Le Québec une page à la fois: Et si l’on pouvait changer de vie?

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Judith Éthier. Photo: Mathieu Plante
Judith Éthier. Photo: Mathieu Plante

Et si l’on redevenait ces adolescents aux rêves immenses, si l’on revenait au temps où les responsabilités n’existaient pas? Et si nos folles envies de jeunes adultes reprenaient le dessus sur nos obligations? Et si l’on retrouvait cet amour de jeunesse jamais oublié qui, avec le temps, s’est immortalisé sous une forme bien particulière dans notre esprit? Et si notre cœur voulait autre chose, finalement?

Tessa, notre protagoniste du livre Les maisons (Le Cheval d’août éditeur), est agente immobilière et mère de trois enfants. Mariée depuis 15 ans avec Jim, un tromboniste professionnel aux mains d’ours et père exceptionnel, elle n’a jamais douté de son bonheur familial.

Jusqu’au jour où son passé remonte brusquement à la surface, lui éclatant en plein visage. Francis, qu’elle n’avait plus vu depuis ses 20 ans, revient la tenter. Elle qui croyait avoir tourné la page après toutes ces années, retrouve soudainement cet homme qu’elle a jadis tant aimé.

L’adultère devient alors une possibilité, une porte de salut, pour réparer son âme blessée depuis beaucoup trop longtemps: «parce qu’il me faut coûte que coûte quelque chose pour faire taire la douleur dont je suis ivre depuis des années. Francis n’est-il pas revenu pour me dégriser? Comment, sachant cela, m’en priver?» (p. 115)

Plus qu’un simple roman

Les maisons fait partie de cette catégorie de roman que l’on lit d’une seule lecture. Il fait partie de ceux qui nous touchent et nous atteignent au plus profond de notre être. Alors que notre sensibilité est mise à l’épreuve, on ne peut s’empêcher de continuer, d’aller jusqu’au bout, jusqu’à la toute dernière page, jusqu’au moment où l’on referme le livre avec un bref sentiment d’inconfort face à ce qui vient de se terminer.

Mais malgré tout, on en parle ensuite comme d’«un bon roman empreint de nostalgie et d’une douce amertume devant la fragilité des couples» (critiquelibre.com). Fanny Britt entraîne son lecteur dans un tourbillon de questionnement, exploitant des thèmes comme les souvenirs d’un amour perdu, la dure tentation de l’adultère mélangée à celle de la liberté, tout en révélant les méandres de ceux qui se cachent derrière des portes closes en protégeant leur cœur blessé.

«Parce qu’il me faut coûte que coûte quelque chose pour faire taire la douleur dont je suis ivre depuis des années. Francis n’est-il pas revenu pour me dégriser? Comment, sachant cela, m’en priver?» — Fanny Britt, Les maisonS, p. 115

Après la lecture d’un tel roman, on ne peut s’empêcher de se questionner sur une telle situation. Et si ça nous arrivait à nous? Est-ce qu’une aventure de la sorte en vaut réellement la peine? Pourquoi tout quitter pour quelqu’un qui nous a jadis abandonné.e?

Durant presque une semaine, Tessa pèsera le pour et le contre d’une rencontre avec cet homme. On verra alors défiler la trame de vie d’une jeune fille réservée, mais fonceuse et terriblement obstinée. C’est dans ses mots à elle qu’elle nous racontera sa relation avec sa mère célibataire aux nombreuses amies, son frère hippie, mais toujours là pour la conseiller, et sa fidèle amie Sophie qui connaît tout d’elle-même. Ces souvenirs, mélangés à ceux de cette femme dans la trentaine qu’elle est devenue, révèlent une vie tout à fait ordinaire, que tous nous pourrions avoir vécu. Si Tessa a tout ce dont elle a besoin – un mari attentionné et terriblement amoureux, des enfants extraordinaires, un travail valorisant – pourquoi vouloir tout quitter? «Cesse-t-on un jour de désirer ce que l’on a si ardemment voulu?»

Vous me direz peut-être que tout ça, c’est des histoires de petites filles en quête d’histoires à l’eau de rose. Mais il en est tout autrement. C’est dans les mots de Fanny Britt qu’il faut lire cette tourmente intérieure d’un être troublé par les réminiscences d’un passé qu’il croyait révolu. C’est dans ses mots à elle que l’on peut comprendre à quel point ce livre évoque beaucoup plus qu’un simple amour de jeunesse.

Derrière son écriture simple, mais tellement signifiante, on voit poindre le talent d’une écrivaine qui en a long à dire sur la vie d’une mère.

Ce premier roman de l’auteur n’est pas le premier ouvrage de sa carrière. Derrière son écriture simple, mais tellement signifiante, on voit poindre le talent d’une écrivaine qui en a long à dire sur la vie d’une mère. En 2012, elle publia un magnifique album jeunesse, Jane, le renard et moi, illustré par Isabelle Arsenault. L’année suivante, il fut «classé parmi les dix meilleurs livres illustrés pour enfants par le New York Times». Le genre d’album qui séduit même les adultes.

On dit souvent que le destin fait bien les choses; cette session-ci, je suis inscrite à un cours sur la littérature québécoise pour la jeunesse. Le livre Jane, le renard et moi est ainsi au programme. Et grâce à ce roman dont je viens de vous parler, je sens que je vais d’autant plus apprécier ma lecture de l’album jeunesse.

Fanny Britt, «Les maisons», Éditions Cheval d’août, Montréal, 2015, 256 pages.
Fanny Britt, «Les maisons», Éditions Cheval d’août, Montréal, 2015, 256 pages.

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