principalement les scènes entre les deux frères), leurs performances ne constituent pas un dérangement de taille dans l’appréciation générale du film, qui demeure avant tout un film de boxe. À cet effet, les amateurs ne seront pas en reste, les scènes de combat étant très réussies autant dans leur chorégraphie, leur captation que dans la qualité du montage.
À voir pour un gain rapide de motivation (en mi-session, par exemple).
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Prochainement au Cinéma Le Tapis Rouge (www.cinemaletapisrouge.com) :
Half of a Yellow Sun de Biyi Bandele (depuis le 10 octobre – Présentation spéciale au Festival international du film de Toronto 2013)
Pride de Matthew Warchus (à partir du 15 octobre – présenté à la Quinzaine des réalisateurs lors du festival de Cannes 2014)
Mille fois bonne nuit d’Erik Poppe (à partir du 17 octobre – drame norvégien/islandais/suédois mettant en vedette Juliette Binoche)




