La zone grise: Pour une culture de l’empathie

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Pour cette chronique-ci, plutôt que de faire allusion à des événements médiatiques récents, j’aimerais entamer mon éditorial hebdomadaire en parlant d’un sujet que je connais très bien, c’est-à-dire ma propre personne. Ce n’est pas que je sois particulièrement exhibitionniste, loin de là, c’est seulement que je pense que raconter une partie de mon vécu me permettra de mieux illustrer mon point.

Pour faire court, en plus d’être journaliste et chroniqueuse au Zone Campus, je suis une étudiante de quatrième année en enseignement des langues secondes à l’UQTR. Cela signifie ainsi que j’en suis à mes derniers miles en tant qu’undergraduate. À travers ces trois années et demi au baccalauréat en éducation, j’ai bien évidemment cumulé diverses expériences en milieu scolaire: qu’il s’agisse de stages au primaire, de stages au secondaire, de suppléance ou de contrats de remplacement, j’ai goûté aux nombreux plaisirs (et parfois déplaisirs!) qui sont liés à l’enseignement au Québec.

De la maternelle jusqu’en secondaire cinq, de l’école publique à l’école privée, j’ai pu mettre le pied dans suffisamment d’établissements et de classes pour pouvoir me faire une idée générale de notre système scolaire. Sans vouloir généraliser, je pense qu’être enseignantE est un rôle confrontant qui m’a fait remettre en question tout ce que je pensais savoir sur l’être humain. Et pour cette raison, je crois que l’on devrait tous et toutes, à un certain moment, se mettre dans une situation qui nous permet de développer notre empathie et notre ouverture d’esprit. Parce que si je pensais être empathique avant d’être enseignante, j’ai bien vite compris que la partie la plus difficile de ce travail n’est pas la planification, la correction ou l’enseignement en tant que tel, mais bien d’être capable d’accueillir l’autre comme il est plutôt que comme nous aimerions qu’il soit.

Enseigner et être empathique

Bien que peu de gens soient au courant, les enseignantEs sont tenuEs de respecter une série de douze compétences professionnelles. Celles-ci, décrétées par le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, déterminent le niveau de maîtrise « que l’on peut raisonnablement attendre d’une personne débutante dans la profession. » Autrement dit, elles définissent les façons dont les enseignantEs devraient agir, et ce, peu importe leur ancienneté. Les douze compétences touchent à divers principes, soit les fondements de la profession, l’acte d’enseigner, le contexte social et scolaire ainsi que l’identité professionnelle.

il est faux de penser qu’on a tous la même définition de ce qui est bien et de ce qui est mal.

À mes yeux, deux de ces compétences touchent directement à l’empathie qui est tant nécessaire pour éduquer les adultes de demain: la septième et la douzième. Tandis que la septième exige à la personne enseignante d’ « adapter ses interventions aux besoins et aux caractéristiques des élèves », la douzième ordonne d’ « agir de façon éthique et responsable dans l’exercice de ses fonctions. » Bien qu’il soit possible de percevoir différemment ces deux compétences, je pense qu’elles forcent quiconque s’y intéresse vraiment à effectuer un processus introspectif afin de réellement les comprendre. Parce qu’il est faux de penser qu’on a tous la même définition de ce qui est bien et de ce qui est mal. Or, dans un contexte éducatif, le bien correspond à ce que les élèves ont besoin et non pas à ce que l’enseignantE désire. Parce qu’il serait insensé de croire que les enseignantEs ne sont jamais confrontéEs à des situations où il est impératif de choisir entre ce qui est mieux pour les élèves et ce qui est mieux pour soi-même.

Il n’y a pas d’issue possible

En enseignement, il n’y a pas d’issue possible. L’enseignantE, qui théoriquement est censé être un individu sans ego, ne peut pas choisir la facilité avant de choisir ce qui est juste. Je ne pourrais nommer le nombre de fois où j’ai dû mettre de côté mes propres émotions, qu’il s’agisse de la colère ou de la tristesse, pour faire une intervention juste qui permettrait à unE élève d’en sortir grandiE. Par exemple, même s’il peut être tentant de baisser les bras, cela est rarement la solution adéquate face aux problèmes vécus par nos élèves.

Si j’ai mentionné plus tôt que l’on devrait toutes et tous vivre des situations qui nous obligent à être empathiques, c’est parce que je pense que cela permettrait de régler de nombreux problèmes, surtout d’ordre relationnel. Dans la vie de tous les jours, si l’un de mes amis pose un geste impardonnable, je peux le « flusher » et le bloquer de mes réseaux; je peux ne plus jamais lui parler et être hostile à son égard. Mais dans un contexte scolaire, si l’unE de mes élèves pose un geste de ce genre, je ne peux faire aucune de ces choses: la seule chose que je peux faire, c’est ouvrir un dialogue avec cetTE élève pour comprendre et pour lui venir en aide. La seule chose que je peux faire, c’est me mettre dans une position d’empathie et d’amour pour l’accompagner dans cette situation. Je ne peux pas « canceller » l’unE de mes étudiantEs parce qu’il ou elle a dit quelque chose d’inapproprié, voire quelque chose de raciste et/ou sexiste: je ne peux que l’accueillir comme il ou elle est et, à partir de là, jeter un regard bienveillant sur ce qu’il ou elle a fait.

je crois fermement que nous devrions tous et toutes œuvrer pour développer une culture sociale de l’empathie.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je trouve que cette approche, soit l’approche empathique, est beaucoup plus sensé que l’approche radicale. Oui, bien sûr, il y a des contextes où l’empathie n’est pas efficace. Cependant, je pense que dans la majorité des cas, réagir sans tenter de comprendre autrui ne permet pas de résoudre des problèmes: ça ne fait qu’ériger des murs entre des individus qui pourraient bien s’entendre si seulement ils prenaient la peine de mettre de côté leur ego. Ainsi, je crois fermement que nous devrions tous et toutes œuvrer pour développer une culture sociale de l’empathie; plutôt que d’encourager l’isolement et la honte chez des individus qui nécessitent notre soutien, nous encouragerons ceux-ci à poser un regard différent sur le monde qui les entoure.

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