L’actualité démystifiée: L’histoire sans fin

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Le temps sent le début de l’automne au Canada, mais sent la mort en Syrie. Pays ravagé par la guerre civile depuis 2011, il fait de moins en moins bon y vivre. À ce jour, plus de quatre-millions de Syriens ont fui leur pays pour trouver refuge ailleurs dans le monde. Cet ailleurs a été, pour certains, le Canada.

Une certaine fierté s’empare de mon cœur lorsque je pense à ces vies sauvées et à ces familles qui n’ont pas eu à être déchirées. Lorsque j’y pense, je regagne un peu foi en l’humanité.

Pour quelques minutes à peine.

Montée du racisme

Je n’ai guère le temps de profiter longtemps de ce regain de confiance avant que la mauvaise habitude d’ouvrir ma page Facebook ne me le fasse perdre. Ce matin encore, je voyais un nouveau groupe s’être formé pour revendiquer le droit de porter une cagoule pour aller voter «parce que, t’sais, c’est la même affaire qu’un niqab».

À l’ère des réseaux sociaux, l’ignorance règne en maitre. J’ai vu un ami d’enfance partager une image sur laquelle on pouvait lire: «Protéger son pays d’une invasion n’est pas du racisme ni de la xénophobie mais du patriotisme!!! AGIR ENSEMBLE». Si je n’avais pas été aussi choquée, j’aurais probablement ri de l’absurdité. Qui est-il pour se réclamer patriote? Comment un peuple aussi décimé que les Syriens peut-il orchestrer l’invasion du Canada?

Ça me rappelle une histoire. Une histoire que j’ai lue il y a longtemps. La petite histoire du paquebot Saint-Louis.

Petite histoire d’un bateau de réfugiés

Le 13 mai 1939, le paquebot Saint-Louis quitte l’Allemagne de plus en plus nazie avec, à son bord, 937 passagers dont la plupart sont des juifs allemands fuyant leur pays. Ces derniers ont dû accumuler à la sueur de leur front la somme nécessaire pour s’offrir une place dans ce bateau menant en Amérique où, leur disait-on, ils seraient en sécurité.

Si les nazis ont permis au bateau de quitter le port en destination de Cuba, c’était essentiellement à des fins de propagande. Ils voulaient montrer au monde entier que les Juifs avaient le droit d’émigrer là où ils le désiraient.

Une fois à destination, toutefois, les passagers se virent refuser l’entrée à Cuba pour des raisons principalement financières. Forcé de prendre rapidement une décision, le capitaine du bateau tenta de convaincre le président des États-Unis, Roosevelt, d’accueillir les réfugiés juifs. S’il montra d’abord une volonté modeste, l’opposition des démocrates lui fit rapidement changer d’avis et il interdit l’entrée en ses terres au Saint-Louis.

Le Canada ne donna pas une réponse plus favorable et le capitaine du bateau ne put faire autrement que de repartir en direction de l’Allemagne condamnant, de fait, la plupart de ses passagers à mourir dans les camps de concentration.

Une histoire qui se répète

Sommes-nous prêts à commettre les mêmes erreurs que dans le passé? Sommes-nous prêts à condamner des innocents par ignorance et crainte absurde qu’ils sont venus nous envahir?

Sommes-nous prêts à commettre les mêmes erreurs que dans le passé? Sommes-nous prêts à condamner des innocents par ignorance et crainte absurde qu’ils sont venus nous envahir?

La différence fait peur. Je peux le comprendre. Les Syriens ont une culture, une religion et même une vision du monde différente de la nôtre. Est-ce pour autant qu’ils ne pourraient enrichir notre culture et notre pays si nous leur en donnons la possibilité?

Le Québec contemporain est un héritage de la Révolution tranquille qui nous a permis de nous émanciper de la religion. N’est-il pas de notre devoir d’aider les peuples venus d’ailleurs d’en faire de même.

Bien sûr, le Québec ne peut se permettre d’accueillir à bras ouverts un nombre illimité de réfugiés, ne serait-ce que pour des questions économiques. Toutefois, il est de notre devoir de faire notre part, non seulement dans le sauvetage de milliers de familles, mais aussi vers l’obtention d’un monde meilleur où les Hommes sont libres de croire en ce qu’ils veulent et de prier Dieu, Allah, Bouddha ou le Rock’n Roll si ça leur chante.

Principe de liberté et d’égalité

Comme c’est le cas dans beaucoup de débats de société, le gros bon sens semble être mis de côté. Depuis quand est-ce négatif d’aider son prochain? Plus largement, le racisme ne se limite pas aux Syriens. Trop souvent, j’entends que telle prière n’a pas lieu d’être, que tel objet ne devrait pas être vu en public, que tous les migrants du monde devraient s’adapter à leur pays d’accueil.

Une phrase bien simple pourrait facilement régler tous nos problèmes liés au racisme: «La liberté des uns finit là où la liberté des autres commence.» Si la simplicité de la solution est désarmante, je doute malheureusement de notre capacité à l’appliquer. Toutefois, je vous en supplie, prouvez-moi le contraire.

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