La climato-réaliste: «C’est pas notre faute, c’est celle des industries!»

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Magali Boisvert. Photo: David Ferron.

Avez-vous cette même mauvaise habitude que moi, cher.ère.s lecteur.ice.s, de lire les commentaires en bas des articles écologiques partagés par des grands journaux en ligne?

Sentez-vous cette rogne qui monte dans votre œsophage et cette subtile vapeur s’échappant de vos oreilles alors qu’un certain «Mario Tremblay» (nom fictif, évidemment) s’époumone virtuellement à dire: «C’est ben beau réduire son impact, mais les gouvernements, eux z’autres? Pis les industries? C’est à eux z’autres d’agir, pas nous z’autres! Faire mon p’tit recyclage, ça changera rien!» Répondons donc à Mario. Et respirons par les trous de nez.

Mario a raison, mais…

Ma réponse virtuelle adressée à ce fringant monsieur serait d’abord celle-ci: vous avez en partie raison, M. Tremblay. Effectivement, les grandes industries produisent le plus gros des impacts négatifs sur la planète: on recensait en 2015 que 51% de la consommation totale d’énergie au Canada était faite par le secteur industriel, suivie à 23% pour le secteur des transports, puis par le secteur résidentiel à 14%, et enfin le secteur commercial à 12%.

Il est vrai qu’à grande échelle, ce ne sont pas les petits bacs de compost qui vont compenser pour les dégâts monstres des pétrolières et des industries polluantes. Or, — et là réside ma frustration envers Mario — ce n’est pas une raison pour se déresponsabiliser (mot compte triple au Scrabble!).

S’il est vrai que les industries mettent à mal la planète, ça ne veut pas dire que les consommateur.ice.s devraient baisser les bras, accepter leur destin et se mettre des sacs Ziploc sur la tête en attendant l’apocalypse. Vous voulez savoir pourquoi?

En 2015, 51% de la consommation totale d’énergie au Canada était faite par le secteur industriel.

Laissons la littéraire parler d’économie

Ce que vous pourrez répondre aux Mario de ce monde, ces personnes désillusionnées et cyniques, — et je ne les blâme pas, quelle époque désillusionnante — c’est que les industries sont gérées d’abord et avant tout par des consommateur.ice.s, et elles ont besoin des consommateur.ice.s pour survivre. Je n’étudie pas en économie (loin de là; j’étudie en littérature), mais le principe est simple: s’il y a une demande, il y aura une offre. N’avez-vous jamais entendu le dicton des granos comme moi: «Acheter, c’est voter»?

L’industrie pétrolière et gazière au Canada est responsable en 2015 de la production de 189,5 mégatonnes de CO2. C’est la productrice numéro un de gaz à effet de serre au pays.

Si les consommateur.ice.s continuent à dépendre de leurs voitures à essence, l’industrie pétrolière continuera à s’enrichir et polluer (cela dit, jusqu’à ce qu’ils épuisent les stocks de pétrole et plongent l’économie dans un trou noir).

Par contre, si l’on choisit tous individuellement de privilégier des alternatives plus écologiques que l’auto-solo, l’industrie perd tout son pouvoir et Justin Trudeau ne verra plus l’intérêt de les encourager avec l’argent des contribuables.

Ça ne veut pas dire que les consommateur.ice.s devraient baisser les bras et se mettre des sacs Ziploc sur la tête en attendant l’apocalypse.

Faire entendre sa voix (autrement qu’avec l’émission La Voix)

Admettons que vous êtes un.e écolo aguerri.e et que vous ne contribuez déjà plus aux grosses entreprises polluantes, que vous bannissez déjà le plastique et que vous vous déplacez à vélo. Que faire, après tout ça?

C’est à ce moment que le militantisme entre en jeu. Que vous soyez un.e écologiste en herbe ou bien que ça fasse vingt ans que vous dites à votre conjoint.e de mettre les pelures de bananes dans le compost, vous pouvez participer au mouvement vert qui secoue le Québec. Au moment où j’écris ces lignes, nous sommes la veille d’une grande marche à grandeur du Québec intitulée «La planète s’invite au parlement», avec 11 villes participantes qui unissent leur voix pour envoyer un message clair au gouvernement.

C’est grâce à des mouvements de masse que le gouvernement prend des décisions qui vous tiennent à cœur. C’est grâce à de la bonne vieille sueur de pieds collective que des idées se font médiatiser et se répandent dans le discours public. C’est en frappant sur des casseroles, c’est en faisant des affiches mémorables, c’est en montrant son visage rougi par le froid que l’on tisse une communauté puissante.

Un groupe de citoyen.ne.s fâché.e.s, il n’y a rien de plus convaincant pour un conseil de ville.

Agir, drette là!

Si vous souhaitez agir dès maintenant, il y a d’innombrables manières de le faire, au lieu de lire — ou d’écrire! — des commentaires en bas des publications de La Presse. À l’UQTR, vous pouvez vous impliquer dans les deux comités de développement durable et proposer vos idées. Au municipal, vous pouvez également faire part de vos craintes à votre conseiller.ère municipal.e. On l’a vu avec le mouvement trifluvien pour protéger le boisé des Estacades: un groupe de citoyen.ne.s fâché.e.s, il n’y a rien de plus convaincant pour un conseil de ville.

Vous pouvez faire part de vos suggestions aux entreprises d’ici afin qu’elles soient plus respectueuses de l’environnement (sans toutefois vous faire avoir par le greenwashing). Vous pouvez envoyer un message au gouvernement en utilisant une photo de profil verte comme on l’a vu aux dernières élections. Vous pouvez faire des dons à des organismes qui font vraiment la différence, comme le projet 100 tonnes, qui vise à retirer 100 tonnes de déchets des berges partout dans le monde.

Il n’en tient qu’à vous de ne pas être un Mario. Soyez une Laure Waridel, un David Suzuki, un Hubert Reeves, une Jane Goodall. Votre impact positif pourrait être plus grand que vous le pensez.

PS: Je n’ai absolument rien contre les personnes appelées Mario. Ceci n’était qu’à titre d’exemple. Je vous aime, les Mario.

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