Je me souviens… Au pouvoir, citoyens!: Le Canada n’a pas 150 ans! (partie 2):

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Même si Ottawa envisage de dépenser en 2017 autour de 500 millions de dollars pour célébrer le 150e anniversaire du «Canada», il est impératif de revenir sur quelques faits historiques entourant la fondation de cette patrie nordique. Afin de continuer ma série d’articles consacrés à la Confédération canadienne, revenons dans le temps pour préciser les véritables origines du pays dit canadien.

L’apogée

Au début du XVIIIe siècle, la Nouvelle-France est presque à son zénith. Dès 1700, on y compte 15 000 habitants – qu’on dit Canadiens, nom donné aux habitants qui ont pris souche en Amérique – alors que la Nouvelle-Angleterre, qui est une véritable colonie de peuplement, en a 200 000!

La signature du «Traité de la grande paix de Montréal», le 4 août 1701, entre le gouverneur Sieur de Callière (1648-1703), représentant officiel de la France, et 39 nations amérindiennes, met fin à des guerres intermittentes. Cet exploit diplomatique permet à la colonie française de faire enfin la paix avec les Autochtones, particulièrement avec les Iroquois, après plus de 150 ans de guerre.

Après le Traité d’Utrech (1713), qui cède l’Acadie à l’Angleterre, commence ce qu’on appelle la «paix de trente ans». La Nouvelle-France connaît un âge d’or, et toute une génération de colons ne connaîtra pas la guerre. Ce climat favorable permet des explorations et de nouvelles découvertes.

Dès 1682, l’explorateur-voyageur de Rouen, René Robert Cavalier de LaSalle (1643-1687), avait exploré le bassin du Mississippi jusqu’à son embouchure et avait donné à cet immense territoire longeant le fleuve Mississippi le nom de Louisiane, en l’honneur du roi de France, Louis XIV.

En 1699, Pierre LeMoyne d’Iberville (1661-1706), un Montréalais de naissance, débarque en Louisiane pour fonder Biloxi, première capitale de la Louisiane. En 1711, des troupes françaises débarquent à Rio de Janeiro. En 1718, le Montréalais Jean-Baptiste Le Moyne, Sieur de Bienville (1680-1767), fonde La Nouvelle-Orléans, qui devient la nouvelle capitale de la Louisiane en 1722.

Par la suite, en 1738, le Trifluvien Pierre Gaultier de Varennes, Sieur de La Vérendrye (1685-1749), fils du gouverneur de Trois-Rivières, explore l’ouest du Canada. Deux de ses fils, François et Louis-Joseph, seront d’ailleurs les premiers Français à découvrir et à décrire les Rocheuses… en 1757.

Le pays de la Nouvelle-France, gigantesque empire colonial français, atteint alors ses limites. Le problème est évident: un territoire si vaste ne peut être protégé par si peu de gens. Vers 1760, la Nouvelle-France compte 60 000 habitants, contre deux millions dans les 13 colonies américaines.

La chute

Un siècle exactement après que la Nouvelle-France devint officiellement la première colonie de la France, en 1663, la victoire de l’Angleterre lors de la guerre de Sept Ans (1756-63) force le royaume français à céder tous ses territoires en Amérique du Nord, afin de conserver ses acquis dans les Antilles. Signé sous l’ordre du roi le 10 février 1763, le traité de Paris met fin au conflit.

Le mot «province» est issu de l’usage romain pro victis et signifie «territoire des vaincus».

Sur les 27 articles du traité de Paris, seuls quatre concernent l’avenir du Canada en tant que tel. L’article 4 précise justement l’existence du Canada comme une entité autonome et française bien avant l’acte confédératif de 1867: «Sa Majesté Très-Chrétienne renonce à toutes les prétentions qu’Elle a formées autrefois ou pu former, à la Nouvelle-Écosse ou l’Acadie […]. De plus Sa Majesté Très-Chrétienne cède à Sa dite Majesté Britannique, en toute propriété le Canada».

Même si le roi Louis XV, en poste depuis la mort de son prédécesseur en 1715, semble avoir cédé le Canada contre son gré, il n’avait pas pour autant abandonné les Canadiens. Selon l’historien Louis Gagnon, une clause du traité de Paris prévoyait même leur rapatriement. Outre la France et l’Angleterre, deux autres États se faisaient la guerre pour l’Amérique, soit l’Espagne et le Portugal.

Cette guerre européenne transposée en sol d’Amérique, qui aura fait un million de morts au total, touche la Nouvelle-France directement en plein cœur. Selon l’historien Pierre Graveline, plus de 4000 fermes seront brûlées. De plus, près de 10% de la population canadienne (française) meurt au cours de cette guerre, soit plus de 6 000 personnes. De nos jours, cela équivaudrait à plus de 830 000 personnes, c’est-à-dire 10% de la population du Québec actuel (8,3 millions d’habitants).

La proclamation royale du 7 octobre 1763 est donc la deuxième constitution du Canada, même si le mot Canada est aussitôt remplacé par les nouveaux gouvernants pour «Province of Quebec». En fait, le mot «province» est issu de l’usage romain pro victis et signifie «territoire des vaincus».

En 1763, le roi Louis XV semble avoir cédé le Canada contre son gré.

Par conséquent, étant donné que la Nouvelle-Écosse (ce qui restait de l’Acadie) avait été cédée à l’Angleterre en 1748 par le traité d’Aix-la-Chapelle, le Québec devient la 15e colonie britannique.

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Si Ottawa veut souligner quelque chose, que le gouvernement fédéral de Trudeau fils s’intéresse d’abord aux origines manifestement françaises du Canada, ou bien au sombre bilan de la Conquête britannique en 1759-1760. Qu’il n’ose pas dire qu’on devrait célébrer les «150 ans du Canada»! En réalité, la France est à l’origine des balbutiements du Canada, faisons honneur à cet héritage.

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