Je me souviens… Au pouvoir, citoyens!: Le Canada n’a pas 150 ans! (partie 5/5)

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Photo: Mathieu Plante
Photo: Mathieu Plante

Afin d’éclairer les balbutiements de la Confédération canadienne de 1867, il faut saisir le sens des évènements tragiques qui se sont déroulés avant cette période, et ce, tout au long du 19e siècle. Nous avons déjà vu comment l’appui démocratique au Parti patriote a été brutalement réprimé par l’armée britannique, faisant plus de 150 morts, dont 12 pendus. Voyons ce qui en a suivi.

Depuis la suspension en mars 1838 de la Constitution de 1791 et l’instauration de la loi martiale dans le district de Montréal, le peuple du Bas-Canada est abandonné à son sort, contraint à l’exil dans son propre pays. Alors qu’il subit les contrecoups des opposants à la révolution patriote, il faudra attendre une nouvelle génération de députés réformistes pour faire avancer la cause nationale.

Une union forcée

Acquiesçant à une recommandation du rapport Durham, Londres proclame le 23 juillet 1840 la cinquième Constitution du Canada, qui entre en vigueur l’année suivante. On unit à nouveau les deux Canada sous le nom de Province du Canada, et le français disparaît comme langue officielle. Au parlement, 42 députés siègent au nom de chacune des deux provinces, même si le Bas-Canada, qui devient le Canada-Est, possède près de 250 000 habitants de plus que l’Ouest.

De plus, L’Acte d’Union de 1841 fusionne de force non seulement le Haut-Canada (Ontario) et le Bas-Canada (Québec) sous un même gouvernement non représentatif, nommé le Canada-Uni, mais il réunit aussi les dettes des deux provinces, même si celles-ci sont loin d’être équivalentes: 375 000$ pour nos ancêtres, contre cinq millions pour le Canada-Ouest! En 1845, ce partage du portefeuille du Québec permettra à l’Ontario d’indemniser les victimes de leur propre rébellion…

Le retour au pays brisé

En 1842, le jeune Antoine Gérin-Lajoie (1824-1882), étudiant au séminaire de Nicolet, compose sa chanson patriotique «Un Canadien errant», afin d’honorer les nombreux révolutionnaires exilés de leur pays et de réclamer leur retour. Il est évident que l’expression «Oh mon cher Canada!» dans le dernier couplet de l’auteur est une référence directe à la nation canadienne-française.

Le peuple du Bas-Canada fut abandonné à son sort, contraint à l’exil dans son propre pays.

Jusque-là, pendant presque trois siècles (1534-1834), le terme «Canadiens» désignait spécifiquement ces habitants d’origine française, ces descendants des découvreurs et ces bâtisseurs du pays du Canada. Aussi, entre 1845 et 1852, le poète-historien François-Xavier Garneau (1809-1866) publie sa célèbre Histoire du Canada, depuis sa découverte jusqu’à nos jours.

En 1843, Montréal devient la capitale du Canada-Uni, où siège le parlement canadien. Deux ans plus tard, en 1845, une loi d’amnistie générale est proclamée pour la majorité des patriotes. Par contre, même si le Canada-Ouest a été aussitôt indemnisé pour les rébellions de 1837-38, le Canada-Est a dû attendre d’être remboursé pour les délits causés par l’armée et par les loyalistes.

Un parlement brûlé à Montréal

En 1847, le gouvernement réformiste LaFontaine-Baldwin réussit à prendre le pouvoir. L’année suivante, grâce à l’acharnement de Louis-Hippolyte La Fontaine, celui-ci obtient le «gouvernement responsable», une promesse du gouverneur Elgin, et on rétablit les droits de la langue française.

Le «Bill pour indemniser les personnes du Bas-Canada, dont les propriétés ont été détruites durant la rébellion dans les années 1837 et 1838» est débattu au printemps 1849. Adopté le 9 mars (par 47 voix réformistes contre 18 voix tories) puis par le Conseil législatif, c’était au tour du gouverneur Elgin (en poste depuis 1846-47) de le sanctionner, précisément le 25 avril 1849.

