La zone grise: Le Met Gala, la société du spectacle et la passivité humaine

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La semaine dernière a eu lieu la 73ième édition du Met Gala, l’un des événements les plus prestigieux de l’univers de la mode. La soirée, qui est un gala bénéfice qui récolte des fonds pour l‘Institut du Costume du Metropolitan Museum of Art, accueille annuellement des célébrités de prestige internationale et des membres de la haute société new-yorkaise. D’Alexandria Ocasio-Cortez à Billie Eilish, la liste d’invitéEs est variée, incluant autant des athlètes que des stars du cinéma, mais il est possible d’y déceler un élément qui est commun à toutes les personnes qui y figurent: l’argent, beaucoup d’argent.

En effet, chaque personne invitée au Met Gala a été sélectionnée par Anna Wintour, rédactrice en chef du magazine Vogue, et doit débourser un peu plus de 30 000 dollars américains pour assister à la soirée. Le culte de l’image et de l’argent étant à son apogée, l’événement était même sponsorisé par Instagram.

Le Met Gala: une représentation des rapports capitalistes

Alexandria Ocasio-Cortez et sa fameuse robe du Met Gala. Crédit: Twitter d’Alexandria Ocasio-Cortez

Dans les jours suivant le fameux gala, il était presque impossible d’aller sur les médias sociaux sans y être bombardé de photographies de célébrités vêtues de costumes les plus extravagants les uns que les autres. Ces photos, partagées par de nombreuses personnes, soulignent l’obsession de la population envers les personnalités publiques. L’une d’elle, particulièrement marquante, mettait en scène la politicienne Alexandria Ocasio-Cortez qui, entourée de millionnaires, portait une robe avec la phrase « Tax the Rich » inscrite en lettres rouges moulées.

Même si j’aime autant cette culture de la célébrité que je la déteste, je ne peux m’empêcher d’y voir des liens avec la théorie de Guy Debord mise de l’avant dans son essai La société du spectacle. Bien que sa thèse ne date pas d’hier, Debord y présente de nombreux points qui sont encore d’actualité. Notamment, même si le Met Gala est d’abord et avant tout une soirée de bienfaisance, l’événement est surtout médiatisé en raison de son extravagance; tandis qu’on ne parle que très peu de la cause qui se cache derrière l’événement, on publie à outrance des articles qui partagent les plus beaux outfits de la soirée. Ainsi, la noblesse du gala est secondaire; ce qui est prioritaire, c’est d’offrir un bon spectacle à son auditoire.

Dans la société du spectacle qui est la notre, on est soit consommateur, soit producteur. Celleux qui, à l’image d’un voyeur, dévorent les looks du Met jouent le rôle du consommateur. En partageant et en visionnant ces publications qui dressent les rapports sociaux (bourgeoisie/prolétariat, célébrité/peuple, producteur/consommateur), le consommateur permet à ce culte de la célébrité d’exister. Comme il n’y a pas de production sans consommation, il n’y a pas de célébrités qui peuvent perdurer sans le soutien de la populace.

La culture et la passivité humaine

S’intéresser à la vie des stars et à leurs sorties publiques n’est pas fondamentalement mal. Toutefois, cela implique de s’intéresser plus à l’image de la réalité qu’à la réalité elle-même. Plutôt que de se questionner sur ce qu’il vit directement, le consommateur est enfermé dans l’illusion, dans la représentation de la vie.

« L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. » – Guy Debord

Le spectacle, le Met Gala dans ce cas-ci, n’encourage pas le consommateur à prendre le contrôle de sa vie; il maintient et reproduit les rapports sociaux existants. Le spectacle rappelle la division qui existe entre le peuple et les élites de la société et empêche le consommateur de devenir l’acteur principal de son existence. Le rôle de spectateur/consommateur implique d’être passif. Si on passe tout notre temps à admirer autrui, on ne peut pas réaliser nos objectifs qui, eux, demandent une bonne dose d’introspection pour se matérialiser.

Le baisser du rideau est arrivé

Même s’il existe certainement des bénéfices à la position de spectateur, il ne faut surtout pas oublier que la position la plus intéressante est celle que l’on se crée pour soi-même. J’aime regarder les posts Instagram de Britney Spears, mais j’aime encore plus avoir la conscience que ceux-ci ne sont que des représentations de la réalité. Parce qu’en fait, la seule réalité qui devrait avoir de l’importance, c’est celle que l’on expérimente quotidiennement en tant qu’être humain, pas celle que l’on essaie de nous vendre sur Instagram.

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