«Entre les deux pôles»: Briser le silence au sujet du suicide

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Kévin Gaudreault. Photo: Mathieu Plante
Kévin Gaudreault. Photo: Mathieu Plante

Selon Statistique Canada (2017), 3926 personnes se sont suicidées en 2012 au pays (10,4 personnes par 100 000 habitants). Aux États-Unis, le taux de suicide en 2014 a été le plus élevé (13,5 par 100 000 habitants) depuis les trente dernières années (Curtin, Warner, & Hedegaard, 2016).    

Même si les personnes vivant à l’intérieur de familles où des proches se sont suicidés sont plus à risque, les causes demeurent multiples. Plutôt qu’associer directement le geste suicidaire à une cause unique, plusieurs éléments de sources bio-psycho-sociales rendent une personne plus vulnérable (Flett, Kocovski, Davison, & Neale, 2017).

Par exemple, il peut y avoir des antécédents personnels et familiaux de suicide et de troubles mentaux (ex: troubles de l’humeur, bipolarité, troubles psychotiques, troubles anxieux, etc.), des traits de personnalité pouvant augmenter les risques de comportements suicidaires (ex: trouble de la personnalité borderline), ainsi que la présence d’événements marquants et traumatisants (ex: abus physiques et psychologiques, décès précoce d’un parent, intimidation, problèmes financiers, etc.).

Une donnée importante à connaître demeure la suivante: 90% des personnes qui se sont suicidées souffraient d’un trouble de santé mentale préexistant ou d’un problème de prise de drogues et d’alcool ou de gambling. Il s’agit donc du facteur de risque le plus important face au suicide. D’où l’importance de la consultation psychologique ou de l’intervention psychosociale face aux personnes en détresse. Il est fréquent qu’elles désirent cesser de souffrir plutôt que de mourir.

Dans les cas de refus d’aide impliquant un danger imminent pour la vie de la personne ou pour autrui, il est un devoir de contacter les services d’urgence pour une intervention immédiate.

Selon les données de Statistique Canada (2017), il existe un plus grand nombre de suicides chez les hommes. Cependant, cela ne signifie pas qu’il y a davantage de comportements suicidaires chez les hommes, puisqu’il y aurait davantage de tentatives de suicide chez les femmes. Les hommes utilisent davantage de moyens comme la pendaison, l’arme à feu ou l’empoisonnement au monoxyde de carbone, alors que les femmes ont recours davantage aux surdoses de médicaments. Il arriverait donc plus souvent qu’elles survivent aux tentatives.

Face à cela, il existe plusieurs facteurs de protection. Le soutien social est possiblement l’élément le plus important pour aider la personne à passer au travers d’une phase difficile. Cela peut permettre à l’individu d’être accompagné dans sa recherche de solution. Prenons l’exemple de l’isolement chez les personnes vivant un passage de dépression. Il est connu que ces individus peuvent décider de couper des contacts sociaux plutôt que de demander de l’aide. Différentes raisons peuvent expliquer cette tendance, dont une estime de soi fragile, un niveau de motivation affecté, etc.

Toutefois, face à une situation difficile impliquant l’isolement, l’impression d’avoir un soutien social peut aider l’individu à réaliser que malgré la douleur qui est bien présente, il y a au moins une personne qui croit en elle et qui tient à elle. Cela n’est pas toujours le cas, mais lorsque c’est possible, le soutien social demeure un élément pouvant faire une différence significative.

La possibilité de vivre une vie ayant un sens est également un élément protecteur. Par exemple, l’impression de sens à la vie peut aider la personne à croire que la sienne se dirige vers une continuité, qu’elle vaut la peine d’être vécue et qu’il existe de la place pour l’optimisme face à l’avenir. La possibilité d’actualiser des valeurs fondamentales (ex: respect, entraide, générosité, etc.) est un autre élément incontournable afin de diminuer les risques de déficience de sens à la vie.

90% des personnes qui se sont suicidées souffraient d’un trouble de santé mentale préexistant, ou d’un problème de prise de drogues et d’alcool.

Encourager les enfants très tôt à s’impliquer dans des activités aimées leur permettra de s’exprimer en déployant leurs talents selon leurs goûts et intérêts. Il s’agit d’un facteur de protection pouvant aider les personnes à aller puiser dans leurs ressources. La possibilité chez un bébé de créer un lien favorable satisfaisant avec une figure parentale affectueuse et répondant à ses besoins de base, représente une base très bénéfique pour favoriser la confiance dans le monde. Par ailleurs, la possibilité de se sentir utile, d’avoir des projets de vie personnels (même les plus petits), ainsi que de recevoir des renforcements positifs de la part des autres tout au long de la vie sont d’autres facteurs de protection.

Il arrive que les proches d’une personne décédée par suicide affirment qu’ils regrettent de ne pas en avoir parlé à la personne concernée lorsqu’elles avaient observé des signes suicidaires. Lorsqu’il existe des soupçons concernant un individu, il est nécessaire de lui demander directement si elle a l’intention de mettre fin à sa vie. Briser le silence demeure généralement davantage bénéfique que nuisible. Lorsque les signes sont clairs et que les intentions suicidaires sont sur le point de se concrétiser, il est possible d’offrir son aide pour prendre contact avec les services hospitaliers. Dans les cas de refus d’aide impliquant un danger imminent pour la vie de la personne ou pour autrui, il est un devoir de contacter les services d’urgence pour une intervention immédiate.

 

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