La petite ténébreuse: Climat de terreur – La crise d’Octobre

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Au centre, le ministre Pierre Laporte. Photo: Archives nationales du Québec
Au centre, le ministre Pierre Laporte. Photo: Archives nationales du Québec

ERRATUM: La version papier de cet article portait le titre de la chronique précédente, «Crimes contre l’humanité». Nous regrettons cette erreur.

Cette semaine, je m’attaque à une page d’histoire du Québec. Si je vous disais qu’il y a maintenant 45 ans, les rues de Trois-Rivières étaient patrouillées par l’armée, que plusieurs personnes étaient arrêtées sans véritable raison, que le climat de peur régnait dans les foyers québécois, me croiriez-vous? Voyons, le Québec, devrais-je dire le Canada, pays pacifique par excellence, sous la gouverne des soldats ? Eh bien oui ! En octobre 1970, le Québec vivait la plus grande crise politique de son histoire.

Révolution tranquille

Dans les années 60, Jean Lesage, nouvellement au pouvoir après la Grande Noirceur sous Maurice Duplessis, fait vivre un climat de changements aux Québécois. Il entreprendra plusieurs réformes, notamment en éducation et en santé. Le tout sera qualifié de Révolution tranquille, car bien que l’État soit en constants changements, aucun soulèvement populaire ne suivra. Malgré tous ces changements, le Québec n’est pas en bonne posture économiquement. Depuis 1966, c’est la récession. Le taux de chômage est très élevé et malheureusement pour les Francophones, la majeure partie des emplois est gérée par des Anglophones. Une petite partie de la population se radicalise considérablement. Ils trouvent que la société n’évolue pas assez rapidement. Ils veulent changer les choses par tous les moyens possibles, y compris la violence. Selon eux, la souveraineté du Québec est la solution par excellence. Ils veulent se libérer de l’emprise monarchique et fédérale. Ces gens forment le Front de Libération du Québec (FLQ).

Les membres du FLQ ne tarderont pas à faire valoir leurs opinions. Ils placeront des bombes dans les bâtiments fédéraux et feront même exploser plusieurs boites aux lettres.

FLQ

Les membres du FLQ ne tarderont pas à faire valoir leurs opinions. Ils placeront des bombes dans les bâtiments fédéraux et feront même exploser plusieurs boites aux lettres. Les revendications atteindront leur paroxysme lorsque, le 5 octobre 1970, James Cross, un attaché commercial britannique, est enlevé par la Cellule Chénier. Ces derniers, en plus de revendiquer l’enlèvement, enverront aux médias le Manifeste du Front de libération du Québec. Cinq jours plus tard, soit le 10 octobre, le ministre du Travail et de la Main-d’œuvre, Pierre Laporte, est enlevé par la même cellule. Petit à petit, la peur s’empare de la population, mais surtout du gouvernement. Des soldats seront dépêchés pour surveiller les résidences des ministres, députés et autres personnalités politiques. Une insurrection est appréhendée et le 16 octobre, la Loi sur les mesures de guerre sera appliquée. La Loi sur les mesures de guerre au Québec! Du jamais vu. Des soldats seront alors déployés partout à travers la province. Quelque 500 personnes seront arrêtées sous prétexte qu’elles sont reliées, de près ou de loin, au FLQ.

Mort de Pierre Laporte

Le 17 octobre, le FLQ publie un communiqué annonçant la mort du ministre Laporte. Le mystère est entier quant aux circonstances de la mort de ce dernier. Cependant, la version officielle conclut à un étranglement. Le corps de Pierre Laporte sera retrouvé au fond du coffre d’une voiture, quelques heures après le communiqué. Évidemment, la consternation est grande. Le Québec fait face à la plus grande crise politique et humanitaire de sa courte histoire. Selon ce que mes parents m’ont raconté, même dans les plus petits villages, tout le monde était paralysé par la peur d’être arrêté. Les forces de l’ordre arrêtaient n’importe qui, avec la seule présomption d’avoir des allégeances souverainistes ou un peu trop à gauche. Bien sûr, plusieurs étudiants furent mis en prison pour quelques jours…

Une petite partie de la population se radicalise considérablement. Ils trouvent que la société n’évolue pas assez rapidement. Ils veulent changer les choses par tous les moyens possibles, y compris la violence.

Pour ce qui est du diplomate James Cross, ce dernier ne sera libéré qu’en décembre 1970. Cette libération mettra fin à la crise d’Octobre.

Encore aujourd’hui, la crise d’Octobre est bien présente dans la mémoire des gens qui l’ont vécue, mais aussi bien imaginée dans la tête de ceux qui n’étaient pas encore nés ou trop jeunes pour comprendre l’ampleur de la situation. Imaginez vous rendre à l’université, pénard, un mercredi matin, encore un peu poqué du karaoké de la Chasse-Galerie, et tomber face à face avec un soldat qui vous demande d’où vous arrivez et ce que vous avez fait dans les dernières 24h… Il est presque impossible de comprendre, aujourd’hui, toute l’importance de la situation à l’époque.

L’après-crise

Le gouvernement de Robert Bourassa, de 1971 à 1977, fera ficher plus de 30 000 personnes en lien avec le mouvement souverainiste par le Centre d’analyses et de documentation du Québec. Un peu à l’instar de J. Edgar Hoover, ancien directeur du FBI, et des communistes, Bourassa sera l’incarnation du mouvement antisouverainiste. Ce centre sera démantelé à l’arrivée au pouvoir de René Lévesque et du Parti Québécois. Bien que ce dernier affirme que les archives seront détruites, certains documents referont surface dans les années 90…

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