La p’tite vite: La «game» des indépendants

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Éliane Beaudry. Photo: David Ferron
Éliane Beaudry. Photo: David Ferron

Ils se regardent constamment dans les yeux, sont collés l’un à l’autre, ne se lâchent pas deux minutes. Auparavant, ils s’envoyaient des petits cœurs gênés, parlaient de leurs intérêts communs et tentaient de se découvrir par tous les moyens. Voilà l’image popularisée de l’attirance et des relations amoureuses. Et pourtant, certaines personnes se plaignent de la trop grande indépendance de l’autre, de leur attrait pour l’indifférence, voire pour la non-disponibilité.

Moins tu me veux, plus je te veux

Pourquoi certaines personnes sont attirées par l’inaccessible ou ce qui semble l’être? L’homme qui passe son temps à séduire la blonde de son meilleur ami. La femme attirée par le gars qui ne veut rien savoir des relations sérieuses. Le couple qui préfère passer du temps avec d’autres plutôt qu’ensemble. Quelques noms nous viennent certainement à l’esprit en lisant ces exemples.

Selon Alexandre Cormont, conseiller en relations amoureuses, formé en programmation neurolinguistique et détenteur d’une maîtrise en sciences humaines (études des comportements humains), il faut savoir que «l’être humain est toujours attiré par l’inaccessible, et vous allez voir les hommes ou les femmes qui vous fuient comme un grand défi.[…] car vous n’avez pas envie d’avoir une personne trop gentille à vos côtés, sinon vous avez l’impression que votre vie sera fade.» La recherche de sensations fortes et de passion seraient de possibles explications de cet attrait.

Pour étoffer plus scientifiquement les propos de monsieur Cormont, une étude effectuée auprès de femmes célibataires a démontré que celles-ci présentaient un fort attrait pour les hommes indisponibles. Lorsque qu’un homme, jugé idéal par les chercheurs, était présenté comme étant en couple, plus de femmes se disaient intéressées à former une relation que s’il était célibataire (Burkley & Parkeer, 2009).

On peut se demander si cette formule, qui semble fonctionner pour les célibataires, est applicable en relation à long terme.

Quand ça devient un jeu

«Je vais jouer un peu mon indépendant(e), il/elle va revenir.» C’est une phrase, presque célèbre, qu’on a tous déjà entendue ou dite. C’est une tactique de séduction qui semble fonctionner pour les célibataires en chasse. Il s’agit de jouer la personne indisponible, en demande, indépendante, pour attirer encore plus l’autre.

Le docteur Justin J. Lehmiller (écrivain du livre The Psychology of Human Sexuality) écrit que «Les gens moins accessibles paraissent comme étant plus désirables et plus romantiques que ceux qui sont trop accessibles, aux yeux des femmes, mais aussi aux yeux des hommes. Vous rappelez-vous du film où le gars portait un jonc de mariage dans son doigt gauche et sortait dans les bars? Sa technique fonctionnait à tout coup avec les femmes.»

Il est vrai que même au sein de notre culture, l’indépendance est valorisée. On retrouve cette idée de liberté absolue dans les films et les chansons populaires. On peut se demander si cette formule, qui semble fonctionner pour les célibataires, est applicable en relation à long terme.

L’engagement

Si l’on est célibataire et que l’on désire qu’une personne fasse partie de notre vie, ou si l’on est en couple et que l’on cherche à raviver la flamme, c’est qu’il y a quelque part un désir d’engagement. Il est difficile de s’engager avec quelqu’un qui nous fuit.

En s’attardant sur les définitions de ces deux mots, «indépendance» et «engagement», on remarque qu’ils sont contradictoires. Dans un premier temps, l’indépendance se définit par un «état de quelqu’un qui n’est tributaire de personne sur le plan matériel, moral, intellectuel» (Larousse, 2017). La notion d’engagement fait référence quant à lui à un mot «qui est l’action de se lier par convention, par promesse» (Larousse, 2017).

Cependant, à force de jouer au chat et à la souris, il peut devenir difficile de se retrouver. S’il faut ignorer une personne pour qu’elle nous donne de l’attention, cela peut devenir lassant. Il y a certainement une limite à ne pas dépasser, et cette limite est différente selon le contexte et les personnes engagées.

Cependant, à force de jouer au chat et à la souris, il peut devenir difficile de se retrouver.

La bonne formule: 1+1=3

Je dois concéder qu’à un certain niveau, l’indépendance peut être bénéfique pour le couple. Cela permet de favoriser le manque; l’ennui de l’autre. C’est une manière de raviver la flamme et de laisser place à l’attente, à l’imaginaire. Selon Francesco Alberoni, sociologue, journaliste et professeur, pour qu’une relation perdure, «il est à la fois, nécessité de fusion et de différenciation» (Le choc amoureux, 1979).

La phase de la fusion, c’est la période où le couple ne fait plus qu’un. La différenciation est nécessaire pour que chaque membre du couple soit une personne à part entière et conserve ses activités, loisirs et passions. Il est primordial de ne pas s’oublier en tant qu’individu au sein du couple.

D’un autre côté, le couple doit également posséder des activités et intérêts communs pour bien fonctionner. Chaque membre du couple représente donc le 1+1, et le total de 3 est composé de ces deux individus séparés et de leur union en tant que couple.

Tout jeu se termine avec un perdant et un gagnant.

À jouer avec le feu on finit par se brûler

L’indépendance est certes attirante. Cependant, il est important de prendre en compte le contexte. C’est-à-dire de s’interroger sur le but recherché, soit: l’engagement, une relation passagère, une stratégie de raviver la flamme, etc. Il serait judicieux d’apprendre à bien doser dans ce jeu de l’indépendance. Tout jeu se termine avec un perdant et un gagnant.

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