Alors que la session parlementaire est en cours, une émeute tory se déclenche sous les incitations du Montreal Gazette. S’ensuivent des actes barbares basés principalement sur l’intolérance, la haine et le fanatisme. Refusant toute indemnisation des sinistrés de 1837-38, n’y voyant qu’une manière de récompenser les rebelles, les marchands francophobes mettent le feu au parlement.

Abritant en son centre la première bibliothèque du Nouveau Monde, inaugurée en 1802, le parlement du Canada-Uni à Montréal était un grand carrefour intellectuel. Les deux bibliothèques parlementaires (celle de la Chambre d’assemblée et celle du Conseil législatif) rassemblaient respectivement 16 000 et 9000 volumes. Ce «réflexe colonial méprisant»[1] provoqua la disparition de ces 25 000 volumes d’une valeur inestimable, parmi lesquels plusieurs livres très rares, dont une partie des archives de la Nouvelle-France. Seuls 200 livres furent sauvés du terrible désastre.

L’incendie du parlement à Montréal et de ses deux bibliothèques, le soir du 25 avril 1849, fut provoqué délibérément par 1500 émeutiers tories, puis laissé en flammes par les pompiers anglophones enragés afin de contester l’indemnisation des habitants francophones. Oui, c’est aussi ça le Canada…

L’incendie du parlement à Montréal en avril 1849, c’est aussi ça le Canada.

Au moment de la création de la Confédération canadienne en 1867 – sur lequel nous reviendrons cet automne – le nouveau pays prit le titre de Dominion du Canada. Toutefois, le nom «Canadien» ne sera utilisé que par la population francophone de la vallée du Saint-Laurent (les Québécois d’aujourd’hui), jusqu’à ce que les Anglais se l’approprient vers la fin du 19e siècle.[2]

Si Ottawa désire souligner quelque chose, que le gouvernement fédéral de Trudeau fils déclare plutôt : 1- Que le Canada actuel s’est construit sur l’appropriation de l’identité d’un peuple unique, original et plutôt fier de ses origines françaises, les Canadiens. 2- Que la répression sauvage du mouvement patriotique et populaire dans les années 1830 a été un frein, et même un choc brutal pour la société québécoise. 3- Que l’Acte d’Union venait renforcer le caractère assimilationniste de la politique coloniale de Londres, une vision qui sera entérinée par la Confédération de 1867.

Peinture attribuée à Joseph Légaré (1795-1855) de l'incendie du parlement à Montréal. Source: Wikipedia
Peinture attribuée à Joseph Légaré (1795-1855) relatant l’incendie du parlement à Montréal. Source: Wikipedia

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SOURCES

a) Notes de bas de page

[1] Gilles Gallichan, historien à la Société des dix, dans « La nuit de feu des livres et des archives du Parlement », Bulletin d’histoire politique, vol.22, no.1, automne 2013, VLB Éditeur, p.89.

[2] http://echo.franco.ca/nouvellefrance/index.cfm?Id=32824&Sequence_No=32822&Voir=journal_article&niveau=3

b) Autres sources 

Source principale : « L’incendie du parlement à Montréal : un événement occulté », Bulletin d’histoire politique, vol.22, no.1, automne 2013, VLB Éditeur, 285 p.

« Repères chronologiques sur la confédération du Canada » par Christian Néron, constitutionnaliste et membre du barreau du Québec, historien du droit et des institutions, 15 décembre 2016, 6 pages. (Disponible en ligne)

Sur la dette de l’Acte d’Union : http://www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/HISTfrQC_s3_Union.htm

Sur Lord Elgin : http://www.vieux.montreal.qc.ca/inventaire/fiches/fiche_pers.php?id=50

Fouilles archéologiques : http://www.lapresse.ca/actualites/montreal/201108/20/01-4427526-montreal-une-breve-capitale-federale.php

À lire ! https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/1849-le-parlement-brule

 

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