La zone grise: Les produits d’hygiène féminine, un privilège?

0

métavers, zone grise, bock-côtéDans une publication Facebook publiée au courant des derniers jours, la Ville de Trois-Rivières annonçait qu’elle allait offrir des subventions pour l’achat de produits d’hygiène féminine durables.

Ce programme de subventions, rendu possible grâce à un partenariat avec le Centre de santé des femmes de la Mauricie, permettra aux personnes intéressées de bénéficier d’un maximum de 50$ pour acheter des produits dits plus écologiques, tels que des serviettes hygiéniques, des culottes et coupes menstruelles ainsi que des applicateurs tampons. Si cette annonce m’a d’abord intéressée, c’est principalement parce que l’on parle très peu de la santé hormonale et menstruelle des femmes et des minorités de genre, mais surtout parce qu’il est encore tabou de suggérer que les produits d’hygiène menstruelle ne sont pas un luxe.

Des tampons gratuits

Bien que cette annonce de la ville de Trois-Rivières soit un premier pas vers un monde plus sain et sécuritaire pour les femmes, il reste que ce programme n’est pas encore parfait. En effet, celui-ci est offert jusqu’à épuisement des fonds, soit 5000$. Ainsi, si toutes les personnes désirant recevoir un remboursement achètent pour 50$ de produits, ce programme ne pourra en accommoder que 100. Toutefois, il ne faut pas non plus être pessimiste: l’apparition d’une telle subvention laisse présager qu’il y a un changement dans la façon dont la société perçoit les besoins sanitaires des femmes et principalement ceux des femmes en situation plus précaire.

Par le passé, lorsque j’ai exprimé que je pensais que les produits d’hygiène féminine devraient être offerts gratuitement, je me suis souvent fait répondre que, tant qu’à y être, le papier de toilette devrait l’être aussi. Or, au Québec, il est plutôt rare de se rendre dans un lieu public où ce n’est pas déjà le cas. À ce que je sache, personne n’a à débourser les frais d’une visite impromptue au petit coin. Cependant, les produits d’hygiène féminine, lorsqu’offerts, sont presque assurément accompagnés d’une facture.

les menstruations sont souvent accompagnées d’une facture monétaire ou sociale.

Cela peut sembler anodin, mais pour plusieurs, cette petite facture peut être ce qui fait la différence entre avoir un ventre plein ou vide. En moyenne, lorsqu’elles utilisent des produits non-réutilisables, cette facture peut représenter une centaine de dollars annuellement et plusieurs milliers au cours d’une vie. Et cela ne tient pas en compte les éventualités où il faut remplacer des sous-vêtements abimés et/ou s’absenter du travail en raison de crampes menstruelles trop douloureuses. En somme, les menstruations, par leur nature intrusive, sont souvent accompagnées d’une facture, qu’elle soit monétaire ou sociale.

Pour économiser et sauver la planète

Tel qu’il est mentionné sur le site Internet du Centre de santé des femmes de la Mauricie, « il est estimé qu’une personne ayant des menstruations utilise en moyenne 10 000 à 15 000 tampons ou serviettes hygiéniques au cours de sa vie. » En plus de l’impact financier lié à l’utilisation de ces produits à usage unique, ces derniers requièrent une quantité importante de matières premières afin d’être fabriqués: eau, énergie et ressources humaines contribuent toutes à alourdir l’impact environnemental des produits d’hygiène féminine.

Ainsi, j’applaudis cette initiative de la ville de Trois-Rivières. En permettant à plusieurs personnes d’avoir accès à des produits durables, la ville contribue non seulement à l’amélioration du bien-être d’une partie de ses citoyenNEs, mais aussi à celle de la planète.

Pour le moment, considérant que les fonds de la subvention sont limités, je préfère laisser des personnes moins fortunées en bénéficier. Je pense qu’il ne faut pas sous-estimer l’impact que peuvent avoir des bons produits hygiéniques sur la santé intégrale d’une personne. Je ne peux même pas m’imaginer ce que peut représenter avoir ses menstruations lorsque l’on vit en situation d’itinérance. Tout de même, je rêve du jour où toutes les salles de bain du monde offriront des produits hygiéniques avec autant d’aise qu’elles offrent du papier de toilette et du savon.

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here