La zone grise: Le féminisme, ça n’existe pas

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Parmi la multitude de raisons qui pourrait expliquer que vous ayez décidé de lire cette chronique, il y en a deux qui me font particulièrement sourire.

La première: vous êtes ici parce que vous êtes complètement scandalisé.e par le titre de cette chronique. Après tout, qui suis-je, moi humble chroniqueuse du Zone Campus, pour nier l’existence du féminisme?

La deuxième: vous êtes ici parce que vous espérez que ce texte vous donnera raison de croire que les luttes féministes sont vaines. Après tout, il est vrai que les femmes québécoises ont obtenu le droit de vote en 1940; cela signifie nécessairement que le sexisme n’existe plus.

Que vous soyez ici pour l’une de ces deux raisons ou non, je suis contente d’avoir réussi à capter votre attention avec mon usage éhonté des principes du clickbait. En fait, même si j’ai essayé de trouver un titre qui susciterait l’intérêt et la curiosité, je dois dire que je pense réellement que le féminisme n’existe pas. Laissez-moi vous expliquer.

Le féminisme = une invention?

Qu’ont en commun Sophie Durocher, Martine Delvaux et J.K. Rowling? Il serait possible de formuler différentes réponses, mais dans le cadre de cette chronique, la seule véritable issue est la suivante: les trois femmes disent être féministes.

Toutefois, le commun des mortel.le.s semble ignorer que les féministes ne mangent pas toutes la même affaire pour déjeuner: tandis que certaines pensent que le sexe biologique est ce qui fait une femme, d’autres disent que les féministes se victimisent. Il y a aussi celles qui ne sont pas en accord avec ces deux affirmations. L’histoire raconte-t-elle lesquelles de ces féministes méritent réellement de porter cette appellation?

Non. Parce que l’histoire préfère plutôt utiliser le terme générique qu’est « le féminisme » pour désigner ce mouvement qui unirait toutes ces féministes. Mais, le problème, c’est que ce fameux mouvement unificateur n’est qu’une abstraction de l’esprit. Le féminisme n’existe pas; ce qui existe, ce sont LES féminismes.

il y a des nuances entre les féministes.

Il y a (presque) autant de féminismes qu’il y a de saveurs de céréales: il y a le féminisme lesbien, le féminisme divinatoire, le féminisme queer, le féminisme intersectionnel, le black féminisme, l’anarcha-féminisme… et bien d’autres.

Évidemment, certaines croyances se recoupent à travers ces mouvements féministes, mais il serait faux de penser que les féministes forment un grand tout homogène où toutes croient aux principes X, Y, Z et détestent les hommes. Surtout que la misandrie, soit la haine des hommes, n’est pas une valeur fondamentalement féministe.

Bref, dire « le féminisme » pour désigner l’ensemble des mouvances qui militent pour les droits des femmes en pensant que celles-ci s’équivalent toutes, c’est un peu comme penser que tous les beurres de pinottes goûtent pareils quand il est évident que celui de Kraft a meilleur goût que celui de Jif.

Y a-t-il une hiérarchie du féminisme?

Je ne peux pas nier le fait que, de nos jours, la mouvance féministe la plus prisée serait celle du féminisme intersectionnel. Le terme « féminisme intersectionnel » est utilisé pour désigner la prise en compte des multiples intersections qui existent entre le sexisme et les autres formes de discrimination. Par exemple, les femmes noires sont souvent victimes de sexisme et de racisme; dans ce cas-ci, il serait impossible d’analyser leur réalité sans considérer à la fois le genre et l’ethnicité puisque les femmes noires ne vivent pas le sexisme de la même manière que les femmes blanches.

Le féminisme intersectionnel comprend donc que les femmes ne sont pas toutes opprimées de la même façon; une femme cisgenre ne sera pas opprimée comme le serait une femme transgenre, tout comme une femme noire hétérosexuelle ne sera pas opprimée comme le serait une femme noire lesbienne. Ainsi, cette variété de féminisme tente d’offrir un espace inclusif où toutes sont les bienvenues, sans aucune discrimination.

Sachant que beaucoup de féministes contemporaines s’identifient à cette pensée intersectionnelle, peut-on en venir à hiérarchiser les féminismes? Est-ce que certains féminismes valent plus que d’autres? Tandis que dans le passé d’autres variétés de féminismes étaient applaudies par les militantes, doit-on en conclure qu’il y aura toujours un nouveau féminisme plus représentatif de la réalité vécue par les femmes?

S’il-vous-plaît, ne faites plus l’erreur de penser que toutes les féministes sont les mêmes.

Je ne crois qu’il faille hiérarchiser les féminismes dans la mesure où la boussole morale de chacun et de chacune n’est pas la même. Les mouvances féministes ne relèvent pas, pour la plupart, de l’universalisme moral. Cependant, il est plus que ridicule de voir certaines femmes qui se disent féministes hiérarchiser les femmes entre elles. Une femme, qu’elle soit travailleuse du sexe, immigrante, pauvre et/ou autres, demeure une femme malgré ses particularités individuelles.

S’il y a des nuances entre les femmes, il y a également des nuances entre les féministes. Alors, s’il-vous-plaît, ne faites plus l’erreur de penser que toutes les féministes sont les mêmes. Parce que ce n’est pas le cas et ça ne l’a jamais été. Cela ne fait que réduire la multitude de croyances et de valeurs que sont les mouvances féministes en un amalgame de revendications souvent douteuses et éloignées de la vérité.

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