La p’tite vite: Les relations connectées

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Marie-Lou Denis. Photo: David Ferron
Marie-Lou Denis. Photo: David Ferron

«Le sentiment du provisoire» décrit par la sociologue Sabine Chalonvon-Demersay reprend bien l’idée de la représentation du couple aujourd’hui. Dès le début de la liaison, les individus savent qu’ils vont se séparer. Ils anticipent ce qui pourrait éventuellement mettre fin à la relation. Ils acceptent dès les premiers jours la finitude de leur histoire.

Avant c’était différent

Autrefois, l’union de deux individus était celle d’un homme et d’une femme et se faisait obligatoirement par le mariage. Qui plus est, les hommes et les femmes tenaient des rôles et des occupations distinctes. Jusque dans les années 70, le mariage avait un rôle socialement important: il attribuait aux hommes les responsabilités concernant le revenu familial et l’entretien matériel, tandis que les femmes étaient chargées d’éduquer les enfants et de gérer la maisonnée.

L’amour n’était pas toujours au rendez-vous, et quelques unions se faisaient par obligation. Au-delà de l’affection, il y avait la loyauté, la confiance et les efforts de chacun pour parvenir à une vie décente. Cela étant dit, il ne s’agit que d’une généralisation de la représentation d’un couple de ces années. Grâce aux révolutions sexuelles et à l’indépendance progressive des femmes, les rôles traditionnels attribués aux sexes sont en voie d’extinction. Par contre, s’unir pour la vie devient un objectif qui n’est pas simple à réaliser.

La loi du moindre effort

Aujourd’hui, la plupart des gens sont actifs sur les applications et les sites de rencontre. Selon Statistique Canada, plus de 14,6 millions de Canadien.ne.s recherchent l’amour en étant connecté.e.s, soit 36% de la population! L’objectif de recherche de LA personne miracle qui changera tout semble être bien présent. En réalité, il s’agirait plutôt d’être à la recherche du plus simple en voulant tout.

Avec l’activité du «swipe», les individus magasinent l’amour exactement comme un article ménager.

Avec l’activité du swipe, les individus magasinent l’amour exactement comme un article ménager: en regardant les images et sélectionnant leurs préférées, sans lire la description en petits caractères en dessous. Au regard d’une photo, c’est simple d’attribuer un tempérament et un caractère! À la suite du magasinage en ligne, il faut se rendre sur place afin de constater la qualité de l’article choisi. Il est plaisant de rencontrer des gens et d’avoir des sorties avec plusieurs personnes, par contre, la tâche d’apprendre à connaître plus en détail ces personnes est complexe. Cela demande des efforts et de l’implication.

De ce fait, la relation qui n’a pas encore existé prend fin, alors qu’une autre attirance fait son apparition presque dans l’immédiat. Il y a tellement de choix dans ces catalogues à humains qu’il est possible d’avoir les options B, C et D dans la même journée, si la première n’a pas fait l’affaire! Au moindre obstacle, il est préférable d’abandonner, parce que faire des concessions n’est pas accepté. Finalement, c’est une accumulation de petites déceptions.

Il y a tellement de choix dans ces catalogues à humains qu’il est possible d’avoir les options B, C et D dans la même journée.

Qu’est-ce qu’il faut chercher exactement? Une personne avec qui passer du bon temps, qui animera un sentiment d’exaltation? Une aventure qui ne durera pas, qui n’oblige en aucun cas les projections vers le futur et l’engagement, et lorsque l’excitation disparait, il est plus simple de swiper à gauche que d’entretenir la suite du récit.

L’instinct sexuel en premier?

Le neurobiologiste Jean-Didier Vincent soutient que «l’instinct sexuel est inscrit depuis toujours dans les gènes humains, et que ceux-ci restent programmés pour cette  »actualisation du rut » qu’est l’amour». Certes, la plupart des premières dates se terminent par des rapprochements physiques, sans toutefois y inclure la nudité. Pour certains, les corps se dévoilent rapidement!

Les relations d’un soir qui ont pour objectif premier le plaisir en ont parfois un deuxième, celui du test à savoir si une possible relation pourrait commencer. À la suite de la performance physique de chacun et de la complicité qu’il en émane, ces personnes «décident» si elles veulent ou non s’aimer. Les histoires d’un soir serviraient davantage à procurer un sentiment de bien-être, et non à démontrer un réel sentiment d’affection.

Cette notion de «rut» animal proposé par le neurobiologiste fait référence à l’humain primitif toujours présent en l’humain contemporain. Si tel est le cas, les pulsions sexuelles entre les individus dès le premier soir répondraient plutôt au besoin primitif de reproduction, et ce, en y incluant l’ensemble des diversités sexuelles! Cela pourrait tout aussi justifier le manque d’engagement envers les partenaires, d’où le choix du simple et de la facilité.

Lorsque l’excitation disparait, il est plus simple de «swiper» à gauche que d’entretenir la suite du récit.

En vrai, c’est mieux?

Bien sûr, il y a ceux et celles qui n’ont pas eu recours aux applications. En utilisant les méthodes virtuelles, les gens se dévoilent à de parfaits inconnus en espérant avoir un deuxième rendez-vous et réussir à dénicher une relation qui pourrait durer. L’amour est bien plus qu’une image ou d’une photo swipée. Personne ne tombe amoureux d’une photo attrayante! D’ailleurs, lorsque l’amour décide d’apparaître, il est plutôt question de l’histoire de la personne et de sa façon unique d’être.

Sans compter que lors d’une rencontre, l’importance est généralement attribuée au son de la voix, au fait de regarder la personne se mouvoir, de remarquer son sourire, son charisme et de sentir son parfum. Sur la photo, il n’y a pas tous ces éléments et plus encore, qui sont indispensables à l’amour. Les rencontres virtuelles ne représentent pas exactement ce à quoi l’on s’attend lorsqu’il est question de relations de couple.

De plus, lorsque les réponses via les messageries ne sont pas rapprochées, les individus perdent rapidement l’intérêt de s’investir. Les comportements ne sont pas les mêmes lorsque la personne est regardée par le biais d’un téléphone, contrairement au moment où il est possible de l’apercevoir physiquement durant la semaine. Cela dit, les rencontres virtuelles ont permis à quelques-un.e.s de rencontrer l’âme sœur, et à d’autres de faire de belles rencontres. Bernard Chapais a souligné qu’il y a plusieurs façons d’aimer et plusieurs façons d’être en relation les un.e.s avec les autres, que l’on soit ami.e.s, amant.e.s ou amoureux.se.s.

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