Exposition au Centre Raymond-Lasnier: Le vent l’emportera

0
1170
 LUITR_Camp-de-recrutement.png
Les livres-toiles insérés dans l’œuvre permettent de déplacer les images laissées par les souvenirs. Photo: M.-C. Perras
Les livres-toiles insérés dans l’œuvre permettent de déplacer les images laissées par les souvenirs. Photo: M.-C. Perras

Le Centre d’exposition Raymond-Lasnier de la Maison de la Culture de Trois-Rivières accueille les œuvres d’Éric Lamontagne. Présentée jusqu’au 6 mars 2016, Paysages épuisés met en valeur des paysages urbains et ruraux à la lumière grise et automnale. Une légère brume semble s’échapper des tableaux oniriques, ce qui offre au spectateur autant de souvenirs tablettés.

Éric Lamontagne peint sur des toiles brutes sans apprêt. Les pigments colorés apposés sur les tissus non traités se diffusent dans le textile, produisant alors des ciels voilés et des falaises incertaines. Les paysages mélancoliques représentent tous des lieux véritables du Québec et se reconnaissent ainsi par les panoramas côtiers ou les scènes enneigées. Même si les endroits demeurent anonymes pour la plupart, l’appartenance au motif québécois se ressent amplement.

Le traitement du médium relance directement la mémoire et les impressions qui s’y inscrivent. Les décors fantomatiques illustrent bien les images imprimées dans l’esprit qui se transforment par de nouvelles idées et par d’autres pensées qui se bousculent dans les souvenirs. Certaines toiles sont surréalistes et basculent dans le monde du rêve. Une bouteille du passé dans la rivière du futur fait se côtoyer, à l’intérieur d’une bouteille, un scaphandrier, un joueur de soccer, des personnages de la Renaissance et des habitants dans un traîneau rouge, emblème de la ruralité canadienne-française.

Les décors fantomatiques illustrent bien les images imprimées dans l’esprit qui se transforment par de nouvelles idées et par d’autres pensées qui se bousculent dans les souvenirs.

Certains rochers de bord de mer sont quasi-issus d’un décor de science-fiction. Les contrastes d’orangé et de bleu, surmontés de montagnes grises et blanches, proposent un paysage flou et presque martien. La composition laisse parfois un immense ciel blanc dans la presque totalité de l’œuvre pour ne donner que le bas de la toile au paysage. Ce choix met en évidence la manière de travailler de l’artiste. Dans cet immense ciel impersonnel, on peut y voir les coulisses du vernis appliqué en partie, révélant à la fois la toile brute et le brouillard du souvenir.

La toile sur le sol et le dispositif de ces deux œuvres conjointes accentuent l’immersion du spectateur.Photo: M.-C. Perras
La toile sur le sol et le dispositif de ces deux œuvres conjointes accentuent l’immersion du spectateur.Photo: M.-C. Perras

Une grande force de l’exposition se retrouve dans la transgression du cadre traditionnel. Éric Lamontagne efface le cadre, entaille la toile ou déborde des limites. Sunset cemetery cache tout un monde en son sein. Derrière ce cimetière et ce ciel magnifique est dissimulée une maquette miniature. Il suffit de regarder par le petit trou pour apercevoir un miniaturisé du travail de l’artiste.

Les œuvres Rail et Valise sont mises en commun afin de livrer une toile grand format à la fois accrochée au mur et à la fois étendue sur le sol. Le spectateur est alors face à un chemin de fer et est placé dans la position du voyageur. Positionné près de la valise, le regardeur se heurte à l’illusion de voir devant lui un chemin fort long à parcourir. La lumière et l’entaille pratiquées au bout du chemin peuvent donner espoir ou encore rendre compte de la fatalité de la vie. La lumière au bout du tunnel où toute route prend fin.

Les pigments colorés apposés sur les tissus non traités se diffusent dans le textile, produisant alors des ciels voilés et des falaises incertaines.

Paysage puzzle représente très probablement un village gaspésien ou madelinot. Ce n’est pas la beauté de l’image qui frappe le plus, mais les supports sur lesquels Éric Lamontagne a peint ce merveilleux paysage. Un faux cadre est peint à certains endroits et une quinzaine de plus petites toiles sont insérées dans la grande toile à la manière de livres dans une bibliothèque. Les livres sont manipulables et révèlent d’autres couleurs. C’est une trouvaille formidable pour évoquer le temps et la mémoire.

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here