Je me souviens… Au pouvoir, citoyens!: Brève introduction à la sociologie

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Constatant l’absence de certains programmes-clés au sein de l’UQTR, comme les sciences politiques ou la sociologie, sans parler de la disparition au début des années 2000 d’autres programmes tels que la musique et la théologie, j’ai décidé de vous faire connaître davantage une science sociale/humaine que j’apprécie vraiment beaucoup.

Inspirés par les penseurs utopistes du 19e siècle (Auguste Comte, Alexis de Tocqueville, Saint Simon et Proudhon), Karl Marx (1818-1883), Émile Durkheim (1858-1917) et Max Weber (1864-1920) sont considérés comme les pères fondateurs de la sociologie.

Un élément est commun à leur démarche, soit celui d’étudier la société en transformation, afin de comprendre les bouleversements engendrés par la Révolution industrielle et l’émergence du prolétariat comme classe sociale. Marx et Weber ont à cœur d’établir la sociologie comme une discipline scientifique rigoureuse, afin de remplacer les anciennes idéologies, notamment la religion.

Durkheim va tenter d’élaborer cette nouvelle théorie de la connaissance et d’établir une méthode efficace pour le sociologue. Désormais, il faut se couper de ses croyances et des divers préjugés afin d’analyser un objet sous le mode de la neutralité. Devenu le premier professeur de sociologie de l’Université en France, c’est Durkheim qui va pousser en ce sens et confirmer les sciences sociales comme une discipline scientifique objective.

Seul Français des trois, Durkheim se distingue aussi par son approche et ses divers objets d’études: suicide, famille, inceste, vie religieuse et croyance, alors que Marx s’intéresse d’abord aux rapports entre les possédants et les travailleurs, et que Weber étudie quant à lui les processus de rationalisation en Occident. Toutefois, on peut mentionner que Marx et Weber considèrent une marchandise sous l’angle des rapports sociaux, alors que Durkheim va surtout orienter ses recherches vers l’analyse du «fait social».

Pour Marx, les conditions d’existence sont plus déterminantes que les idées pour expliquer les fondements sociaux et les rapports humains.

Il existe davantage de points en commun entre Marx et Durkheim (tous deux Juifs) qu’avec Max Weber, car les deux premiers vont s’efforcer de réformer la société, soit en suggérant le communisme, soit en désirant remplacer la religion par une morale civique non fondée sur les grands mythes. De plus, comme Weber appartient à la moyenne bourgeoisie, il est bien possible qu’il n’ait eu aucun désir de changer l’état des choses, étant au sommet de la hiérarchie sociale. Même si Marx vient aussi d’une classe riche, il s’est quand même efforcé d’établir un nouvel équilibre entre les classes, surtout en dénonçant l’aliénation économique et religieuse. Marx et Durkheim se rejoignent donc à nouveau dans ce rejet assez tôt dans leur vie de la religion, mais diffèrent sur les solutions.

Constatant le désenchantement du monde – concept de Weber repris par Marcel Gauchet – chacun veut y remédier à sa façon. Marx veut porter au pouvoir le prolétariat alors que Durkheim veut surtout créer une sorte de religion plus rationnelle qu’ésotérique, qui serait avant tout une nouvelle «morale civique» afin de substituer les religions en déclin.

Étant le plus philosophe de ces trois penseurs, Marx s’est surtout intéressé aux classes sociales et en particulier au capitalisme, un sujet relativement peu abordé chez Durkheim alors que Weber, beaucoup moins critique là-dessus, et sans doute moins révolutionnaire que sociologue, s’est d’abord contenté d’élaborer une théorie sur les liens entre la religion et le développement de ce système économique. Or, leurs travaux sont complémentaires plutôt qu’en opposition, car chacun apporte un regard différent sur la société.

Marx se distingue plutôt par son approche philosophique hégélienne (le matérialisme dialectique) dans laquelle les conditions d’existence sont plus déterminantes que les idées pour expliquer les fondements sociaux et les rapports humains. Marx, qui avait écrit au printemps 1945 que «les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde; il faut désormais le transformer», est également le seul des trois qui sera exilé en raison de ses idées alors que les deux autres penseurs vont obtenir des postes importants dans leur pays respectif.

Durkheim se distingue quant à lui en suggérant que même les faits sociaux qui semblent individuels (comme le suicide) sont liés à l’ensemble de la société, alors que Marx s’intéresse surtout aux activités économiques comme la production, la distribution et la création de la valeur ou du capital. D’ailleurs, tous deux économistes de formation, Marx et Weber sont également tous les deux d’origine allemande, mais pas à la même époque.

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En conclusion, les perspectives d’analyse de la société chez ces trois sociologues sont convergentes au sens où leurs théories tentent d’expliquer les changements sociaux et, surtout chez Marx et Durkheim, de transformer la société. La méthode objective pour une sociologie scientifique fait également partie de cette convergence vers une démarche neutre (fondée sur l’objectivisation des faits sociaux, économiques, etc.) autant que possible. Toutefois, cette sorte de neutralité est peut-être moins présente chez Marx qui avait un parti pris évident pour les travailleurs dans leur combat contre le capitalisme.

Deuxièmement, leurs analyses sont complémentaires, car elles tendent à expliquer le rôle de la religion, son origine et sa direction, même si chacun possède un regard critique très différent. Bref, l’apport théorique en nouveaux concepts de ces penseurs est riche en sens.

Finalement, ces trois auteurs se distinguent par leurs différents objets d’études: rapport de production et rapports de classes chez Marx, rôle de cohésion sociale de la religion et insertion de faits sociaux individuels dans un plus grand ensemble chez Durkheim, puis l’analyse du processus de rationalisation, c’est-à-dire la présence progressive de la science et de la raison dans la société occidentale (politique, art, urbanisation, économie, guerre) chez Weber. Bref, il est important de considérer ces trois auteurs si l’on veut bien comprendre la naissance de la sociologie ainsi que les concepts de base pour expliquer nos rapports sociaux (dominants versus dominés) ou bien ce regard scientifique sur le changement social actuel. L’avenir de nos sociétés est entre nos mains, à nous de le saisir.

 

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