La p’tite vite : Comment protéger ces femmes de l’industrie du sexe

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Photo: David Ferron

Avec le retour de Fugueuse, il était difficile de passer à côté du sujet illustré dans la série. L’industrie du sexe est un phénomène excessivement complexe et qui mérite qu’on s’y attarde.

La prostitution, légale ou pas?

Pour commencer, il est primordial de définir ce qu’est la prostitution. Selon le site l’Encyclopédie Canadienne, la prostitution est une «pratique qui consiste à échanger de l’argent contre des services sexuels». Cela peut donc être vu comme une sorte de métier. Une personne offre un service, et une autre personne paye pour le recevoir. Cependant, la nature du service est telle qu’il y a encore beaucoup de tabous associés.

La pratique en soi de la prostitution n’est pas illégale, mais certaines activités reliées le sont. Selon le document expliquant la loi C-36, Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d’exploitation, il est permis pour une personne de vendre ses services sexuels. Cependant, l’achat et le fait de communiquer leurs ventes dans des endroits publics sont interdits. De plus, les maisons de débauche et le proxénétisme, le fait de vivre de la prostitution d’autrui, sont interdits.

Et les bars de danseuses?

Les bars de danseuses nues à proprement parler ne sont pas illégaux, quoique cela dépend de leur «vraie» nature. Le mémoire de Yamilée Nicolas-Pierre intitulé L’écosystème des crimes de bars de danses érotique québécois explique bien les différences.

Tout d’abord, les bars de danseuses «normaux», où les femmes font principalement leur argent dans des danses contact et aux isoloirs semi-ouverts, se nomment dans le milieu de l’industrie du sexe des bars à «10», ou parfois à «20».

En effet, le temps d’une performance dans l’isoloir– une chanson de trois à cinq minutes — est de 10$ ou 20$. Ces endroits sont très «encadrés» comparativement à d’autres milieux de l’industrie du sexe, puisque les règles sont strictes pour le client de ce qu’il a droit de faire, mais celles-ci peuvent différer d’un établissement à l’autre. La prostitution n’est pas permise.

Un autre type de bars de danseuses nues se nomme les bars «à gaffe». Ceux-ci sont réputés pour offrir des services sexuels «complets» et tombent ainsi dans l’illégalité. Ils ont des isoloirs complètement fermés. Cela se fait en toute discrétion, car ces activités connexes ne doivent pas se faire savoir des autorités policières.

80% des danseuses ont ou ont déjà eu affaire avec un proxénète.

Qui sont les victimes des proxénètes?

Le proxénétisme est souvent associé à la prostitution juvénile, soit à l’exploitation de personnes — en particulier des filles — mineures, et l’on pourrait penser que cette réalité n’est pas tant répandue chez les femmes adultes. Pourtant, selon le portait provincial du proxénétisme et de la traite de personnes du Ministre de la Sécurité publique du Québec, ce n’est pas moins de 80% des danseuses qui ont ou ont déjà eu affaire avec un proxénète.

De plus, dans le mémoire de Nicolas-Pierre cité plus haut, la moitié des femmes interviewées (cinq sur dix) ont ou ont eu affaire avec un proxénète lors de leur passage dans les bars de danseuses nues.

Même si ce type de relation arrive principalement dans les bars «à gaffe», il n’en reste pas moins que dans le mémoire de Nicolas-Pierre, toutes ont commencé leur relation avec leur proxénète dans les bars «à 10», pour ensuite aller exclusivement dans les bars «à gaffe», puisque les sommes d’argent reçues sont plus élevées.

Ainsi, cela ne veut donc pas dire que ces femmes sont protégées parce qu’elles œuvrent dans des bars «normaux». En effet, une fois le pied dans l’industrie du sexe, même légal, les portes de la prostitution et de la manipulation d’un proxénète peuvent être grandes ouvertes.

L’interdiction protège-t-elle vraiment les femmes?

La prostitution est en contradiction avec elle-même depuis la mise en vigueur de la loi C-36 en 2014. En effet, la vente — cachée — de son corps est permise, mais pas l’achat. Le but du gouvernement conservateur avec ce projet de loi était de réduire la prostitution, et la violence faite à ces femmes, en diminuant la demande.

seulement 233 clients ont été arrêtés pour prostitution en cinq ans.

Cependant, lorsque l’on regarde l’impact au Québec, seulement 233 clients ont été arrêtés pour l’achat en cinq ans, ce qui n’est que trop peu comparativement au nombre «réel» que l’on peut s’imaginer.

La prohibition n’a jamais fonctionné pour dissuader complètement une pratique, comme nous pouvons le constater avec l’alcool et le cannabis. Aujourd’hui, ces produits sont légalisés au Canada, car leur interdiction augmentait leur dangerosité. Est-ce que cela pourrait être la même chose pour la prostitution?

Étant donné la précarité et la vulnérabilité des femmes qui sont dans ce milieu, il était préférable pour la loi prohibitive de s’attaquer uniquement aux client.e.s. En revanche, ce n’est que trop peu pour vraiment aider ces femmes. Le cas extrême du meurtre de Marylène Lévesque par un client violent et récemment sorti de prison démontre l’ampleur de ce qu’un métier non régularisé peut faire comme dommage.

L’Université de Sherbrooke a mis sur pieds un projet pour vulgariser les difficultés rencontrées par ces femmes pour se sortir de la prostitution. Souvent victimes de violences, elles ont besoin de beaucoup de soutien. Des capsules vidéo seront ajoutées sur la page Facebook de l’université, au fur et à mesure de la diffusion de Fugueuse. Ainsi, le constat est clair : ces femmes doivent se reconstruire totalement et repartir de zéro.

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