Le Québec une page à la fois: L’horreur à son état pur… encore une fois

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Judith Éthier. Photo: Mathieu Plante
Judith Éthier. Photo: Mathieu Plante

Je ne pouvais écrire ma dernière chronique de l’automne sans passer à côté du dernier roman de Patrick Sénécal, paru le 6 novembre 2017. Celui-ci me semble d’ailleurs un parfait aboutissement de toute son œuvre sur le chaos.

Il y aura des morts rejoint les autres ouvrages de l’auteur dans lesquels il décrit avec une précision hors du commun la profonde horreur enfouie en chaque être humain, démontrant ainsi toute l’étendue de son talent.

Pour ce genre d’histoire, l’auteur désormais très connu utilise toujours un personnage d’une banalité étonnante. Ces hommes ou femmes qu’il présente, qui vivent une vie des plus normales, pourraient être vous et moi.

Dans le cas de son dernier roman, Patrick Sénécal a choisi de camper son personnage dans la ville de Drummondville, là où il vécut durant de nombreuses années. Carl Mongeau, le protagoniste de 51 ans, y est propriétaire du bar Le Lindsay. Le cinquantenaire vit justement une existence tout à fait tranquille, sans trop grandes préoccupations autres que celle d’organiser le 20e anniversaire de son établissement.

Et voilà que l’horreur survient. La peur et le suspense se donnent rendez-vous; le temps semble même s’arrêter, puisque durant les 554 pages que forme le roman, il ne se déroule que deux jours dans la vie de Carl.

C’est une chasse à l’homme qui commence, alors que Carl doit sauver sa peau. Quelqu’un lui en veut, mais il ne sait pas encore qui. Une chose est sûre, cette personne veut le voir mort. Et quoi qu’il fasse, ceux qui organisent cette «chasse» savent toujours où il se trouve. À lui maintenant d’arriver à semer ses poursuivants et découvrir quelle est l’origine de ce jeu macabre dont il est malheureusement le pion.

En tant que lecteur, on ne se rend pas tellement compte de la vitesse à laquelle toute l’histoire se déroule. Tout va si vite et si lentement à la fois. On traverse chaque seconde et chaque minute en même temps que Carl. Le livre va au même rythme que lui. C’est ce qui fait, selon moi, la puissance de la démonstration et l’originalité du roman.

Ainsi, l’auteur drummondvillois décrit chaque instant, chaque détour et chaque recoin de la ville (dans laquelle se déroule pratiquement toute l’histoire) avec une telle précision que l’on a l’impression d’y être avec le personnage. L’auteur joint d’ailleurs une note à la fin du roman pour s’excuser auprès des habitants de la ville de possibles erreurs dans la délimitation des rues et des différents établissements que traverse le personnage.

Les images sont puissantes et percutantes, à de nombreuses occasions.

Ce qu’on ne peut lui enlever par contre, c’est la clarté des images. Elles sont puissantes et percutantes, à de nombreuses occasions. J’ai même sauté une page durant ma lecture, n’étant plus en mesure de lire ce qu’on me décrivait. Les habitués de Patrick Sénécal me comprendront.

Il m’est présentement difficile de ne pas dévoiler de punch pour ceux qui ne l’ont pas encore lu. Par contre, je peux vous dire qu’encore une fois, l’auteur a réussi à faire un lien avec un autre de ses grands romans d’épouvante. Comme il l’avait fait avec la Reine rouge, qui est un personnage que l’on découvre d’abord dans 5150 rue des Ormes, avant de la retrouver, notamment, dans Aliss.

C’est toujours intéressant de lire et d’analyser une œuvre de Patrick Sénécal. Pourquoi? Parce qu’il a un talent inné pour la description de l’âme humaine, y compris ses facettes les plus sombres. Il fouille les recoins de l’esprit, il expérimente ses possibilités et il repousse les limites de ce qui nous semble acceptable et «normal».

Au fil des pages, on voit se dessiner toute la personnalité de Carl, on découvre ses secrets les plus cachés, à mesure qu’ils refont surface dans l’esprit du personnage. Il est lui-même étonné de redécouvrir ses souvenirs qu’il croyait enfouis depuis longtemps. D’ailleurs, pourquoi un homme tranquille et rangé comme lui est-il soudainement la proie de plusieurs chasseurs qui veulent l’éliminer? Qui les a engagés? Pourquoi ce souvenir qui revient? Pourquoi maintenant?

C’est ce qui est le plus effrayant en soi ; se rendre compte qu’une telle horreur, qu’un tel chaos, pourrait très bien s’observer dans notre monde.

Comme dans Hell.com, où l’horreur pure nous est décrite avec précision, on ne s’attend pas à ressentir ces sentiments d’effroi envers quelque chose que l’on sait possible dans notre réalité. C’est ce qui est le plus effrayant en soi: se rendre compte qu’une telle horreur, qu’un tel chaos, pourrait très bien s’observer dans notre monde. Quoiqu’il s’observe sûrement déjà. Et depuis longtemps.

Patrick Sénécal, «Il y aura des morts», Éditions Alire Inc., Lévis, 2017, 554 pages.
Patrick Sénécal, «Il y aura des morts», Éditions Alire Inc., Lévis, 2017, 554 pages.

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